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L’assassinat de la conscience. (1/2)

jeudi 20 novembre 2003

Certains d’entre vous connaissent bien, à présent, mes chroniques et ma façon d’analyser les événements de ce temps sur www.altermonde.levillage.org.

Certains m’ont dit qu’ils appréciaient ce que j’écrivais... D’autres, moins nombreux, m’ont dit le contraire... Aujourd’hui, je veux commencer une analyse bien plus risquée pour ma crédibilité. Je dois pourtant vous la livrer parce que je suis profondément convaincu qu’il s’agit d’une des clefs qui expliquent les souffrances de tant d’humains sur cette planète et en notre époque. Un seul article ne suffira pas...

PAR JEAN DORNAC

Je dois préciser que cette analyse n’engage en rien le mouvement altermondialiste, ni les autres auteurs de mon site. C’est une intuition que je porte depuis plusieurs années... Une intuition qui se confirme au fil des années et des faits.

Le système qui cloue l’humanité pauvre, partout sur la surface de la terre, à pour nom aujourd’hui, néolibéralisme. Ce système vise à asservir le plus grand nombre pour le seul bénéfice d’un groupe minuscule. Cette idéologie n’est pas arrivée par hasard. Elle a été réfléchie, mûrie longuement par des chercheurs américains (pour l’essentiel) regroupés dans les « think tanks » [1]. Ces chercheurs ont été financés dans cet unique objectif et devaient parvenir à un résultat imposé dès le départ par les commanditaires de l’opération.

Ces gens, comment en douter, étaient redoutablement intelligents. D’autant plus redoutables, que dès le départ, une profonde perversité animait ces « boîte à idées » les « thinks-thanks ». On sait aujourd’hui qu’il s’agissait à cette époque (il y a entre trente et quarante ans) d’annuler tous les acquis sociaux engrangés patiemment en une centaine d’année ; on sait aussi qu’il s’agissait, sous un autre nom, le libéralisme, de ressusciter un capitalisme moribond. On sait encore, que l’arme principale pour parvenir à cette fin était constituée par une consommation outrancière. Celle-ci avait le double avantage de procurer des profits faramineux tout en avachissant les populations soumises à son diktat. Les projectiles meurtriers de cette arme mortelle ne sont rien d’autre que la publicité...

Ce plan a fonctionné à merveille, sans doute même au-delà des espérances des esprits pervers qui l’ont imaginé et mis sur pieds. La question qu’il faut se poser est la suivante : Comment se fait-il que des peuples entiers aient plongé, tête la première, dans une telle folie ? Tout cela s’est fait sans contrainte, sous une forme, au moins dans les apparences, démocratique. Qu’est-ce qui a dérapé dans l’esprit des peuples pour qu’ils se laissent manipuler à un point aussi aberrant ?

A cela, il n’y a pas trente six réponses. J’en connais trois :
- Première réponse : Les idéologues ont profité d’un contexte historique, l’après-guerre, une guerre particulièrement sauvage et inhumaine. Il fallait reconstruire, même vingt ans après. Il fallait que les peuples oublient et comment mieux faire oublier les crimes et la pauvreté encore marquée au début des années soixantes (les bidonvilles, en France, n’ont disparu qu’à la fin des années soixante) que dans un tourbillon de consommation ?
- La deuxième réponse se trouve dans l’incroyable et subtile (au début tout au moins) manipulation des esprits par l’ensemble des médias, progressivement rachetés par ce que j’appelle le « cartel financier ».
- Enfin, la troisième réponse, celle que je veux développer, c’est une attaque ciblée sur ce qui fait l’essence de l’homme, à savoir la spiritualité et au travers d’elle la conscience individuelle.

Ici, il faut bien me comprendre lorsque je parle de spiritualité. Il s’agit du caractère intrinsèque attaché à la nature humaine et non pas de la foi. Cette dernière est personnelle et comme l’a parfaitement défini le père d’une amie : « La foi ne s’explique pas et ne se juge pas ! »

La spiritualité peut conduire à la foi, mais pas nécessairement. Elle est surtout la faculté qui est offerte à l’homme de comprendre la vie autrement qu’en terme de matière et de sens. C’est d’ailleurs la définition qu’en donne (en partie) le Littré : « En général, caractère de ce qui est dégagé de la matière et des sens. » Lequel Littré ajoute cette citation de Bossuet : « La spiritualité commence, en l’homme, où la lumière de l’intelligence et de la réflexion commence à poindre. » La spiritualité est cette faculté de comprendre et d’écouter notre conscience. Et cette faculté est spécifique à l’homme : Elle fait toute la différence avec les autres « vivants » de la planète, animal comme végétal.

De toute cette explication, je veux garder un point essentiel pour mon analyse : la conscience. Voilà ce qu’il fallait à tout prix abattre en l’homme contemporain ! Au cours de l’analyse n’oubliez tout de même pas que la conscience dépend de la faculté spirituelle en l’homme ; c’est important et je devrai y revenir dans un prochain article.

Il faut bien comprendre, et là c’est vraiment, à mon avis, le cœur même du problème, que la conscience individuelle devait être supprimée pour que les plans échafaudés par les idéologues puissent fonctionner. Si la conscience, cette chose indéfinissable qui n’appartient qu’à l’homme restait vive en chacun de nous, croyez-vous vraiment que nous consommerions comme nous le faisons ? J’affirme que non ! Croyez-vous vraiment que nous continuerions à compromettre de plus en plus gravement les chances des générations à venir et ceci au simple niveau de leur chances de survie ? J’affirme que non ! Croyez-vous vraiment que nous accepterions que des milliards d’êtres humains ne vivent qu’avec 2 dollars par jour et que tant d’autres meurent de faim ? J’affirme que non ! C’est bien parce que notre conscience, dans bien des cas, a été amoindrie et littéralement détruite chez beaucoup d’entre nous que tout ceci peut se faire et peut ainsi perdurer. Si notre conscience était restée intacte, le néolibéralisme n’aurait jamais existé.

Mais comment cette conscience a-t-elle pu être ainsi malmenée ? Il faut une explication préalable pour répondre à ceci. Le mal dont nous souffrons profondément aujourd’hui n’est pas l’unique fruit de l’idéologie mortifère néolibérale. Il tient avant tout à la faiblesse de la nature humaine. Il y a toujours eu des riches qui n’avaient que faire des pauvres qu’ils côtoyaient, avec ou sans libéralisme. Ce n’était et ce n’est encore aujourd’hui que le fruit d’un égoïsme et d’un orgueil maladifs qui, eux, détruisent de façon absolue, et depuis toujours, la conscience de ceux qui s’y livrent. C’est quasi mécanique. Mais dans le passé, pour toutes sortes de raisons, ces tares humaines n’avaient cours, dans toute leur puissance proprement maléfique, que dans le cœur d’un petit nombre de puissants (essentiellement chez ceux qui en avaient les moyens), ces puissants précisément sans conscience ni cœur.

Et je crois, que les idéologues responsables de l’idéologie dominante actuelle, ont compris que s’ils voulaient facilement dominer le monde, il était nécessaire de communiquer à une grande masse d’humains, la plus grande possible, le même esprit pervers dont ils étaient animés. Etant eux-mêmes pervers en plus d’être intelligents, ils connaissaient parfaitement les mécanismes de la mise en esclavage des consciences. Ils n’ont fait qu’appliquer ce qu’ils connaissaient de leur propre nature !

Qu’est la nature d’un riche, d’un riche pervers ? Sa nature c’est de toujours en vouloir plus, c’est de toujours vouloir être admiré, c’est de toujours vouloir s’accaparer le pouvoir, c’est de toujours écraser plus petit que soi, etc. Cet esprit pervers, ils l’ont effectivement communiqué, en le martelant sans cesse au travers des publicités multiformes et toujours plus envahissantes. La publicité ne serait pas suffisante bien qu’elle soit redoutable. Il fallait aussi donner l’impression aux gens qu’ils avaient le pouvoir à mesure qu’ils pouvaient acquérir des montagnes d’objets inutiles, d’où l’arme de la consommation. Au bout de plus de trente ans de cette politique dévastatrice, un grand nombre de consciences sont éteintes, en tout cas dans tous les pays riches. On a fait de nous les esclaves, par imitation, de l’esprit pervers des idéologues néolibéraux. Nous sommes devenus, pour nombre d’entre nous, leurs semblables, aussi hideux, aussi ridicules, aussi monstrueux par l’absence de toute conscience.

Par quoi se caractérise la conscience humaine ? C’est la faculté de distinguer le bien et le mal, dans leurs valeurs absolues. La conscience humaine est régie par ce que certains nomment « la morale naturelle », c’est à dire une morale qui s’impose d’elle-même, une morale non enseignée, comme le fait de ne pas devoir tuer, voler, etc. Pour que fonctionne l’idéologie de mort et pour qu’elle puisse parvenir à ses fins ultimes, il fallait supprimer cette conscience et donc même la perception de la spiritualité naturelle de l’homme. Il fallait, pour tout dire, ramener l’homme à un niveau strictement animal et l’y maintenir. C’est ce qui a été appliqué et l’est toujours. Il suffit de regarder attentivement nombre de publicités, nombre de discours officiels, nombre d’émissions à la télévision, ou de films au cinéma pour comprendre assez facilement quels sont les points de notre conscience qui sont attaqués dans l’espérance d’annihiler la totalité de la conscience.

Ce genre d’idéologie, une fois appliquée, et elle l’est tous les jours depuis plus de trente ans, mène au chaos de l’esprit humain. Pourquoi le chaos ? Il est inévitable parce que ce qui est ténèbre ne peut se marier avec ce qui est lumière ; de même, ce qui est laid ne peut supporter ce qui est beau ! Or, ténèbres et laideur aboutissent toujours au chaos !

Ainsi, lorsque je lis certains textes dominants, lorsque je regarde certaines peintures présentées comme l’art nouveau, lorsque mes oreilles entendent certaines musiques littéralement barbares, je me dis que nous vivons à l’ère du chaos ! Lorsque j’entends Mr Bush proclamer en même temps Dieu et la guerre, je me dis que nous vivons bien dans le chaos ! Lorsque les idéologues du temps proclament qu’il faut enrichir les riches pour améliorer le sort des pauvres, oui, je sais que nous vivons le chaos ! Lorsque j’entends Mr Raffarin proclamer qu’il sauve la politique sociale au moment où il la détruit, oui, je sais que le chaos est déjà chez nous ! Lorsque je vois les foules se précipiter sur les soldes, oui, je sais que le chaos est déjà en nous !

Mais, au bout de la nuit arrive toujours l’aube et la renaissance de la vie ; cette idéologie trouvera, inéluctablement sa fin, comme toutes les idéologies de mort. Mais le temps presse, la mort de la conscience gagne du terrain en même temps que la marchandisation de la vie qui lui est intimement liée... A nous de faire que ses avancées soient enfin arrêtées !


[1voir l’excellente émission de Pascale Fourrier avec Serge Halimi (en 2 parties), intitulée :" Tous keynésiens en 1960, tous libéraux en 2000 : comment est-on passé de l’un à l’autre ?" dans la catégorie "associations" puis "Des sous...et"

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