Rappel des faits
le 9 novembre à Semdinli, 2 officiers de la gendarmerie nationale turque et un de leurs informateurs ont été pris en flagrant délit alors qu’ils venaient de plastiquer une librairie d’un patriote kurde, qui venait d’être libéré de prison après plus de 15 ans de détention. Arrêtés par la foule juste après avoir fait exploser la librairie, les 3 hommes ont été forcés d’avouer qu’ils appartenaient à la gendarmerie.
Deux jours plus tard, l’Etat-major de la gendarmerie a fait une déclaration reconnaissant le statut des 3 hommes mais en ajoutant qu’il s’agissait d’une cellule isolée et non d’une organisation plus générale.
Suite à cette affaire, la police a ouvert le feu sur des manifestants à Yüksekova (une ville voisine de la même province) tuant trois d’entre eux et faisant de nombreux blessés.
Une commission d’enquête parlementaire a été dépêchée sur Semdinli dès la fin de l’année 2006. Alors que tout le monde s’attendait à ce que l’instruction se limite aux responsabilités personnelles des trois principaux accusés, le procureur de Van élargit le champ de l’instruction aux responsabilités des plus hauts décideurs militaires, régionaux et même nationaux.
Et notamment à l’une des figures les plus connues et les plus puissantes de l’état major de l’armée turque, le Général Yasar Büyükanit. Longtemps en charge de la lutte contre le PKK à la frontière irakienne, il devait déclarer connaître l’un des prévenus qui avait servi sous ses ordres comme traducteur kurde notamment. Le juge en a retenu une atteinte au bon déroulement de la procédure judiciaire.
(source : Turquie Européenne)
La fin des années de plomb ?
Cette affaire est révélatrice de la gymnastique périlleuse qu’est censé engager le gouvernement Erdogan (AKP) vis-à-vis de l’Union Européenne.
Il lui faut tenir compte des exigences de celle-ci aux niveau du règlement des conflits avec ses minorités, des droits de l’homme en général et judiciaires en particulier ; mais aussi réduire l’influence militaire dans l’action politique.
Seulement, le pouvoir militaire et les milieux nationalistes très influents dans la société turque n’ont pas dit leur dernier mot. Farouchement opposés à l’Union Européenne (et on comprend pourquoi), leur main-mise sur l’ensemble de la société ne risque pas de favoriser un climat serein avec les Kurdes. Il semblerait d’ailleurs que le juge de Van ait dû faire marche arrière sur certains points.
En attendant la suite de l’histoire, on peut espérer que cette affaire soit un semblant de brêche dans un système militaro-politico-judiciaire (certains parlent même de maffia) qui plombe ce pays dans tous les sens du terme.
Catherine
Création de l'article : 20 mars 2006
Dernière mise à jour : 20 mars 2006
Page visitée 1485 fois
(1)
|