| Le Grenelle, les OGM et nous. |
Point de vue.
Sans succomber à l’euphorie quasi générale qu’a suscité la fin du Grenelle de l’Environnement, on peut saluer la performance quand, pour la première fois dans le pays, des intérêts aussi antagonistes se sont trouvés réunis autour de thèmes de discussion.. Il faut également se réjouir de la grande première qui a consisté pour le Président à accoler le mot pesticides aux OGM, alors que depuis des années les experts ne cessent de clamer que les PGM sont des plantes à pesticides, puisque, soit elles en fabriquent en permanence, soit elles en absorbent sans dommage. Une grande première également d’inclure le mot « contamination » dans la phraséologie PGM, alors que le directeur de l’INRA reprochait récemment à un chercheur d’utiliser ce terme, inapproprié selon lui dans le cas des PGM. On peut également se réjouir qu’en gelant les semis de maïs GM jusqu’au printemps, les politiques aient charitablement pensé à l’agriculteur farfelu, qui, dans l’hémisphère nord, envisagerait de semer du maïs entre novembre et mars, dans un geste inconsidéré. .. Néanmoins on ne peut que déplorer que les PGM en essai de plein champ continuent à bénéficier de la bénédiction du gouvernement alors qu’ils sont le prélude aux cultures et que leur faculté de contaminer les autres cultures, si elle n’est pas quantitativement équivalente à celle des cultures, est quand même réelle ; leur implantation devraient donc être encadrée conformément à des dispositions légales strictes qui ne sont toujours pas en place. Il faut rappeler que l’interdiction des essais relève de la seule autorité d’un pays, c’est une décision sans parachute ; on ne peut s’abriter derrière la réglementation européenne pour s’en dispenser. Il y a donc là matière à questionnement, d’autant que la recherche peut très bien se poursuivre en laboratoire sans risques pour la santé et l’environnement des citoyens.
S’il faut se réjouir de la création d’une Haute Autorité, il faut regretter l’absence de précision sur l’équilibre et la composition précise de cette instance ainsi que du silence sur les procédures de tests, alors que des scientifiques et les citoyens réclament que les PGM à pesticides soient considérés comme tels, et donc testés sur un plus long terme, comme le sont les pesticides avant d’être mis sur le marché.
Prévoir l’obligation de prouver l’intérêt sanitaire et environnemental des PGM est certes louable, mais il est légitime de penser que ce n’est pas suffisant et qu’il doit incomber aux fabricants la preuve l’innocuité de leurs produits GM sur l’environnement, la santé des animaux, ainsi que le prévoit un Principe de Précaution correctement appliqué..
Enfin et surtout, on déplore le silence assourdissant sur les lanceurs d’alertes, les scientifiques qui en informant le public sur les réalités des PGM dans l’environnement et dans l’alimentation, n’ont fait que précéder les désirs du Président quant à la transparence et la nécessité d’expertises indépendantes des fabricants. On ne peut que s’attendre à ce que le gouvernement, dans un souci de cohérence entre discours et actes qui l’ honorerait, rétablisse très vite ces scientifiques dans leurs droits.
Il en va des bonnes intentions, sincères ou non, comme des parfums ; elles bonifient l’atmosphère mais sont volatiles ; il nous incombe donc de surveiller les évaporations éventuelles. Après les éveilleurs de conscience et les lanceurs d’alertes, voici venu le temps des « détecteurs d’évaporation". Lili B. octobre 2007