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Scènes de guerre dans le Gers |
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Pour la troisième journée de fauchage d’essais d’OGM en plein champ, organisée par le Collectif des “faucheurs volontaires”, rendez-vous est donné à Auch (Gers). Selon un scénario maintenant bien rôdé, le rassemblement s’ouvre par plusieurs prises de paroles (José Bové, Jean-Baptiste Libouban, Alain Lipietz, député européen Vert, Mireille Ferri, vice-présidente Verte du Conseil général d’Ile-de-France, Dominique Plancke, conseiller général Vert du Nord-Pas-de-Calais, Alain Krivine, ancien député européen LCR), suivies de l’habituel point juridique établi par François Roux.
Nouveauté cependant, et de taille : le soutien apporté sur place par Philippe Martin, président socialiste du Conseil général du Gers, qui annonce l’organisation dans son département d’un référendum “pour ou contre les OGM”, en janvier prochain.
Puis, l’habituelle file de plusieurs centaines de voitures, chargées de “faucheurs” venus d’une vingtaine de départements, se forme et prend la direction de Mauvezin. Arrivés sur les lieux, les “faucheurs” constituent leur cortège, fort d’environ un millier de personnes, les femmes en prenant, à leur demande, la tête.
Premier barrage de gendarmes à l’orée du chemin menant à la parcelle de maïs transgénique. Légère et rapide poussée. Les gendarmes n’insistent pas, le cortège passe et prend la direction de la parcelle, située à environ quatre cents mètres, en léger contrebas. En réalité, ce n’est pas une parcelle, pas même un camp retranché comme à Marsat, mais une véritable forteresse. Un “comité d’accueil”, composé de deux escadrons de gardes mobiles (deux cents hommes), auxquels s’ajoutent une trentaine de gendarmes d’Auch, une équipe de maîtres-chiens venus de Pau… et un hélicoptère, attend les “faucheurs” de pied ferme. Casqués, matraques et boucliers en main, ils ont pris position derrière une rangée de barrière qui entoure la parcelle.
Alors que les premiers “faucheurs” franchissent un barrage intermédiaire de barrières, situé à une centaine de mètres de leur but, le feu est déclenché, sans sommation. Une nuée de grenades lacrymogènes, puis de grenades offensives, s’abat sur les “faucheurs”. Le gros des troupes, pris dans les nuages aveuglants et étouffants, recule comme il peut à travers champ. L’air, devenu irrespirable, est secoué par les déflagrations des grenades, dont plusieurs sont lâchées depuis l’hélicoptère. Mais plusieurs dizaines de “faucheurs” ont réussi à passer, et entreprennent aussitôt de franchir les dernières barrières. Ils sont accueillis à grands coups de matraques. Onze personnes sont ceinturées sans ménagement et conduites dans des véhicules de la gendarmerie. Trois (dont José) sont emmenées à la gendarmerie de Mauvezin. Les autres resteront plusieurs heures dans les véhicules de la gendarmerie, bloqués par les militants revenus en nombre pour s’opposer à leur départ.
Car après le premier assaut, les militants se réinstallent peu à peu le long des barrières. S’ensuit un face-à-face tendu de plusieurs heures avec les gardes mobiles, prêts à matraquer quiconque touche aux barrières. Ils sont si nerveux qu’à deux reprises, sur de légers signes d’agitation dans le camp des “faucheurs”, ils procèdent à des tirs tendus de lacrymogène, qui blessent, en éclatant, plusieurs personnes, dont une fillette de huit ans.
Dans le courant de l’après-midi, l’hypocrite préfet du Gers fait savoir qu’il propose une entrevue avec une délégation de “faucheurs”, sous condition qu’ils se dispersent. Une proposition immédiatement rejetée. Ce n’est que vers 19 heures que les personnes interpellées sont relâchées au compte-gouttes par les gendarmes. La libération des trois de Mauvezin intervient vers 20 heures.
Bilan de la journée : soixante blessés (dont quatre hospitalisés), la plupart par des tirs tendus et des éclats de grenades ; onze personnes interpellées, c’est-à-dire gazées, molestées, matraquées, menottées… juste pour être entendues comme témoins (et, en effet, pour quoi d’autre, puisque personne n’a eu le temps de commettre le moindre délit ?).
Hallucinant. Le gouvernement envoie l’armée réprimer violemment des hommes, des femmes et des enfants, pour protéger les intérêts des firmes. Des personnes pacifiques sont molestées, matraquées, menottées… pour “être entendues comme témoins”.
Vous ne rêvez pas. Ce n’était pas au Chili en 1973. Ce n’était pas au Mexique en 1983. Cela s’est passé près de chez vous, un dimanche ensoleillé de septembre 2004, dans la campagne gersoise.
Gilles Gesson
Création de l'article : 10 septembre 2004
Dernière mise à jour : 9 septembre 2004
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