Nouméa
La Marche du lundi 5 juin à réuni plus de 2 500 manifestants qui ont une nouvelle fois réclamé la prise en compte des impacts environnementaux du projet Goro Nickel et la suspension des travaux en l’état actuel du projet.

Voici l’interview donnée par J. Bové au quotidien les Nouvelles Calédoniennes
José Bové, Confédération paysanne : « Les multinationales doivent accepter le jeu »
« Je suis venu ici pour apporter mon soutien aux populations du Sud », affirme le membre de la Confédération paysanne selon qui la Province « brade » les gisements miniers.
— Les Nouvelles Calédoniennes : Pourquoi avoir choisi de faire le déplacement jusqu’à Nouméa aujourd’hui ?
— José Bové : Je suis venu ici pour apporter mon soutien aux populations du Sud, qui se sentent menacées par le projet Goro Nickel. Je m’intéresse aux projets liés à l’exploitation du nickel depuis longtemps et je connais bien le projet d’Inco. En 2000 déjà, j’avais assisté à une réunion consacrée aux impacts environnementaux.
Ce qui me frappe aujourd’hui ce sont ces deux logiques qui s’opposent au Sud et au Nord. Je suis très étonné de la méthode employée par la Province sud, qui brade les gisements au bénéfice d’industriels qui seraient prêts à payer très cher pour exploiter ces ressources.
— Quelle différence faites-vous entre les projets du Nord et du Sud ?
— Au Nord, les tribus ont été associées de longue date au projet. Un travail a été mené avec les responsables des clans. Tout cela donne l’image d’un projet plus réfléchi, d’une volonté de construire quelque chose en commun. Enfin, l’usine du Nord n’emploiera pas les mêmes techniques que dans le Sud.
— Selon vous, de quelle marge de manœuvre disposent les populations kanak ?
— Vous savez, le pot de terre finit toujours par l’emporter sur le pot de fer. Sur le Larzac, tout le monde nous voyait vaincus et on a fini par l’emporter sur l’armée française. Ici les gens se sont déjà soulevés en 1984 et sont sans doute prêts à le refaire.
Quant à l’opposition manifestée par le FLNKS, cela prouve qu’on est aujourd’hui à la croisée des chemins. Ce qui est essentiel, au-delà des divergences politiques, c’est que les populations soient associées à tout projet de développement dès lors que celui-ci s’appuie sur leurs ressources naturelles. Ça me paraît être une question de bon sens.
— Ne pensez-vous pas que le projet du Nord puisse être victime de ce qui se passe en ce moment autour de Goro ?
— Là, on est clairement dans l’intox. Comme on peut le voir aujourd’hui, le nickel est un minerai qui suscite la convoitise, donc ceux qui en ont besoin viendront ici de toute façon. Mais c’est à eux d’accepter les règles du jeu. Regardez ce qui s’est passé en Bolivie : le président Evo Morales a décrété que les ressources naturelles devaient dorénavant bénéficier aux Boliviens. Et bien les entreprises, dont de grosses multinationales comme Total, sont restées !
— Des condamnations ont déjà été prononcées à l’encontre de certains de ceux qui ont participé au blocage de Goro Nickel. Qu’en pensez-vous ?
— J’ai moi-même été emprisonné quatre fois. On emprisonne ceux qui résistent, c’est une constante. Mais je mesure la tension qui règne ici et je peux vous dire que je n’ai pas vu ça depuis vingt ans que je viens régulièrement en Nouvelle-Calédonie. Alors je pense qu’il est vraiment temps de tout mettre à plat.
Auteurs divers
Création de l'article : 6 juin 2006
Dernière mise à jour : 14 juin 2006
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