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Bonne nouvelle aux USA : l’État du Vermont veut protéger ses fermiers de poursuites des fabricants d’OGM |
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Le Sénat du Vermont a adopté mardi dernier (5 avril 2005 ndlr) un projet de loi qui met à
l’abri ses agriculteurs contre les poursuites des grands producteurs
multinationaux de semences OGM et qui rend ces derniers entièrement
responsables de tous les dommages et inconvénients que la culture des
semences génétiquement modifiées pourrait causer au Vermont à court
ou à long terme.
Le projet de loi, qui sera ensuite envoyé à la Chambre des
représentants de cet État où les démocrates détiennent aussi la
majorité, comme au Sénat, a été adopté à 24 voix contre une. Il
pourrait faire face au veto de Jim Douglas, le gouvernement
républicain de cet État voisin du Québec. Mais, déclarait au Devoir
le sénateur démocrate John Campbell (D-Windsor), le parrain du projet
de loi S-18, les deux Chambres pourraient au besoin annuler ce veto,
ce qui permettrait au texte législatif innovateur d’avoir force de
loi.
Un des principaux objectifs de ce projet de loi vise à empêcher que
se produise au Vermont ce qui s’est passé au Canada quand la
multinationale Monsanto a poursuivi l’agriculteur Perry Schmeiser, de
Bruno, en Saskatchewan, parce qu’elle avait retrouvé des semences
Round Up Ready dans son champ.
« On part du principe, explique le sénateur Campbell, que les
semences traditionnelles n’ont jamais posé de problème en
agriculture et que si, maintenant, des multinationales poursuivent
des fermiers, c’est le résultat de l’introduction des OGM dans les
champs. Pas des cultures traditionnelles situées à côté des champs
remplis d’OGM. Nous, on dit que, s’il y a des problèmes, c’est la
faute du produit et donc du manufacturier, parce qu’il n’y en avait
pas avant l’introduction des OGM en agriculture. »
« D’autre part, poursuit le sénateur Campbell, s’il y a des transferts
de propriétés des OGM vers des champs voisins où l’on utilise des
semences traditionnelles, on veut que les semenciers-producteurs
d’OGM soient les seuls responsables de tous les dommages. On fait ça
pour protéger les fermiers qui vont utiliser des OGM, sauf, précise
notre projet de loi, s’ils commettent des fautes grossières dans
l’utilisation, comme le fait de ne pas respecter les instructions. En
établissant par la loi une responsabilité totale (strict liability)
des semenciers-producteurs, ils deviendront responsables des impacts
financiers des transferts de propriétés OGM d’un champ à l’autre
parce que c’est leur produit qui cause le problème. Des fermiers
pourront ainsi poursuivre ces semenciers pour avoir perdu leur
certificationbiologique si trop d’OGM se retrouvent dans leurs
champs. Ou si des récoltes produites avec des semences
traditionnelles ne peuvent être vendues ou sont retournées parce que
trop contaminées par les OGM. »
Le seul vote contre ce projet de loi est venu de la sénatrice Wendy
Wilton (R-Rutland). Elle déclare d’entrée de jeu au Devoir que « tout
n’est pas mauvais dans ce projet de loi ». Elle précise qu’elle appuie
même l’idée de protéger les agriculteurs vertmontois contre les
poursuites que pourraient intenter contre eux de grands semenciers.
Mais elle trouve « exorbitante » la responsabilité unique, absolue et
automatique qu’on crée aux dépens des multinationales qui produisent
des semences OGM. Cela risque, dit-elle, de les inciter à ne plus
vendre de semences OGM au Vermont, ce qui pénaliserait bien des
utilisateurs actuels.
C’est peut-être vrai que les multinationales vont vouloir éviter de
vendre leurs produits au Vermont, convient le sénateur Campbell. Il
déclare même avoir vu au cours des derniers jours un projet
d’étiquette qu’un grand semencier nord-américain s’apprête à coller
sur toutes ses semences OGM dès cette année : on y lit, dit-il, que
l’usage de ces semences est interdit au Vermont. Quiconque
enfreindrait cette règle disculperait automatiquement la
multinationale pour non-respect des directives, confirme le parrain
du projet de loi S-18.
« On ne veut pas interdire la vente des semences OGM au Vermont,
explique le sénateur en entrevue téléphonique. Notre projet de loi
leur permet de vendre partout en toute liberté. S’ils ont la
certitude que leur produit est sécuritaire et qu’il n’en résultera
aucun dommage, ni maintenant, ni à long terme, notre projet de loi ne
devrait pas leur faire peur. Mais s’ils ne sont pas sûrs de
l’innocuité de leur produit, ils prendront leurs décisions en
conséquence. Tout ce que dit notre projet de loi, c’est qu’ils seront
responsables des dommages. »
Le sénateur Campbell a eu vent que certaines multinationales
songeraient à attaquer cette future loi du Vermont devant l’OMC. Mais
il ne craint pas ce test car, dit-il, la loi proposée n’est ni un
moratoire ni une décision de fermer le territoire du Vermont aux OGM.
À son avis, aucune multinationale américaine ne pourrait attaquer une
telle loi au Canada ou au Mexique en vertu des règles du
libre-échange, car elle ne fait que définir le concept de
responsabilité civile et l’adapter au contexte des OGM, sans fermer
pour autant le marché ou le territoire.
« En ce sens, dit-il, notre projet de loi est certainement un modèle
qui peut être exporté. »
Deux États américains, dont le Wisconsin, précise le sénateur
Campbell, ont tenté d’introduire ces règles nouvelles pour civiliser
le marché des OGM. Mais le projet de loi, introduit il y a 10 jours
devant le Sénat du Vermont et adopté trois jours plus tard à la
quasi-unanimité, est le premier à passer le premier palier du test
législatif.
Le projet de loi sera prochainement envoyé au Comité de l’agriculture
de la Chambre des représentants. Ce sera l’étape la plus difficile,
explique le sénateur Campbell, car démocrates et républicains y sont
à égalité. Si le projet de loi finit par être introduit devant la
Chambre des représentants — que dominent les démocrates — il y a de
fortes chances qu’il soit adopté. Le veto du gouverneur républicain
Jim Douglas est dès lors prévisible en raison de l’opposition dure
que livre au projet de loi son secrétaire d’État à l’Agriculture,
Steve Kerr. Mais, ajoute confiant le sénateur Campbell, les deux
Chambres où les démocrates ont la majorité peuvent renverser par vote
majoritaire le veto du gouverneur et donner ainsi force de loi aux
nouvelles règles du jeu qui vont certainement susciter bien des
réflexions stratégiques ailleurs en Amérique du Nord. Et même
ailleurs.
Le Devoir, 11 avril 2005
Par Louis-Gilles Francoeur
Auteurs divers
Création de l'article : 14 avril 2005
Dernière mise à jour : 14 avril 2005
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