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Le saumon génétiquement modifié faillirait dans une expo-science du secondaire, selon un expert |
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Le saumon génétiquement modifié faillirait dans une expo-science du
secondaire, selon un expert
http://www.jminforme.ca/economie/article/1259910
Publié à 6h00 le jeudi 14 octobre 2010
CHANTAL ROUSSEL
L’ÉTOILE
Le débat entourant le saumon génétiquement modifié AquAdvantage Fish,
créé par la compagnie américaine AquaBounty, fait toujours rage aux
États-Unis et de notre côté de la frontière. Des environnementalistes et
groupes de défense des consommateurs critiquent sévèrement d’une part la
qualité des données scientifiques fournies à la Food and Drug
Administration et d’autre part, le manque de transparence des autorités
canadiennes.
La semaine dernière, L’Étoile a publié un article sur le saumon
génétiquement (GM) modifié qui mettait en lumière différents enjeux
entourant le développement de ce nouvel aliment issu de la
biotechnologie. Certains croient qu’un poisson riche en oméga-3 à
croissance rapide - le saumon GM croît deux fois plus vite que le saumon
sauvage - répond à une demande de la population de manger plus de
poisson à faible coût. D’un autre côté, l’ensemble de l’industrie de
l’aquaculture au Canada s’est déjà prononcé contre le développement de
cette innovation et n’appuie pas les recherches dans ce domaine.
AquaBounty développe les oeufs de son saumon GM à l’Île-du-Prince-Édouard
et fait grandir les poissons dans des bassins du
Panama, en Amérique du Sud. Un gène de l’hormone de croissance du saumon
quinnat et celui d’une hormone antigel d’une espèce d’anguille sont
intégrés au code génétique du poisson pour lui permettre d’atteindre sa
maturité deux fois plus vite. Cela fait plus de 20 ans que la compagnie
travaille sur ces recherches.
L’Étoile a contacté AquaBounty par téléphone la semaine dernière pour
savoir si cette entreprise avait l’intention de soumettre une demande
d’approbation auprès de Santé Canada, ce à quoi l’entreprise a répondu
par l’affirmative.
Du côté des États-Unis, le scientifique en chef de l’organisme Consumers
Union, Dr Michael Hansen a témoigné devant le comité consultatif de
médecine vétérinaire de la FDA, le 20 septembre dernier. Il a eu
l’occasion d’analyser un sommaire des données fournies par l’agence
règlementaire. Selon lui, les données scientifiques d’AquaBounty sont
superficielles et de qualité scientifique insuffisante pour permettre
une approbation.
« J’ai rarement observé une soumission aussi faible. Avec ce genre de
données, on ne passerait même pas une expo-science d’une école
secondaire, se révolte-t-il. Par exemple, la compagnie a elle-même
identifié un risque de toxicité ou d’allergénicité lié à la présence
d’hormones de croissance du saumon quinnat dans le saumon de
l’Atlantique. Ils ont utilisé des tests pour analyser la teneur en
hormone de croissance, mais les tests étaient si insensibles, qu’ils ne
sont pas parvenus à identifier d’hormones dans aucun des 73 poissons
analysés. Ils ont conclu que le saumon GM était identique en substance
au saumon traditionnel. Or, si vous n’avez pas de données, vous ne
pouvez pas émettre de conclusions. C’est très élémentaire. »
Selon Dr Hansen, les tests ne permettaient pas de déceler des taux
d’hormone de croissance plus bas que 10,5 nanogrammes par gramme, alors
que chez une espèce cousine, le saumon coho sauvage, on retrouve entre 1
et 1,5 ng et 9 ng chez les poissons d’élevage. « Soit ils ne voulaient
pas détecter d’hormones, soit ils sont de très mauvais scientifiques. »
Dr Hansen poursuit en énumérant de nombreuses lacunes importantes
observées dans les données. « En résumé, je dirais que les données
étaient inadéquates parce que les échantillons étaient trop petits,
l’utilisation de méthodologie d’évaluation inappropriée et en raison de
l’utilisation de méthodologie insensible. Mais surtout, ils n’ont fourni
des données que sur les poissons en croissance à
l’Île-du-Prince-Édouard, alors que ce qu’ils vont mettre sur le marché,
ce sont les poissons du Panama. Ils ont eux-mêmes indiqué que les
conditions différentes du Panama auraient des impacts sur la qualité du
poisson, mais ne fournissent aucune information à ce sujet. La FDA n’est
donc pas en train d’approuver le produit qui sera sur le marché. »
Dr Hansen croit qu’il y a de nombreuses raisons de penser que le saumon
GM sera plus allergène que le saumon traditionnel, qui est déjà un des
aliments les plus allergènes sur le marché, et qu’il contiendra beaucoup
moins d’oméga-3 que le saumon sauvage, parce que son alimentation est
très différente.
Le scientifique est convaincu que Santé Canada n’approuvera pas le
produit. « Dans le cas des clones, Santé Canada a émis une déclaration
très critique à l’endroit de la FDA pour les aviser que les données
scientifiques fournies n’étaient pas suffisantes, ni d’assez bonne
qualité pour prendre une décision. La FDA a tout de même approuvé les
clones. »
De ce côté-ci de la frontière, le Réseau canadien d’action sur les
biotechnologies n’est pas aussi optimiste. « Santé Canada ne devrait même
pas dépenser l’argent des contribuables pour analyser ces données bidon,
croit Lucy Sharratt, porte-parole de l’organisme. Le problème, c’est que
s’ils obtiennent une soumission d’AquaBounty, ils vont l’analyser et
tout ce processus sera tenu à l’écart du public, et cela inclut les
pêcheurs et l’industrie de l’aquaculture. Il n’y a aucune opportunité de
participation du public dans le débat. Nous ne saurons même pas si et
quand la compagnie aura émis une soumission. Il y a un grand manque de
transparence. »
Environnement Canada et l’Agence canadienne de santé publique ont des
politiques de confidentialité similaires, de sorte qu’il est impossible
pour le public de connaître l’état des évaluations.
Mme Sharratt souhaiterait que l’énergie au Canada soit davantage
consacrée à préserver les ressources de la mer plutôt que de miser sur
un nouveau type de poisson biotechnologique. « J’ai l’impression que nos
gouvernements ont baissé les bras par rapport à la pêche et à la
conservation des espèces, qui sont des enjeux critiques en ce moment. »
MaTthieu
Création de l'article : 26 octobre 2010
Dernière mise à jour : 26 octobre 2010
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