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Fruits interdits, société totalitaire |
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Texte de JP Berlan
ce texte n’a pas pu être publié en temps opportun, faute de disponibilité des administrateurs ; vu son intérêt, nous le publions « a posteriori » ...
Les plantes et les animaux se reproduisent et se multiplient gratuitement dans le champ du paysan.
Ils font une concurrence déloyale
aux fabricants d’agrotoxiques-semenciers autoproclamés " industriels des
sciences de la vie ".
Depuis des décennies, avec le soutien de l’Union européenne et des gouvernements, ces Tartuffe s’efforcent au nom du Progrès d’accroître encore leur mainmise sur ce que les agriculteurs produisent et sur ce que nous mangeons.
Ces industriels décident maintenant des " variétés " que les agriculteurs ont le droit de cultiver et donc que nous avons le
droit de manger. Seules sont autorisées à la vente, les " variétés " (en réalité, ce sont des clones, des plantes génétiquement identiques, le contraire d’une variété - adieu la biodiversité !) inscrites au catalogue. Cette inscription coûte cher et doit être renouvellée chaque année.
Seuls les producteurs d’agrotoxiques et de semences en ont les moyens.
Ces clones officiels ont été conçus en vue d’une production industrielle, quasiment hors-sol, fondée sur l’utilisation massive de
poisons industriels - pesticides, herbicides, fongicides, engrais, hormones, plastiques - sur une main d’ouvre immigrée, temporaire,
privée des droits les plus élémentaires et sur une spécialisation géographique qui entraîne des gaspillages immenses - transport,
irrigation, pollution.
Dans le bassin méditerranéen, en Espagne, en France, en Italie, mais aussi en Hollande, des dizaines de milliers d’ouvriers migrants, souvent clandestins ou ce qui revient presque au même, sous contrat avec un office étatique qui organise leur immigration-exploitation en se gardant de faire respecter par les employeurs les clauses des contrats de
travail signées sous leur égide triment dans des serres empoisonnées par les pesticides, logent dans des bidonvilles de plastique pour des salaires misérables, parfois même sans être payés..
Ce système agro-industriel est lourdement subventionné, directement en espèces sonnantes et trébuchantes et indirectement, en laissant à la charge de la collectivité ses innombrables dégâts. Le paysan libre qui
vend localement des " variétés " non autorisées, mais adaptées à ses terres, à sa façon de cultiver, à sa clientèle, à sa main d’oeuvre familiale ou locale et ce faisant, entretient pays et paysages, est un
délinquant. Ne fait-il pas aussi une concurrence déloyale à cette machine à profit, qui ne peut avancer que sur la destruction des hommes, de la nature, de ce qui reste du lien social, de la vie elle-même ?
Le technoserf au service des Tartuffe pollueurs, empoisonneurs et démolisseurs reçoit des subventions.
Nous souhaitons montrer à Arles de façon gustative, comment ces deux questions, génétique ou variétale et sociale, en apparence étrangères,relèvent du mouvement industriel totalitaire de contrôle de
l’alimentation, de liquidation des derniers espaces d’autonomie et de créativité sociales.
Comment ? En offrant dans le hall d’entrée des fruits interdits (des tomates de variétés anciennes), produits par des paysans ou des
amateurs, que l’on pourra comparer aux " tomates " industrielles (les ’bombes à eau’, comme les appellent les Hollandais eux-mêmes).
Cette dégustation de fruits interdits, dont le système nous a fait oublier le goût délicieux, sera une introduction à une exposition de photos, de textes mettant en évidence le verrouillage de notre alimentation par la
collusion des Etats et de leur recherche dite " agronomique ", de la Commission sous le contrôle des industriels, des fabricants
d’agrotoxiques semenciers à la grande distribution.
louison
Création de l'article : 5 janvier 2005
Dernière mise à jour : 5 janvier 2005
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