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Les rayons X tuent depuis plus d’un siècle...

lundi 31 décembre 2007, par infonucleaire

En 1895, un Allemand de cinquante ans, le professeur Wilhelm Conrad Röntgen, découvre une source de rayons invisibles qui, à l’encontre des rayons lumineux, sont capables de filtrer au travers d’un écran de papier noir. Ils ont aussi la propriété de faire briller dans le noir de minuscules cristaux de baryum. Ne sachant trop comment les baptiser, Röntgen finit par les appeler « rayons X ». Leur pouvoir est remarquable : ils voilent les plaques photographiques vierges et peuvent traverser la chair, mais pas les os.

Des "faiseurs" de rayons X

Au Grand Café, boulevard des Capucines, des conférenciers improvisés montrent au public fasciné comment, en « excitant » un tube de Crookes, on parvient à révéler « l’invisible » du corps humain ; ces démonstrations, qui ont lieu dans le « salon indien », s’enchaînent avec celle des frères Lumières, venus présenter le premier film de l’histoire du cinématographe : « L’Arroseur arrosé ». Présent dans la salle du Grand Café parmi les 33 spectateurs, le (futur) grand cinéaste Georges Méliès (1861-1938) assiste probablement aux deux démonstrations.

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(Tube de Crookes à croix de Malte.
Sir William Crookes (1832-1919), est chimiste et physicien britannique, il a laissé son nom comme "l’inventeur" du premier tube à vide. La forme qu’il donne à ce tube rend commode l’étude du rayonnement qui émane de sa cathode. Alimenté par une bobine d’induction de Ruhmkorff (sa bobine est un transformateur alimenté par un courant primaire de basse tension. Celui-ci est interrompu très fréquemment, ce qui produit un courant secondaire induit et de tension très élevée, capable de produire de fortes étincelles), ce tube est présent dans tous les laboratoires, petits ou grands, de l’ensemble de l’Europe. La lumière qu’il émet fascine. Elle peut être déviée par un champ électrique ou magnétique, elle rend fluorescent le verre qu’elle frappe. Ces rayons que l’on nomme à présent "rayons cathodiques", que sont-ils ? Un jet de particules chargées d’électricité ? Une forme particulière de rayonnement lumineux ? La question agite tout le monde des savants européens et partout des tubes de Crookes, alimentés par des bobines de Ruhmkorff, sont sollicités afin de lui apporter une réponse satisfaisante.
)

Parmi les autres spectateurs, des médiums se demandent déjà de quelle manière ils vont pouvoir exploiter cette invention. Quelques mois plus tard, se développent des « séances de néo-occultisme », durant lesquelles le médium utilise des gants, des têtes ou des squelettes enduits de « poudre fluorescente de diverses couleurs » ou de « sels néofluorescents ».

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Certains commerçants se spécialisent dans la vente des accessoires destinés à ce genre de prestation. Celles-ci connaîtront une apogée autour de 1900.

Les faiseurs de rayons X se multiplient dans les hauts lieux de la vie populaire parisienne et le musée Grévin, le musée de la Porte Saint-Denis proposent à leur tour des démonstrations de radioscopie ou de «  fluorescence des matières vitrifiées ».

Jusqu’en 1899, les grands magasins Dufayel, « les plus vastes et les plus beaux du Monde dans leur genre », proposent tous les jours au public « le cinématographe Lumière, les rayons X et leurs applications  » ; les appareils utilisés pour ces démonstrations sont ceux de l’ingénieur Radiguet. Les séances de radioscopie se doivent surtout d’attirer la clientèle dans la « seule maison dont l’organisation permet de vendre tous les articles uniformément bon marché ».

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(Des grands magasins attirent leur clientèle avec les deux spectacles du moment : le cinématographe et les rayons X.)

Tandis que les forains achètent le matériel chez les producteurs, les soirées mondaines du tout-Paris s’égayent d’ «  apparitions lumineuses » : grâce à un tube de Crookes et son générateur cachés sous une tenture noire, des prestidigitateurs rendent les verres, les porcelaines et les bijoux des femmes fluorescents, à la grande stupéfaction des invités. Tous les théâtres, grands magasins, musées et baraques foraines proposent bientôt une « démonstration à 10 sous ».

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Durant l’année 1896, les rayons X étendent progressivement leurs applications à de nombreux domaines extra-scientifiques ; à côté des physiciens, des ingénieurs et des médecins, d’autres corps de métier commencent à s’intéresser aux rayons et s’en approprient bientôt la technique : les militaires, les avocats, les policiers et les douaniers leur trouvent de nouvelles applications. Certains, enseignants ou simples amateurs, s’en font même un hobby passionnant.

En médecine et en chirurgie, les rayons X trouvent, malgré les railleries de certains récalcitrants, une place de façon quasi instantanée.

Aux USA, beaucoup de docteurs envoient leurs patients se faire radiographier dans des laboratoires spécialisés. Wolfram Fuch, un ingénieur électricien qui travaillait dans un de ces laboratoires à Chicago, avait déjà réalisé fin 1896 plus de 1 400 radiographies. A la fin de 1896, 23 cas de blessures graves, la plupart du temps des radiologistes ou des fabricants de tubes à rayons X, avaient été notifiés dans des publications scientifiques.

Le premier praticien à utiliser la thérapie par rayons X fut le Dr Leopold Freund à Vienne, dont le premier patient fut une fillette de cinq ans avec un point de beauté poilu dans le dos. En décembre 1896 elle subit 2 heures de rayons X par jour pendant 16 jours. Après 12 jours, ses cheveux (à l’arrière du crane) commencèrent à tomber, mais tout son dos était aussi horriblement enflammé et mis beaucoup de temps à guérir. Après cela Freund limita l’exposition à 10 minutes. "Cet accident", commentât sèchement la fille du docteur, "fut plein d’instruction".

En France, un an avant qu’Antoine Béclère implante officiellement un appareil de radioscopie à l’hôpital Tenon, les grandes villes voient se développer des laboratoires privés proposant aux médecins de réaliser (et d’interpréter) les radiographies et des radioscopies de leurs patients.

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(Chef de service à l’hôpital Tenon (Paris), le Dr Antoine Béclère fut le premier médecin français à utiliser la radiographie pour examiner ses malades même si ses collègues lui reprochaient... de « déshonorer le corps médical en devenant photographe » !)

Béclère crée en 1897 dans son service de l’hôpital Tenon, le premier laboratoire de radiologie. La première communication sur ce sujet est faite par Godon et Contremoulins qui exposent tour à tour leur technique et quelques applications pratiques avec les clichés de Louis Richard Chauvin et Félix Allard.

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(Radiographies exécutées par Richard Chauvin et Félix Allard.)

Le 7 février 1899 le Dr Bouchacourt présente son "Endodiascope" inspiré du "fluoroscope" du Dr Williams Rollins.

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A cette époque, n’importe quel ingénieur, constructeur, pharmacien, commerçant ou marchand de vin peut ouvrir son propre « laboratoire de radiographie ». Avant 1900, il est souvent admis qu’il suffit d’être un bon photographe pour savoir interpréter une radiographie.

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A Paris, la Maison Radiguet, installée 15 boulevard des Filles du Calvaire, met « gracieusement à la disposition de MM. les docteurs qui voudraient, au moyen du Radioscope, examiner instantanément l’intérieur du corps humain ». « Médaille d’Or » à l’Exposition Universelle de Bruxelles, « Médaille d’Or » et « Diplôme d’Honneur » à l’Exposition de Rouen en 1896, la Maison Radiguet « exécute dans son laboratoire ou à domicile, à des prix modérés, les radiographies nécessaires à la conduite et à la vérification des opérations chirurgicales ».

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(Plusieurs fabricants se disputent un marché qui promet d’être juteux. Ils offrent eux-mêmes des démonstrations et ouvrent des cabinets de radiologues où leurs assistantes tiennent souvent le rôle du cobaye. Elles découvriront bientôt les effets de ces expositions répétées.)

En 1897, l’ « opération radiologique » utilise un matériel capricieux, délicat et impressionnant pour le patient : noyé au sein d’un fouillis de fils (apportant le courante basse et haute tension au générateur), l’appareil émet une lumière jaune verdâtre dans l’obscurité et dégage une odeur d’ozone écoeurante ; le temps de pose est très long et requiert une coopération parfaite du sujet radiographié : en 1897, il faut en moyenne 10 minutes de pose pour radiographier un poumon et 40 minutes pour un abdomen !

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(Une publicité de 1898...)

En mars 1897, deux ans seulement après la découverte de Röntgen, il y a déjà soixante-neuf cas officiels de méfaits biologiques exercés par les rayons X.

Mais, nous l’avons dit, l’usage de la « lumière de l’invisible » ne se restreint pas au seul corps humain ; dès 1897, la presse présente régulièrement de nouvelles manières d’utiliser les rayons ionisants, hors du champ scientifique.

A côté de leur essor dans le domaine médical et chirurgical, les rayons X apportent à l’industrie des solutions nouvelles dont les journalistes aiment à souligner le caractère innovant.

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(Le grand chic pour un magasin de chaussures consiste à radiographier le pied de leurs clientes.)

Certaines compagnies d’électricité les utilisent pour « vérifier si des fils électriques sous baguettes sont soudés ou non, si leurs épissures sont régulières ». A Paris, l’établissement «  E. Ducretet & L. Lejeune  » propose de « photographier » les diamants «  aux rayons X », afin de séparer les vrais des faux. D’autres tentent de fabriquer une «  imprimerie aux rayons X ».

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(La Nature, 12/6/1897.)

Le destin de certaines créations, issues de la technique des rayons X, hésite entre l’industrie et la médecine : ainsi la «  lorgnette humaine », présentée dans la presse en septembre 1897, est une « sorte de chambre noire à soufflet qui se termine par un écran fluorescent qui devient lumineux sous l’action des rayons X ». Ce dispositif permet, par exemple, de regarder les os de sa main lorsque celle-ci est placée entre l’extrémité de la lorgnette et un tube de Crookes. En pratique, qu’apporte concrètement cette nouvelle technologie à l’application médicale et industrielle des rayons de Roentgen ? La prose admirative des journalistes de la grande presse ne fournit aucune réponse : « Les rayons X sont maintenant entrés dans la pratique, non seulement pour les opérations médicales, mais aussi pour des recherches industrielles. En songeant que cette découverte est très récente [...], on peut s’attendre à des choses merveilleuses. Le mot n’est pas de trop. » Tous célèbrent une utopie en marche : celle de la «  lumière nouvelle ».

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( En juin 1896, une nouvelle est arrivée d’Amérique. Le célèbre Edison a mis au point un fluoroscope qui permet d’observer directement à travers les corps. Un écran sensible est placé à l’extrémité d’une "chambre noire" dans laquelle l’observateur plonge le regard. Il suffit donc d’un tube de Crookes et de cette boîte pour que chacun puisse observer les os de sa propre main placée sur l’écran et irradiée par la lampe placée en face. Edison précise bien que la réussite dépend de la puissance du tube de Crookes utilisé, c’est-à-dire du vide réalisé. Ce sont donc des rayons X de forte intensité qui viennent frapper l’observateur et en particulier son visage et ses yeux. Une nouvelle version du fluoroscope de Edison, plus commode, est proposée pour les médecins. Comme la première, elle expose fortement l’utilisateur. [voir la version moderne du fluoroscope http://www.dissident-media.org/infonucleaire/radioscopie_de_poche.jpg Sciences & Avenir n°373 de mars 1978]

En septembre 1896. Un homme a reçu une balle dans la tête mais il n’en est pas mort. Une radiographie localise la balle après "sept quarts d’heures de pose" qui ont fatigué le patient et interdit une autre prise de vue. On annonce aussi la radiographie d’une enfant nouveau né. De quoi faire frémir le lecteur contemporain quand on sait que l’exposition à une source intense de rayons X a duré plus de une heure. On observera bientôt les enfants à naître au sein même de leur mère !

En octobre 1896. Une balle, cette fois dans la tête d’un enfant. Le tube à rayons X a été placé à 1/2 pouce du crâne de l’enfant. La pose a duré une heure. L’intérêt de la communication réside dans la suite de l’article titré : "Action dépilatoire des rayons X". L’auteur explique : "au bout de 21 jours après l’expérience, les cheveux se mirent à tomber à l’endroit de pénétration des rayons X sur un diamètre de deux pouces à peu près ; la peau est saine ; le malade n’éprouve aucune douleur ; il n’y avait là aucune lésion". Nulle inquiétude chez l’auteur qui propose, en guise de conclusion, d’utiliser cette méthode rapide et commode pour la dépilation.

Le revers de la médaille

Novembre 1896. Un premier article titré : "les méfaits des rayons X" (La Nature). Le témoin a été démonstrateur en rayons X pendant l’été à Londres. Il a, donc, payé de sa personne pendant tout l’été à raison de plusieurs heures par jour d’exposition. Il témoigne : "Dans les deux ou trois premières semaines je n’en ressentis aucun inconvénient mais au bout de quelque temps apparurent sur les doigts de ma main droite de nombreuse tâches foncées qui perçaient sous la peau. Peu à peu elles devinrent très douloureuses ; le reste de la peau était rouge et fortement enflammé. Ma main me faisait si mal que j’étais constamment obligé de la baigner dans de l’eau très froide. Une pommade calme momentanément la douleur mais l’épiderme s’était desséché, il était devenu dur et jaune comme du parchemin et complètement insensible ; je ne fus donc pas surpris lorsque ma main se mit à peler".)

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(Bientôt la peau puis les ongles tombent, les doigts enflent, les douleurs sont incessantes, "j’ai perdu trois épiderme de la main droite et un de la main gauche, quatre de mes ongles ont disparu de la main droite et deux de la gauche et trois autres sont prêts à tomber. Pendant plus de six semaines j’ai été incapable de faire quoi que ce soit de ma main droite et je ne puis tenir une plume que depuis la perte de mes ongles..."

Le journaliste, rédacteur de l’article se veut cependant rassurant. Ce récit dit-il "pourrait effrayer quelques personnes qui tiennent à leur peau et les éloigner pour toujours du tube producteur des mystérieux rayons, c’est pourquoi nous croyons devoir insister sur le fait que les premiers désordres se sont produits après plusieurs semaines d’une exposition quotidienne d’un tube assez puissant pour permettre les démonstrations publiques."

Février 1897. Les médecins ont découvert ce qui sera l’un des usages essentiel des rayons X : on peut détecter une affection pulmonaire et en particulier une tuberculose par une radioscopie. Un médecin détecte une tuberculose au dernier stade chez un jeune homme de 20 ans. Son père ayant entendu parler de cobayes tuberculeux guéris après exposition aux rayons X, demande de faire appliquer le traitement à son fils. Le patient est soumis à une heure d’exposition aux rayons X chaque matin pendant plus d’un mois. On s’est assuré au préalable du fait que les rayons produits étaient suffisamment pénétrants. Même si la peau de sa poitrine doit subir de multiples brûlures, l’état du malade s’améliore au point qu’on le considère bientôt comme guéri. L’a-t-il été définitivement ? Cette exposition a-t-elle eu des effets secondaires ? Nous ne le saurons pas.

Mai 1897. Deux expérimentateurs qui utilisent les rayons X depuis un an signalent l’effet produit sur leurs mains. L’épiderme s’est épaissi, les poils sont tombés, les ongles se sont exfoliés au point que l’on craint de les voir tomber.

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Ce n’est qu’un début. Bientôt les plaies ne cicatrisent plus. Des cancers apparaissent sur les parties exposées. Il faudra amputer les doigts puis les membres de manipulateurs trop assidus. Ce sera souvent insuffisant et l’issue en sera fatale. On observe aussi une modification de la formule sanguine et de nombreux cas de stérilité. Des mesures de précaution sont préconisées. Dès 1904 un praticien américain conseille d’améliorer les tubes par l’usage d’une enceinte imperméable aux rayons X ; de verre au plomb devant les écrans d’observation, d’une protection pour les opérateurs. On commence à comprendre les mécanismes de l’action des rayons X sur les cellules vivantes. Mais bientôt ce sera la guerre 14/18 et l’usage massif des rayons X dans les infirmeries de campagne. "A la guerre, comme à la guerre" est une slogan bien connu. Les précautions viendront plus tard !

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Durant la première guerre mondiale près de deux cents « équipages radiologiques » se rendent sur le front pour éviter que les malades ne soient transportés. Les « Petites Curie » ont ainsi permis de faire plus d’un million d’examens... Les belligérants ont fait largement appel à des machines à rayons X portatives (de conception assez primitive) pour localiser les éclats d’obus et les aider à remettre en place les os brisés, mais le chaos du champ de bataille et l’inexpérience des opérateurs ont rendu les mesures de sécurité presque impossible. Il y eut de nombreuses victimes parmi les blessés et les médecins (après la guerre, les journaux ont parlé de ces cas, attirant l’attention sur les dangers des rayonnements.)

Henri de Parville (1838-1909), grand vulgarisateur scientifique collaborant aux Annales Politiques et Littéraires, au Journal des Débats, au Moniteur, au Correspondant et au Journal Officiel, consacre aux rayons X de régulières chroniques. En 1899, l’utilisation des rayons X dans une exploitation agricole américaine fait, sous sa plume, l’objet d’un article très sérieux (« Les rayons X au poulailler ») : « Un journal spécial nous annonce que des éleveurs américains ont trouvé le moyen d’accroître de 30 % le bénéfice de leur production en oeuf [...] ». Dans ce communiqué, Henri de Parville explique que des éleveurs soumettent leurs poules à l’action des rayons X afin de déterminer celles qui seront les meilleures pondeuses ; pour les reconnaître, le chroniqueur précise qu’il suffit d’identifier celles qui possèdent un « chapelet révélateur, invisible à l’oeil nu. »

La même année, dans une note intitulée « les rayons Roentgen et les vers à soie », le journaliste relate l’expérience d’industriels de la soie, qui irradient les cocons pour déterminer à l’avance le sexe des chrysalides (le cocon mâle fournissant un meilleur rendement de soie que le cocon femelle).

A la suite des industriels, les services publics adoptent à leur tour la « lumière nouvelle » et la justice, l’armée, la police et les douanes découvrent les possibilités qu’offre le tube de Crookes.

Des avocats commencent à interpréter les radiographies pour défendre certaines causes et apprécier l’indemnité des accidents du travail.

Au sein de la police, certains entrevoient bientôt une nouvelle façon d’enrayer le vol dans les commerces populaires.

Gravure à l’appui, L’Illustration présente le cas d’une « fraudeuse dénoncée par les rayons X » qui, sans que les vendeuses aient eu besoin de la fouiller, se fait appréhender grâce à la radioscopie de ses membres inférieurs (révélant une bouteille que la dame cachait sous sa robe).

En juillet 1897, le journal Les Annales Politiques et Littéraires commente l’adoption de la technique par les services de douanes (« Les rayons X et la douane ») : « Voilà donc un fait acquis : la nouvelle découverte permettra l’examen plus rapide et plus sérieux des colis arrêtés en douane et de tous les objets suspects qui passeront sous l’oeil de lynx des gabelous. »

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(Tout de suite, les douaniers ont compris que les rayons X pouvaient réaliser leur rêve le plus fou : voir à l’intérieur des bagages sans les fouiller. Mais, ils allaient payer un lourd tribut aux dangereux rayonnements, et cessèrent pendant plusieurs années de les utiliser, avant de connaître le moyen de s’en protéger.)

En octobre 1898, l’utilisation de la radiographie par les bureaux recruteurs de l’Armée (dans le cadre du service militaire) fait l’objet d’un fait divers relatédans les colonnes du Petit Journal : un «  jeune homme qui avait reçu [...] une balle de revolver dans la jambe droite » le « Conseil de révision était fort perplexe » quant à décision d’incorporer ou non le sujet. Grâce à « plusieurs épreuves radiographiques de sa jambe », le conscrit obtint d’être réformé immédiatement. Cette mésaventure inspire une conclusion optimiste : « De jour en jour, les applications des rayons X deviennent de plus en plus nombreuses, mais jusqu’à présent cependant, le service du recrutement n’avait pas encore songé à les appliquer pour déterminer l’aptitude physique des conscrits. C’est désormais chose faite. [...] Il serait à souhaiter que cette application nouvelle des rayons X se généralisât dans les services de recrutement ; on éviterait ainsi l’incorporation de jeunes conscrits atteints de lésions ou d’infirmités qui échappent souvent à l’examen superficiel du Conseil de révision. »

Jusqu’au début du vingtième siècle, l’utopie populaire d’une « vision de l’invisible », continue de susciter les projets les plus insolites : l’usage, par exemple, des rayons X dans les grands magasins pour la « fouille » des voleurs présumés suscite au départ un vif intérêt du grand public ; autour de 1900, ces méthodes, dont les résultats s’avèrent vite décevants, sont progressivement abandonnées...

A la fin du siècle, le nombre de cas officiels de méfaits biologiques exercés par les rayons X se monte à cent soixante-dix. Un chercheur allemand a constaté que des souris constamment soumises aux rayons X souffrent de leucémie. En 1911, un autre rapport fournit la liste de quatre-vingt-quatorze cas de tumeurs cancéreuses (chez l’homme) dues aux mêmes rayons, on compte parmi les victimes cinquante radiologues, c’est à dire les experts eux-mêmes. Plus tard, ces premiers manipulateurs des rayons X deviendront des « martyrs de la science », en vingt ans, il y en aura des centaines.

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(Dès le début du XXe siècle, les cabinets de consultation étaient équipés d’un système radiographique mobile, appelé "armoire Röntgen".)

Après la guerre de 14-18 quand des machines plus puissantes et plus faciles à utiliser ont été disponibles, les médecins ont étendu la thérapie par rayons X à un large éventail de maladies, des marques de naissance jusqu’à la syphilis. La rédaction de l’American X Ray Journal signale qu’ "il y a environ 100 maladies différentes qui répondent favorablement à un traitement par rayons X". Le traitement par radiation des maladies bénignes est devenu un engouement qui dura plus de 40 ans.

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(Extrait de Science et Vie n°429, juin 1953.
En 1957 à l’hôpital Saint-Louis à Paris, réputé pour tout ce qui était dermatologie, on enlevait les "taches de vin" de naissance par rayons X (et ça marchait...). On a aussi irradié des poumons à Paris, pour traiter l’asthme au moins jusqu’en 1952. Les rayons X ont été utilisés contre la teigne aux USA dans le New-York University Hospital, 2043 enfants ont eu le cuir chevelu irradié entre 1940 et 1959. Et aussi en Israël, 10 842 enfants irradiés entre 1948 et 1960.
)

Certaines des plus précieuses informations sur les effets biologiques des fortes doses de rayonnement proviennent d’études de grands groupes de personnes inutilement irradiés pour des problèmes mineurs tels que la teigne et l’acné. Les "problèmes féminin", physiques ou mentaux, étaient vus comme répondant particulièrement bien à des radiations. Beaucoup de femmes ont eu leurs ovaires irradiés comme traitement de la dépression. Un manuel de radiologie recommandé l’utilisation des rayonnements pour provoquer la ménopause... Les saignements excessifs pendant les menstruations est parfois traités par irradiation de l’utérus, et les médecins peuvent être assurés, selon le Dr Thomas Cheery du New York Post-Graduate Medical School and Hospital, que "le désir sexuel et la réaction sont réduits ou perdus dans seulement environ vingt pour cent des cas".

Au cours des années folles, la perspective de se débarrasser des poils superflus (voir la vidéo http://www.dissident-media.org/fichier_real/RayonsX.ram en Realvideo 33Kb), des verrues, de l’acné et des affections cutanées grâce aux rayons X en séduit plus d’un et plus d’une, un petit commerce radioactif fort lucratif a ainsi prospèré dans les instituts de beauté américains par exemple...

Infonucléaire.
http://www.dissident-media.org/infonucleaire


Lire :

- "Radioactivité : les normes qui tuent", Science & Vie n°757, octobre 1980 en PDF.
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/SV_n757_octobre_1980.pdf

- "Effets sur la santé de l’irradiation par des doses faibles", Alice M. Stewart, 1982.
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/faibles_doses_stewart.html

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