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L’assassinat de la conscience (2/2)

mercredi 26 novembre 2003

Dans la première partie de cette analyse (L’assassinat de la conscience 1/2), j’écrivais que la société de consommation, donc le néolibéralisme, pour atteindre toute son effrayante efficacité, s’était attaqué à la conscience humaine. C’est la part la plus intime de chaque individu, celle qui détermine toute l’orientation de sa vie au travers de ses actes concrets, que l’idéologie mortifère a tenté et trop souvent réussi à détruire.

La conscience est quelque chose qui se fortifie avec l’entraînement, par l’usage qu’on en fait face aux apports journaliers, ces apports qui se font au travers de nos relations aux autres, au travers des connaissances intellectuelles accumulées, toutes ces choses qui construisent ce qu’on appelle l’expérience. S’il est une constante dans la vie humaine, c’est celle que l’on mesure lorsqu’on écarte volontairement les avis de notre conscience. Systématiquement, nous nous enfonçons, et toujours plus loin, dans l’incompréhension des différences entre le bien et le mal. Nous devenons totalement incapables de distinguer quoi que ce soit entre ces deux notions pourtant majeures. Lorsque je parle de bien et de mal, je parle de leur valeur intrinsèque, indiscutable, et non pas des notions aux contours aléatoires, avancées pour d’uniques raisons politiques, comme nous en servent les Etats-Unis et les pays déjà mentalement colonisés par eux.

Mais c’est précisément parce que la conscience du président Bush (encore que nul ne sait hormis lui-même s’il est ou non de bonne foi lorsqu’il s’exprime), et plus encore celle de ses nombreux conseillers issus des milieux idéologiques d’un néolibéralisme totalitaire, a été laissée à l’abandon que de telles confusions sont possibles. Lorsque je parle de confusion, concernant ces personnages troubles, je parle de leur discours sur les pays voyous, l’axe du mal, etc. L’autre constante lorsqu’on refuse d’écouter sa conscience, et ceci depuis que l’homme est doué d’une conscience très fine, se constate dans le fait qu’arrive à sa place un monde de confusion absolue et tragique. Lorsqu’un homme refuse, pour mille et une raison possibles, d’écouter sa conscience, il devient un « agent » de la confusion. Il se transforme en "mensonge vivant", de plus en plus permanent, à tel point qu’on ne peut plus faire la différence entre le vrai et le faux que ce soit par rapport à ses actes ou à ses paroles. Si, de plus, cet être est pervers, il s’en sortira, du moins à vue d’homme. Cette perversité, alliée au mensonge comme choix de vie, lui assurera pouvoir et fortune, car cet être sera sans scrupule...

Le personnage générique que je décris ci-dessus ne représente qu’un petit nombre d’individus, le plus souvent ceux que nous nommons « les puissants ». Même si ce n’est pas toujours aussi simple (les nuances existent là aussi), ceux-là ont fait librement le choix de ne pas écouter leur conscience, car elle leur interdirait d’agir comme ils le font et donc les empêcherait de parvenir à l’enrichissement et au pouvoir avidement recherchés. Mais quel rapport avons-nous, nous qu’on nomme les « petits », nous qui formons le plus grand nombre d’individus vivants sur la planète, avec ces manipulateurs ? A priori aucun lien... Et pourtant, deux choses nous unissent, l’une involontaire et l’autre volontaire...

1) La raison involontaire, d’abord : Elle consiste, depuis que la politique néolibérale a été mise en œuvre à grande échelle, en gros depuis les années 70, à nous contaminer par leur esprit. C’est-à-dire, comme je l’avais laissé entendre dans le premier article de cette série, connaissant la puissance de leur propre vice, connaissant parfaitement ses mécanismes, ils ont voulu le communiquer à la grande masse, afin qu’elle soit mieux en leur pouvoir. Celui qui connaît bien la nature d’un vice possède un pouvoir évident sur ceux qui l’ignorent. La différence entre eux et nous, c’est qu’eux tirent les ficelles, ils sont conscients de ce qu’ils font, alors que nous nous sommes peu à peu « formatés » au travers de la consommation, de la publicité, de la télévision, de l’art que j’appellerai décadent ou chaotique, et des discours politiques ou pseudo-scientifiques qu’ils nous imposent journellement. En trois décennies, nous avons acquis la même perte de conscience que ceux qui tirent les ficelles, mais sans nous en rendre compte. Et ce d’autant plus qu’est banni et montré du doigt comme ridicule, dépassé voire honteux tout discours religieux ou simplement spirituel vrai et non exotique (l’exotique peut toujours s’exprimer puisque peu crédible aux yeux du plus grand nombre).

Que l’on soit ou non croyant au sein d’une religion donnée, avec un peu d’honnêteté, on ne peut que reconnaître que c’est dans ces discours que l’on trouve le plus de références et d’explications sur ce qu’est la conscience. Cette lutte contre l’esprit religieux, particulièrement chrétien, mais aussi musulman ou juif, n’est pas un hasard mais une nécessité vitale pour les esprits pervers qui ont inventé et répandu l’idéologie néolibérale.

2) La raison volontaire, ensuite : Il est évident qu’une fois notre esprit bien formaté aux habitudes de « l’esprit de consommation » (qui va bien plus loin que la consommation classique et qui touche tous les registres de la vie, sans aucune exception), nous quittons le domaine involontaire pour entrer à notre tour dans un refus catégorique d’écouter ce qui nous reste de conscience. De victimes, nous devenons complices. C’est ainsi que nous répandons, le plus souvent sans nous en rendre vraiment compte, au travers de cet artifice grandiloquant qu’est le paraître, les mêmes discours mensongers qu’on nous assène à longueur de journée ; nous en arrivons à montrer du doigt, à notre tour, le malheureux qui ne voudrait pas vivre des mêmes tares que nous. C’est par ce chemin hautement vicieux que des jeunes de banlieues en arrivent, par exemple, à croire qu’ils sont obligés de s’habiller en Nike ou autres stupidités de ce genre pour être simplement « normaux ». Les exemples peuvent se multiplier à l’infini... Le regard de ceux qui vivent une existence sans conscience semble en effet nous accuser d’être anormaux si nous ne vivons pas à leur exemple. Et, le plus souvent, nous fonçons à toute vitesse dans ce piège grossier ! Tous les régimes totalitaires ont agi de la sorte, parce que l’essence même de ces régimes, le mal, le mal absolu, provient toujours de la même source, avec la même inspiration ténébreuse. Seules les formes sont légèrement différentes, mais jamais le fond.

Il n’est pas nécessaire d’être un croyant appartenant à une religion particulière pour comprendre l’importance de la conscience. Il est des athées qui ont une conscience bien plus affûtée que nombre de croyants pratiquants. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. La conscience ne vient pas du fait de croire ; elle fait partie intégrante de la nature humaine. Mais la foi, si elle est vécue humblement et sincèrement, augmente considérablement la qualité de ce don que chacun nous avons reçu. A l’inverse, un être qui semble profondément religieux, ou qui le fait croire, peut être dénué de toute conscience s’il met son orgueil en lui-même et non en Celui en qui il croit. C’est l’essence même des fondamentalismes religieux aux conséquences toujours tragiques. Utiliser l’image ou la notion de Dieu pour acquérir et amplifier un pouvoir personnel mène irrémédiablement à la folie et au crime. Cet intégrisme de l’esprit agit de la même manière chez les idéologues néolibéraux ; c’est le même orgueil que celui des religieux fanatiques, c’est la même démesure du goût du pouvoir, c’est la même avidité de l’argent et de la gloire. Là encore, c’est le même esprit tordu qui est à la base, mais qui, simplement prend un habit légèrement différent, histoire de semer encore un peu plus la confusion.

En résumé, le processus de destruction de l’essence humaine qu’est la conscience est le suivant : en premier, le refus d’écouter la conscience parce qu’elle est gênante pour nos plans ou désirs ; peu à peu, arrive puis règne la confusion en nous ; dans l’étape suivante, nous passons de la transformation et de la destruction intérieure à la volonté d’amener le reste du monde (même s’il ne s’agit que de notre entourage ; l’échelle des transformations importe peu) au même état pervers que celui auquel nous sommes parvenus, mais toujours avec l’espérance que c’est nous-mêmes qui tirerons les ficelles. Arrivés à ce stade, les manipulateurs détiendront l’essentiel du pouvoir et les autres seront totalement dominés tout en s’imaginant dominer eux-mêmes. Quant à ceux qui refusent d’entrer dans ce cercle vicieux (il y en a tout de même) ils seront ridiculisés, écrasés, rejetés, exclus, emprisonnés ou massacrés !

Sous l’effet de la société de consommation, sous l’emprise de l’esprit pervers répandu par ce qu’on appelle pudiquement « la communication », une large part des populations des pays idéologiquement « occupés » par le néolibéralisme, la notion même de conscience tend à disparaître. Si ce plan parvenait à sa fin dernière, ce serait aussi la fin de l’humanité. Il n’est pas difficile de le comprendre : Déjà, nous nous rendons compte que ceux dont l’esprit est le plus corrompu, parmi les gens de pouvoir, qu’ils soient du monde politique, du monde économique ou du monde scientifique, n’ont rien à faire des générations à venir. Leur monde s’arrête à eux-mêmes, ce qui est logique et cohérent pour des êtres ayant abandonné tout recours à leur conscience. Si nous laissions faire sans réagir rapidement, car il y a urgence, l’histoire humaine toucherait à sa fin, par manque déjà prévisible de ressources naturelles, toutes ces ressources que les pays riches et puissants ne cessent d’exploiter et gaspiller au nom de la croissance exponentielle et infinie. Pour se convaincre de la pertinence de mes dires, rappelez-vous des discours, en France, de nos plus hauts responsables politiques, qui disent une chose en public, mais font tout autre chose dans la réalité ; le nucléaire ou les OGM, pour ne citer qu’eux, sont exemplaires de ce double langage, toujours logique et cohérent chez des gens n’écoutant plus depuis longtemps leur conscience. Mais nous-mêmes, ne sommes-nous pas déjà dans le même schéma destructeur ? Lorsque nous gaspillons follement les réserves, au travers de la consommation abusive et absurde, pensons-nous que nous privons effectivement les générations à venir de leur strict nécessaire ? Avons-nous à l’esprit que nous renforçons la folie de nos dirigeants en suivant sans réserve ni résitance, mais avec une satisfaction évidente, leurs injonctions de consommer, injonctions sans cesse répétées ? Réfléchissez bien, avant de répondre à ça ! Et suivant la réponse que vous apporterez, si vous êtes sincères envers vous-mêmes, vous vous rendrez vite compte de l’ampleur des dégâts causés par le néolibéralisme...

Arrivé à la fin de cet article, je voudrais exhorter les responsables altermondialistes actuels, comme ceux qui, dans un temps encore indéfini, recevront la réalité du pouvoir politique, chez nous comme ailleurs, de garder à l’esprit l’importance majeure de la conscience humaine. Celle-ci n’est pas une lubie sortie de quelque esprit illuminé ! Si eux aussi, devaient oublier que la conscience est une réalité, que la conscience est la seule barrière possible aux débordements des désirs humains (ces désirs qui sont de l’ordre de l’animal en nous), alors, nulle espérance ne serait plus permise de sauver l’humanité à venir, car la terre n’aurait plus aucun avenir...

Si ces hommes (et femmes bien sûr), en qui je place aujourd’hui mon espérance humaine, devaient oublier la conscience que se passerait-il ?
Premièrement, et ce serait déjà très grave, ils ne pourraient pas comprendre en profondeur la manière dont le néolibéralisme a pris le pouvoir en chacun de nous et donc ils ne pourraient combattre ce fléau que très imparfaitement, sans la moindre garantie de succès.
Deuxièmement et inévitablement, ils commettraient les mêmes erreurs tragiques que les porteurs du pouvoir néolibéral actuel. Ceci serait imparable !

A suivre... (sous le titre de : "Néolibéralisme et nature humaine")


Tous les articles de Jean Dornac sont publiés sur www.altermonde.levillage.org

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