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Troupeau de moutons ou collectif de citoyens ? |
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Du même auteur
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| filippozzi
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Réflexions d’un faucheur anonyme sur la désobéissance civile/civique ...
D’abord, merci aux équipes qui ont pris l’organisation de ce collectif en charge : sans vous, rien de possible.
La question du pouvoir s’est donc posée dimanche, d’une manière abrupte, agressive et violente, et notre collectif n’échappera pas à cette problématique qui génère des rancoeurs éternelles, des rancunes vivaces dans tous les mouvements sociaux et politiques. C’est une gangrène qui fait sourire nos adversaires. Chez eux, la concurrence pour le pouvoir est une énergie, chez nous c’est un frein. Comment aborder cette problématique, comprendre ce paradoxe ?
Mais avant l’analyse, j’ai envie de faire le bilan de ma participation au collectif.
J’ai adhéré rapidement à cette démarche parce que ma réflexion en était là : la démocratie est bloquée et la seule façon de faire bouger le système, c’est de franchir la limite de la loi, collectivement, visiblement et sans violence. Refuser la violence du système, le désespoir du terrorisme, l’impuissance de la lutte sociale.
Ce qui s’est passé pendant les fauchages a été pour moi une expérience de la révolte et de la peur, de la solidarité, du courage, de la fierté, de la victoire et de la défaite, bref de la vie. Jamais je ne remercierai assez la Confédération, l’Arche et Ghandi de m’avoir poussé à franchir le pas et de m’avoir permis de sortir de l’impuissance dans laquelle les citoyens sont bloqués à l’heure actuelle. Me voilà remis en marche et je peux témoigner que je ne suis pas le seul : les amis avec lesquels je fauche et d’autres que j’ai rencontrés au fil des fauchages. Il y a aussi les visages, la diversité de ces femmes et de ces hommes : tout témoigne de la beauté de ce collectif et de son dynamisme. Et c’est pour toutes ces raisons et bien d’autres encore que j’ai décidé de témoigner, de ne pas rester passif face à ce que j’ai perçu lors de l’AG.
Le paradoxe, que j’ai cité plus haut, vient en partie de notre position vis-à-vis de la démocratie : nous l’agitons comme une religion alors qu’elle reste à tout jamais un apprentissage. Elle n’est pas innée, ce n’est pas une croyance, elle n’est pas à faucher ni à consommer.
José Bové nous disait « la désobéissance civile est la respiration de la démocratie ». Ces mots sont très forts, trop peut-être. Je préfèrerai dire : la désobéissance civile est la respiration d’un système politique oligarchique qui, par essence, est antidémocratique puisqu’il n’est pas le pouvoir du peuple par le peuple mais bien le pouvoir des élites par les élites pour les élites. Par contre, la désobéissance civile peut devenir le laboratoire d’une démocratie à venir.
Reprenons le débat au début. Il y a un monde donc un système écologique composé d’une atmosphère, d’une nature et d’un sol. Ce monde est habité par une population d’humain qui a faim. Les question aujourd’hui : celle de la faim dans le monde, celle de la qualité de notre alimentation, celle du respect du monde, du système écologique. Pour penser ces questions, il faut la démocratie. C’est parce qu’en ce moment les réponses à ces questions ne sont pas élaborées ensemble, d’une manière démocratique, c’est parce qu’en ce moment les réponses à ces questions sont élaborées par les multinationales et cautionnées par les oligarchies et les dictatures en place que la désobéissance civile/civique est nécessaire.
Il y avait et il y aura des urgences, donc des arrachages et d’autres types d’actions non violentes de désobéissance civile. Mais l’on voit bien que la lutte est inégale si l’on se contente de ce type d’action. C’est le réveil de la démocratie qui rendra notre combat efficace. Mais pour réveiller la démocratie et le vent de la révolte qui l’accompagnera, il faut que le collectif soit porteur de cette respiration.
Donc pour résumer et pour être clair : le collectif ne pourra pas faire l’économie d’un travail permettant l’émergence d’un fonctionnement démocratique. Les dysfonctionnements actuels ne sont pas dus à une quelconque volonté hégémonique mais plutôt à l’immaturité démocratique du groupe. Il n’y a pas un troupeau de moutons avec un berger mais plutôt un groupe de bergères et bergers. Et ces bergères et ces bergers doivent apprendre à s’écouter, à parler. Une des bergères a proposé une formation à l’action non-violente de désobéissance civile : pourquoi pas une formation au fonctionnement démocratique. Bref tout est pensable, mais surtout sortons du piège qui fera éclater le collectif.
Pour terminer, la bergère qui a remis en cause le berger à la pipe a évoqué le problème de la médiatisation. Tous les mouvements sociaux tombent dans le piège des médias et, là aussi, parce qu’il s’agit de cette dynamique démocratique qui doit nous animer, le collectif peut ouvrir la voie.
Mais ceci est une autre histoire
Pascal Filippozzi
filippozzi
Création de l'article : 10 décembre 2004
Dernière mise à jour : 13 novembre 2004
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