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Des charters à la dette

lundi 8 août 2005, par Auteurs divers

Derrière les bonnes intentions du G8,
le mépris des pays riches à l’égard des populations d’Afrique

Au moment où le G8 s’apprête à prendre des mesures destinées à soulager la dette des pays les plus pauvres, notamment ceux d’Afrique, les ministres de l’Intérieur du G5 veulent mettre en place des « charters » européens pour expulser des hommes, femmes et enfants venus en quête d’une vie meilleure de ces même pays ravagés par la misère ou la violence.

Outre la contradiction flagrante entre les bonnes intentions exprimées en Ecosse par les chefs d’Etat des pays les plus riches et la réalité des mesures policières désormais prises à l’échelon industriel pour renvoyer manu militari des dizaines de milliers de personnes décrétées indésirables, les « charters » constituent une violation flagrante des règles éthiques et juridiques que ces mêmes pays ont élaborées naguère pour interdire les expulsions collectives et les traitements inhumains et dégradants .

En 2003, la Cimade et le Gisti avaient pris l’initiative d’une campagne internationale de pétitions pour s’opposer aux projets de l’Union Européenne d’organiser les « vols groupés européens », nouvel euphémisme pour nommer les « charters de l’humiliation ». Des dizaines de parlementaires, des centaines d’organisations et d’associations, des milliers de citoyens, en Europe, en Afrique et dans les pays du bassin méditerranéen avaient répondu à cet appel en demandant au Parlement Européen de s’opposer à ce projet.

Parce que les « charters » d’expulsés violent la Convention Européenne des Droits de l’Homme, parce qu’ils constituent un danger tant pour les libertés que pour les relations actuelles et futures entre les populations d’Europe et d’Afrique, parce qu’ils symbolisent une dérive sécuritaire et populiste aussi inutile que démagogique,

la Cimade et le Gisti appellent tous les signataires, individus, associations, élus, en Europe comme en Afrique, à exprimer publiquement leur opposition à la décision du G5, à interpeller leurs gouvernements respectifs et à faire pression sur les membres du G5 afin qu’ils renoncent à l’organisation de charters.

Contact : Claire Rodier +33 6 76 84 57 39
Laurent Giovannoni + 33 6 63 27 24 66
campagne@cimade.org


le texte de la pétition signée en 2003

Contre les charters de l’humiliation

« Notre opposition résolue à ces moyens de renvoi collectif d’étrangers est motivée par la conviction qu’ils symbolisent et encouragent une logique incontrôlable et dangereuse tant pour le respect de l’intégrité et de la dignité des individus, pour les démocraties européennes, que pour l’avenir des relations entre les peuples.

Les expulsions collectives par charters amènent nécessairement les autorités qui en sont responsables à négliger l’examen de la situation de chaque personne concernée, au risque de mal estimer les conséquences individuelles du renvoi et de porter ainsi atteinte à l’institution de l’asile et aux droits fondamentaux des personnes concernées. De plus, l’exécution de ces renvois collectifs par la contrainte est irréalisable sans l’utilisation de moyens et de techniques policières particulièrement coercitives, pouvant à tout moment déraper vers les brutalités, les violences et l’atteinte à l’intégrité physique des expulsés, voire la mort.

Au delà des atteintes à la dignité des personnes concernées, les expulsions par charters symbolisent et consacrent une politique européenne centrée sur les réponses policières et sécuritaires. Il est désormais temps d’affirmer et d’expliquer aux opinions publiques que la politique du « toujours plus de contrôles » constitue une impasse et une menace pour les démocraties.

Une impasse car tant que les écarts économiques et démocratiques seront aussi grands entre les pays du Nord et du Sud, il est illusoire de penser que des mesures sécuritaires pourront décourager et empêcher les candidats à l’émigration ou à l’asile de chercher ailleurs des conditions de vie meilleures ou un refuge.

Une impasse car cette croyance erronée dans l’efficacité du contrôle policier ne peut- comme le montre depuis 20 ans le durcissement continu des législations européennes- qu’affaiblir sans cesse un peu plus les libertés fondamentales et les principes constitutifs de l’Etat de Droit, et conduire par la généralisation des mesures répressives à l’élaboration étape par étape d’un nouveau régime policier à l’échelle européenne.

Enfin, ces renvois collectifs sont lourds de conséquences pour la paix. Le symbole des charters, que les Gouvernements européens utilisent comme signal de dissuasion à l’égard des populations tentées par l’émigration, véhicule surtout un message d’humiliation. Les images de dizaines d’étrangers encadrés par d’autres dizaines de policiers européens, les nombreux témoignages sur les pratiques brutales employées, le sentiment d’injustice et la peur que peuvent ressentir les personnes expulsées résonnent dans les pays d’origine des migrants comme autant de camouflets et d’actes de mépris à l’égard de l’ensemble des populations.

Cette indifférence hautaine avec laquelle le Nord montre comment il traite encore les émigrés des pays frappés par des conflits ou par la pauvreté prolonge et ravive, dans les représentations collectives, la mémoire des siècles de domination, d’exploitation, d’humiliation. Cette mise en scène dévastatrice, en ce qu’elle alimente le ressentiment, la colère et la haine, provoquera tôt ou tard des mouvements de révolte et de nouveaux conflits.

Par les menaces qu’elle représente pour les personnes expulsées, pour la démocratie et pour les relations entre les peuples, la politique des charters doit être abandonnée.

Nous condamnons fermement cette décision et demandons au conseil de l’Union européenne d’y renoncer. »

novembre 2003, la liste des signataires est en ligne http://www.gisti.org/doc/actions/20...

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