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Monsanto pourrait commercialiser Terminator

dimanche 5 mars 2006, par Auteurs divers

Le géant de la biotechnologie revient sur son engagement
relatif à la technologie de stérilisation des semences alors
qu’une alliance mondiale en exige l’interdiction.

21 février 2006

Monsanto, la plus grosse firme de semences et
d’agrobiotechnologie au monde, s’est engagée publiquement en
1999 à ne pas commercialiser la technologie Terminator - la
modification génétique des plantes pour rendre leurs semences
stériles. Monsanto déclare maintenant qu’elle pourrait après
tout développer les semences suicides ou les utiliser. Selon
l’engagement révisé, la société pourrait utiliser les semences
Terminator pour des cultures non alimentaires, n’écartant pas
la possibilité de les utiliser à d’autres fins à l’avenir. [1]
Cette nouvelle position de Monsanto est révélée à l’heure où
l’industrie des semences et de la biotechnologie doit
affronter les agriculteurs,
les paysans, les peuples autochtones et leurs alliés, dans une
lutte sur le sort de Terminator qui atteindra bientôt son
point culminant aux Nations unies.

En 2000, la Convention des Nations unies sur la diversité
biologique (CDB) a adopté un moratoire de fait sur les
technologies de stérilisation des semences, connues sous le
nom de technologies de restriction génétique ou GURT. À la
rencontre de haut niveau qui se tiendra bientôt à Curitiba, au
Brésil (du 20 au 31 mars), l’industrie
de la biotechnologie va pourtant redoubler d’efforts pour
renverser ce moratoire de fait adopté il y a 6 ans.

En réaction, plus de 300 organisations ont déclaré aujourd’hui
qu’elles appuient l’interdiction mondiale de Terminator,
estimant que les semences stériles constituent un danger pour
la biodiversité et qu’elles vont détruire le gagne-pain et la
culture du 1,4 milliard de personnes qui ont besoin des
semences prélevées à la récolte pour
survivre.

« Les agriculteurs et les peuples autochtones du monde entier
ne peuvent pas se fier à Monsanto », déclare Alejandro
Argumedo, d’Asociación ANDES - Potato Park à Cuzco, au Pérou.
« La promesse non tenue de Monsanto est une trahison mortelle,
parce que la conservation des semences est un élément vital de
la sécurité
alimentaire et de l’autodétermination des agriculteurs et des
peuples autochtones. »

Développée à l’origine par le département de l’Agriculture des
É.-U. et la firme semencière Delta & Pine Land, la technologie
Terminator empêche les agriculteurs de conserver et réutiliser
les semences prélevées à la récolte, pour les forcer à acheter
de nouvelles semences à chaque saison de culture [2].

Devant le tollé mondial, Monsato s’est engagée publiquement en
octobre 1999 à ne pas commercialiser les semences Terminator.
Le P.D.G. de l’époque, Robert Shapiro, affirmait alors dans
une lettre ouverte à la Rockefeller Foundation : « Je désire
vous informer que nous nous engageons publiquement à ne pas
commercialiser les technologies de stérilisation des semences,
dont celle que l’on appelle Terminator. »

Monsanto revient sur cet engagement, le limitant aujourd’hui
aux seules cultures alimentaires. On pourrait donc utiliser
les gènes de stérilité de Terminator pour le coton, le tabac,
les cultures et graminées pharmaceutiques. Citant les
nouvelles versions de GURT, Monsanto tient maintenant ce
discours : « Monsanto n’exclut pas la
possibilité de développer et d’utiliser l’une de ces
technologies à l’avenir. La société continuera d’étudier les
risques et les avantages de ces technologies au cas par cas. »

« Cette nouvelle version de la promesse de Monsanto évoque
l’intervention récente d’une poignée de pays riches qui ont
fait la promotion de Terminator à l’ONU », souligne Chee Yoke
Ling, du Third World Network. « Il semble que Monsanto et
d’autres grandes firmes tirent les ficelles de la stratégie
favorable à Terminator présentée aux prochaines rencontres de
la CDB. »

Cette position de Monsanto fait partie des manoeuvres de
l’industrie en vue de miner le moratoire de fait. De concert
avec l’industrie de la biotechnologie, les délégués du Canada,
de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont profité depuis un
an des rencontres de l’ONU pour introduire un nouveau libellé
qui sera étudié le mois prochain à
la rencontre de la CDB au Brésil [3]. On y recommande
d’étudier les technologies Terminator selon une « évaluation
des risques au cas par cas », les termes utilisés par Monsanto
dans sa nouvelle promesse.
Cette formule au cas par cas revient à accorder à Terminator
le même statut qu’à toute autre culture génétiquement
modifiée. Cela ne tient pas compte de l’impact
particulièrement dévastateur de la stérilisation génétique des
semences sur l’ensemble de la société.

« Terminator menace directement les agriculteurs et les
peuples autochtones, ainsi que la souveraineté alimentaire et
le bien-être de toutes les populations rurales, surtout les
plus pauvres », fulmine Chukki Nanjundaswamy, de l’Inde,
représentant La Via Campesina, une organisation regroupant des
dizaines de millions de petits agriculteurs dans le monde. « 
Si Monsanto force la main de l’ONU et qu’on autorise
l’évaluation au cas par cas de Terminator, on va voir les
agriculteurs quitter leurs terres, un cercueil après l’autre. »

« Ces firmes veulent purement et simplement qu’on ne puisse
plus cultiver quoi que ce soit sans détenir une licence de
Monsanto ou d’un autre maître de la stérilité et de la
reproduction », explique Benny Haerlin, de Greenpeace
International. « Elles poussent leur stratégie étape par
étape, au cas par cas, selon leurs termes
actuels. Si les États cèdent à Monsanto à la CDB et qu’ils
affaiblissent le moratoire sur Terminator, c’est nous qui
devrons en payer le prix - avec pour dommage collatéral
l’intégrité de la nature et sa fertilité. »

La campagne Interdire Terminator dévoile aujourd’hui le nom de
plus de 300 organisations qui exigent l’interdiction de
Terminator - voir la liste à : http://www.banterminator.org/appuis.
Représentant toutes les régions du monde, elles rassemblent
mouvements paysans et organisations agricoles, peuples
autochtones, groupes de la société civile, groupes de défense
de l’environnement, syndicats, groupes confessionnels,
organismes de développement international, mouvements de
femmes, organismes de protection des consommateurs et réseaux
jeunesse.

« Le plus inquiétant, c’est que la promesse révisée de
Monsanto n’écarte plus la possibilité de commercialiser cette
technologie dangereuse », prévient Lucy Sharratt de la
campagne Interdire Terminator. « Nous exhortons les États à
rejeter les tactiques de Monsanto pour adopter plutôt une
interdiction totale de Terminator.
Nous invitons toute la société civile et tous les mouvements
sociaux à se joindre à nous dans la bataille contre Terminator
qui aura lieu le mois prochain au Brésil. »

FIN


[1On peut consulter le nouvel engagement de Monsanto en ligne :
http://www.monsanto.com/monsanto/co.... Pour voir le texte intégral de l’engagement
initial et sa version révisée : http://www.interdireterminator.org

[2Delta & Pine Land présente Terminator comme un système de
protection de la technologie (SPT). Terminator est
actuellement testé en serres et Delta & Pine Land promet de le
commercialiser d’ici quelques années.

[3En février 2005, lors de la réunion à Bangkok de l’Organe
subsidiaire de la CDB chargé de fournir des avis
scientifiques, techniques et technologiques (OSASTT), des
délégués du Canada ont tenté dans une manoeuvre surprise de
renverser le moratoire en autorisant les essais en champ et la
commercialisation de Terminator.
Le mois dernier, lors d’une autre rencontre préparatoire à
Grenade, en Espagne, du Groupe de travail sur l’article 8 (j),
l’Australie a elle aussi attaqué le moratoire, sur les
conseils d’un représentant du département de l’Agriculture des
É.-U. Voir à ce sujet le communiqué de presse du 27 janvier
2006 : http://www.interdireterminator.org

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