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Depuis 10 ans pas de réchauffement climatique, les piliers du GIEC s’interrogent

jeudi 1er décembre 2011

Les piliers du GIEC s’interrogent et proposent des réponses divergentes à la question :
"Pourquoi, en dépit de l’accumulation persistante des gaz à effets de serre, la hausse de la température de la planète a-t-elle marqué le pas pendant la dernière décennie ?"

1 - Introduction :

Alors que nos médias unanimes et quelques intervenants sur les forums de ces mêmes médias ainsi que quelques blogs, s’efforcent de convaincre le public que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la science climatique, que l’apocalypse est pour demain, que "c’est l’année la plus chaude" que "la science est comprise", que le consensus est unanime et que les observations se conforment parfaitement aux prévisions (prédictions, scénarios), les climatologues - les professionnels - eux, se font beaucoup de souci.

Parmi les graves questions qui les préoccupent, comme nous allons le voir, figure au premier chef, une évidence qui crève les yeux et qu’il est bien difficile de dissimuler au public et aux décideurs un tant soit peu avertis.

Comme chacun le sait et cela ne fait guère de doute, le taux de CO2 présent dans notre atmosphère augmente de manière constante, voire avec une légère accélération depuis 1945.
Or, et ce n’est pas un détail, après l’augmentation assez nette de la température globale de 1976 à 1998 qui succédait elle-même à une baisse qui s’est prolongée de 1945 à 1970 environ, la température moyenne du globe a cessé de monter.
A vrai dire et comme le savent les lecteurs de ce site et comme les graphiques officiels l’indiquent, nous sommes actuellement sur un plateau de température qui, au jour d’aujourd’hui, dure depuis plus de dix ans.
Certains comme Richard Lindzen pensent que, compte tenu des incertitudes, la stagnation des températures a commencé dès 1993-1995. C’est à dire depuis nettement plus qu’une décennie.


R. Pachauri, le CEO du GIEC lui même s’en était inquiété dès 2008 et avait affirmé qu’il "regarderait ce plateau" comme l’a rapporté l’agence Reuters.

De même Phil Jones fut contraint de convenir de l’absence de réchauffement significatif depuis 1995, en 2010 lors d’un entretien public à BBC News.
Quoiqu’au mois de Juin dernier, il affirmait avoir retrouvé un réchauffement significatif... qu’il est vraiment très difficile de percevoir sur les graphiques officiels et aussi sur celui ci-contre établi par le Prof. Humlum à partir des données officielles HadCRUT3 (le dernier né de Phil Jones et al).
Quoiqu’il en soit et comme on le voit sur le graphique ci-dessus, même en faisant abstraction des barres de tendance en pointillés, la concentration de l’atmosphère en CO2 a notablement augmenté durant la période récente et la température moyenne du globe marque le pas depuis un peu plus d’une décennie. Alors quid ?

2 - Qu’en pensent les climatologues proches du GIEC ?

Une fois n’est pas coutume. L’essentiel de la partie suivante de ce billet est une traduction d’un article du Prof. Roger Pielke Sr, lequel article est lui-même constitué d’extraits d’un article assez copieux rédigé par Paul Voosen qui est reporter scientifique à la revue peer-reviouvée "Energy & Environnment". 

L’article de Pielke Sr est intitulé (fort justement, à mon sens) : "Commentaires candides de climatologues". Judith Curry l’a repris intégralement sur son blog "Climate etc.", sous le titre : "Commentaires de scientifiques du réchauffement climatique".

Paul Voosen qui est l’auteur de l’article initial, a eu l’excellente idée de collationner, au sein d’un papier abondamment documenté, les commentaires ou les réponses des climatologues les plus en vue et les plus proches du GIEC (dont ils sont en fait les principaux piliers) à une question épineuse qui, comme vous allez le voir, pose (à juste titre) problème aux théories en cours sur le réchauffement climatique.

La question posée était celle qui figure dans l’entête de ce billet : "Pourquoi, en dépit de l’accumulation persistante des gaz à effets de serre, la hausse de la température de la planète a-t-elle marqué le pas pendant la dernière décennie ?".
Ce billet est assez long et je m’en excuse à l’avance. Cependant, Il mérite une lecture attentive parce qu’il est particulièrement révélateur de l’état actuel de la science climatique. D’autre part, son style est assez narratif et facile à suivre.
Il devrait tout particulièrement intéresser les lecteurs avertis qui suivent depuis quelque temps cette affaire et qui ont connaissance des théories et les modèles qui vont avec. Ceux qui savent où se trouvent les incertitudes, les hypothèses plus ou moins hasardeuses, et les contradictions entre les modèles et les observations.

Comme l’avaient fait les courriels du CRU (Le Climategate) en 2009, sous bien des aspects, les commentaires qui suivent révèlent le fond de la pensée, les inflexions, les hésitations voire les contradictions des quelques initiés qui ont fait, et font encore, la pluie et le beau temps dans les rapports successifs FAR, SAR, TAR et AR4 (et bientôt l’AR5) du GIEC de l’ONU.
Ci-dessous, les traductions des textes du billet de Roger Pielke Sr. apparaissent comme des encadrés [...]. Mes propres remarques ou les transitions entre les différentes sections apparaissent [entre ces encadrés].
Une remarque préliminaire de Pielke qui rejoint mes commentaires précédents :



Il y a, dans cet article, quelques citations intéressantes de la part des climatologues qui mettent en lumière le grand degré d’incertitude par rapport au système climatique et au rôle que peut y jouer l’homme. Et ceci même parmi les scientifiques qui sont fortement impliqués dans les rapports du GIEC.[...]
Les citations intéressantes et le texte sont remis en ordre selon les personnes citées. Je recommande chaudement la lecture de l’article intégral cité. [les caractères engraissés sont de mon fait [NdT, c’est-à dire-de Pielke]].
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Pour ma part, je me suis contenté, pour une meilleure lisibilité, d’engraisser les noms des chercheurs concernés par chaque paragraphe.



De John Barnes [La spécialité de Barnes est la mesure des aérosols stratosphériques)
“Si vous regardez la température du globe durant la dernière décennie, elle n’augmente pas" dit Barnes."Il y a beaucoup de fluctuations. Mais les modèles [du climat] augmentent. Et ceci doit être expliqué. Pourquoi ne s’est-elle pas réchauffée ?
Barnes a effectué une veille vigilante et solitaire pendant 20 ans [A l’observatoire de Mauna Loa à Hawaï]. Empruntant le chemin tortueux et constellé de nids de poules qui mène au laboratoire financé par le gouvernement, il a passé soirée après soirée en attendant le grand événement (NdT : sans doute une grande éruption). Sa spécialité consiste à mesurer les aérosols stratosphériques, les particules réfléchissantes issues des volcans dont on sait qu’elles refroidissent temporairement la planète. Seules les plus violentes éruptions volcaniques sont capables de hisser les émissions au dessus des nuages, pensaient les scientifiques tout comme Barnes. Dès lors, après avoir construit son laser, Barnes attendait son heure.
Jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu d’éruption volcanique majeure depuis 1991, quand le Mont Pinatubo a grillé les Philippines, provoquant un refroidissement de la terre d’un demi degré pendant plusieurs années. Mais Barnes a suivi avec attention ce silence radio en identifiant le niveau d’arrière-plan des particules dans la stratosphère. C’est alors, il y a quatre ans, assis dans son labo en préfabriqué, situé près de l’endroit où Charles Keeling effectua les premières mesures historiques de l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, que Barnes observa quelques chose de bizarre dans les enregistrements des aérosols.
Barnes se lamente de la complexité époustouflante de la question de la séparation de tous les petits forçages sur le climat.
En comparaison, le travail soigneux de Charles Keeling qui mesurait l’augmentation du taux de CO2, apparaît comme très simple.
“C’est vraiment subtil" dit-il. "Il est dur de déterminer quelle quantité s’en va dans les océans, parce que les océans absorbent une partie de la chaleur. Et dans beaucoup d’endroits les mesures n’ont tout simplement pas la précision requise. Nous avons bien des satellites qui mesurent le budget énergétique, mais il y a aussi des hypothèses là-dedans, il y a des hypothèses au sujet des océans, parce que nous n’avons pas une quantité suffisante de mesures dans les océans.
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‘De Jean-Paul Vernier
Il y a cinq ans, un ballon qui avait été relâché au dessus des sables du Sahara, a changé l’existence de Jean-Paul Vernier.

En ascension au dessus des sables grillés par la chaleur du Niger, le ballon, équipé pour capturer les aérosols qui sont le mélange de particules naturelles et résultant de l’activité humaine suspendues dans l’atmosphère, s’éleva au dessus des nuages et rentra dans la stratosphère. A cet endroit, Vernier pensait trouver un ciel clair. Après tout, il n’y avait pas eu d’éruptions comme celle du Pinatubo depuis plus d’une décennie. Mais il se trompait. A une altitude de 12 miles, le ballon découvrit un filon d’aérosols.

Vernier avait trouvé une tranche de la tendance identifiée par Barnes à Mauna Loa à Hawaï. C’était étonnant. D’où pouvaient provenir ces aérosols qui réfléchissent la chaleur ? Vernier n’était pas sûr mais Barnes et son équipe hasardèrent une hypothèse en annonçant leur découverte. C’était, suggérèrent-ils, du fait de l’activité en croissance rapide de la Chine qui était devenue très alarmante.

Vernier qui est un scientifique français venu étudier les aérosols au Centre de Langley de la NASA, se lança, tout comme Barnes, dans l’utilisation du laser pour comprendre ces sulfates facétieux. Mais au lieu d’utiliser un laser attaché à la terre, il utilisa un laser dans l’espace.

La même année que celle de la campagne de ballons sondes au Niger, la NASA avait lancé un satellite équipé d’un laser destiné à observer les aérosols parmi les nuages. Vernier et ses collègues s’imaginaient qu’avec un minimum d’algorithmes simples, ils pourraient faire dire clairement au laser CALIPSO ce qu’il savait sur la stratosphère. L’avalanche de données qui venaient du satellites étaient chaotiques - trop fluctuantes au goût de Barnes lorsqu’il y jeta un coup d’oeil - mais plusieurs années après, Vernier l’avait pris en mains. Il avait trouvé une réponse.

Pour la plupart, les aérosols ne semblaient pas être de la faute de la Chine.
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De Kevin Trenberth
Le hiatus [dans le réchauffement] n’était pas inattendu. La variabilité du climat peut supprimer l’augmentation de température de manière temporaire, bien qu’avant cette décennie, les scientifiques n’étaient pas certains de savoir combien de temps pourrait durer une telle pause. Quoiqu’il en soit, une décennie, ce n’est pas assez long pour dire quoique ce soit au sujet de l’effet des humains sur le climat, et si on se base sur les résultats d’un article à venir bientôt, il faut attendre 17 ans.
Pour quelques scientifiques, attribuer le hiatus aux variations naturelles de la planète était suffisant. Les températures remonteront bientôt tirées inexorablement par la couverture, en augmentation constante, tendue dans d’atmosphère par les gaz à effet de serre. Les gens l’oublieront [NdT : le hiatus].
Mais pour d’autres, cette réponse simple constituait un échec. Si les scientifiques en venaient à attribuer l’arrêt du réchauffement à la variabilité naturelle, il se trouvaient placés devant une lourde tâche qui était d’expliquer de manière précise comment fonctionnait cette variabilité. Sans éléments de preuves, leurs affirmations n’étaient pas meilleures que les théories infondées que faisaient circuler les climato-sceptiques sur Internet.
“Cela m’a toujours dérangé", dit Kevin Trenberth, le responsable de la section sur l’analyse du climat au Centre National de La Recherche Atmosphérique [NdT : NCAR]. “La variabilité naturelle n’est pas une cause. Ce qu’il faut expliquer c’est de quel aspect de la variabilité naturelle il s’agit."

Jusqu’en 2003, les scientifiques avaient une compréhension raisonnable de l’endroit où allait la chaleur piégée venant du soleil. On la voyait dans la hausse du niveau des océans et dans les températures. Mais depuis lors, la chaleur dans la partie supérieure de océans n’avait pratiquement pas augmenté et la hausse du niveau des océans s’était ralentie, alors que les données issues des satellites qui observaient les chaleurs rentrantes et sortantes - le budget énergétique de la Terre - trouvaient qu’une quantité de chaleur toujours en augmentation, devait être piégée dans la planète. (Quelques scientifiques questionnaient le fait que l’on se basait trop fortement sur les données satellitaires, puisque l’énergie observée devait être fortement revue à la baisse en se guidant sur les modèles climatiques.) Étant donné que le bilan incluait clairement le cycle solaire et les aérosols, il devait manquer quelque chose.
Où s’en allait la chaleur ? Trenberth ne cessait de reposer cette question.

Récemment, en travaillant avec Gerald Meehl et d’autres, Trenberth proposa une réponse. Dans un article publié le mois dernier, ils mirent en place un modèle du climat qui montre qu’une pause des températures, longue d’une décennie, accompagnée de son énergie manquante correspondante, pouvait survenir du fait que la chaleur s’enfoncerait dans les eaux profondes et froides des océans à une profondeur de plus de deux mille pieds. L’équipe utilisait un nouveau modèle, celui qui était préparé pour le prochain rapport de l’ONU sur le climat. A la différence des modèles précédents, il gérait bien la variabilité du Pacifique, "ce qui semble important" a dit Trenberth.

“Lors d’un La Niña, les températures de l’eau plus froide de la surface dans le Pacifique signifient qu’il y a moins de convection là-bas - peu de tempêtes tropicales, etc. et peu de nuages mais ainsi plus de soleil," dit-il "La chaleur s’en va dans les océans et se trouve déplacée par les courants océaniques. C’est pourquoi, ironiquement, des conditions plus froides conduisent à ce que plus de chaleur soit emprisonnée."

C’est une illustration convaincante de la manière dont la variabilité naturelle, au moins dans ce modèle, pouvait surpasser l’influence de l’augmentation des gaz à effet de serre, pendant une décennie ou plus, ont déclaré plusieurs scientifiques. Cependant, selon un chercheur éminent -Hansen de la NASA - c’est la recherche de la réponse à une question qu’il n’est pas nécessaire de résoudre.

C’est parce que, selon Hansen, il n’y a pas d’énergie manquante.

Trenberth se demande si les mesures Argo sont assez matures pour raconter une histoire aussi précise que celle qu’Hansen met en avant. Il a constaté de nombreuses incohérences dans les analyses des données et il y a encore des problèmes de données manquantes et erronées et aussi des problèmes de calibration," dit-il "Les bouées Argo sont précieuses", a-t-il ajouté , mais" elles n’en sont pas encore arrivées jusque là."
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de Susan Solomon
“Ce que je trouve réellement excitant à propos de cette période des dix dernières années, c’est que cela a poussé les gens à se poser des questions au sujet de la variabilité décennale, avec beaucoup plus de soin qu’ils ne l’avaient probablement fait auparavant." a dit Susan Solomon qui est une chimiste de l’atmosphère et ancienne auteur principal du rapport sur le changement climatique de l’ONU, lors d’une visite au MIT. “Et c’est très bien. Il n’y a pas de balle d’argent (NdT : c’est à dire, pas d’explication miracle). Dans le cas présent, c’est plutôt une charge de quatre ou cinq chevrotines d’argent."[NdT : c’est-à-dire qu’il y a quatre ou cinq explications possibles].

Précédemment, Solomon avait montré qu’entre 2000 et 2009, la quantité de vapeur d’eau dans la stratosphère avait décru d’environ 10 pour cent. Ce déclin qui résultait soit de la variabilité naturelle - peut-être en relation avec El Niño - ou d’une rétroaction au changement climatique, était capable de contrer 25% du réchauffement qui aurait été causé par l’augmentation des gaz à effet de serre (Certains scientifiques ont trouvé que cette estimation était trop élevée). Dès lors, une autre dynamique semble jouer un rôle au dessus des nuages.

Dans un article publié cet été, Solomon, Vernier et d’autres ont mené ces faits discrets jusqu’à leur conclusion, en estimant que les aérosols provoquaient une tendance au refroidissement de 0,07°C lors de la dernière décennie. Tout comme pour la vapeur d’eau, ce n’était pas une réponse unique mais c’était un petit facteur. Il sont du type de ces influences mineures que les modèles du climat devront incorporer, a dit Santer du Livermore.

Solomon a été surprise de voir le travail de Vernier. Elle se souvenait de l’éruption de la Soufrière, en pensant que " Celle-là n’ira jamais jusqu’à la stratosphère". Les idées reçues ont changé rapidement. "Vous pouvez voir effectivement que toutes ces petites éruptions dont on pensait qu’elles n’intervenaient pas, interviennent." dit-elle.
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De Jim Hansen

Ces révélations ont poussé les plus grands noms de la science à changer leur point de vue.

En fait, le résultat le plus important de cette chasse à l’énergie peut être que les chercheurs ont, de manière chronique, sous-estimé l’effet réfléchissant de la pollution de l’air, a dit James Hansen de la NASA, le chef de l’Institut Goddard pour la recherche spatiale.

Les données récentes l’ont forcé à revoir son point de vue sur la quantité d’énergie provenant du soleil qui est stockée dans les océans, condamnant la planète à se réchauffer. C’est plutôt, dit-il, que la pollution de l’air résultant de la combustion des énergies fossiles, directement ou indirectement ; a masqué le réchauffement dû à l’effet de serre plus que ce que personne ne le savait.

Cela n’était "en aucune manière affecté par les affirmations ineptes des contrariants" dit Hansen. "Ces sont de questions fondamentales qui sont dans l’objectif de la science depuis toujours. Le problème réside dans l’absence d’observations [scientifiques]."

Hansen de la NASA conteste le fait que les soucis résultant des déclarations des sceptiques ont poussé les scientifiques du climat à ignorer l’influence du soleil sur le climat. Son équipe, dit-il a "toujours inclus le forçage solaire basé sur les observations et les estimations de Judith [NdT, Judith Lean, voir ci-dessous] pour la période précédant les observations précises effectuée actuellement."

“Ceci rend le soleil un peu plus important parce que la variabilité du soleil module le déséquilibre énergétique de la planète" dit Hansen, " Mais le forçage solaire est trop petit pour produire un déséquilibre net négatif, c’est-à-dire, que les variations du soleil ne vont pas causer un refroidissement global."

“Malheureusement, quand nous nous focalisons sur les aérosols volcaniques, le forçage solaire et les variations de la teneur en vapeur d’eau de la stratosphère, c’est comme si nous cherchions nos clefs perdues au pied d’un réverbère," dit Hansen. " Ce que nous devons rechercher c’est le forçage des aérosols troposphériques, mais celui-ci ne se trouve pas au pied d’un réverbère.

“Je soupçonne qu’il a eu une augmentation des aérosols suite à l’augmentation de l’usage du charbon durant la dernière décennie ou quelque chose comme ça." dit-il. "Il y a un élément de preuve semi-quantitative de cela dans les régions où ceci est attendu. Malheureusement, le problème est que nous ne mesurons pas suffisamment bien les aérosols pour déterminer leur forçage et comment celui-ci varie.

De manière plus fondamentale, Les données des bouées Argo ont poussé Hansen à réviser fondamentalement sa compréhension de la manière dont fonctionne le climat. C’est un changement qu’il expose dans un article qui sera certainement sujet à controverses et qui sera publié plus tard cette année.

Depuis des décennies, les scientifiques savaient que la chaleur piégée par les gaz à effet de serre s’en allait dans les océans et pas dans l’atmosphère. Il en résulte que même si les émissions étaient stoppées demain, l’atmosphère continuera à se réchauffer en cherchant à rétablir l’équilibre avec les océans surchauffés. Suivant une expression due à Hansen ce réchauffement supplémentaire serait "dans le pipeline" et ses effets se feraient attendre pendant des années et des années. Mais, dire de manière précise, quelle quantité de réchauffement serait dans le pipeline, dépendrait de l’efficacité du mélange de la chaleur dans les profondeurs des océans.

Hansen pense maintenant qu’il a la réponse. Tous les modèles du climat, par comparaison avec les données des bouées Argo et celles d’un traceur qui seront bientôt publiées par plusieurs de ses collègues de la NASA, exagèrent l’efficacité du mélange de la chaleur dans les recoins des océans. L’unanimité des modèles au sujet de la grande efficacité de ce mélange pourrait être due à quelques anciens fragments de code que les modèles ont en commun. Quoiqu’il en soit, ceci signifie que les modèles du climat ont surestimé la quantité d’énergie stockée dans le climat en cherchant à coller avec le réchauffement de la surface qui se produirait si les océans mélangeaient la chaleur de manière efficace. Ils résolvaient un problème qui n’existait pas, dit Hansen.

Au premier coup d’oeil ceci pourrait passer pour une bonne nouvelle, si c’est vrai. Mais ce n’est pas le cas.

“ Toutes choses étant égales par ailleurs, un mélange moins efficace signifierait qu’il y a moins de réchauffement dans le pipeline", dit Hansen “Mais ceci implique également que le forçage négatif des aérosols est probablement plus important que le supposent la plupart des modèles. Ainsi la négociation Faustienne au sujet des aérosols est probablement plus un problème qu’on ne le supposait."
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De John Daniel [chercheur du ESRL de la NOAA [Earth System Research Lab of the National Oceanic and Atmospheric Administration]

Cependant, quand les données [NdT de la température globale] sont sorties en 1998, les scientifiques ont raté la marche. C’est un processus que l’on voit souvent quand les températures montent. Ils ont beaucoup trop oublié de nuancer, dit John Daniel, un chercheur du Earth System Research Lab de la National Oceanic and Atmospheric Administration.

“Nous commettons une erreur à chaque fois que la température monte, vous assurez que cela vient du réchauffement climatique", dit-il "Si vous en faites toute une affaire chaque fois qu’elle monte, il semblerait que vous devriez aussi en faire toute une affaire chaque fois qu’elle descend."
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De Ben Santer

Depuis une décennie, c’est exactement ce qui s’est passé. Les Sceptiques font des déclarations exagérées au sujet du "refroidissement global" en pointant sur 1998 (Pour avoir un exemple représentatif, il y a deux ans, le journaliste George Will mentionnait 1998 comme "l’apogée" du réchauffement). Les scientifiques ont dû jouer la défense, dit Ben Santer, un modélisateur du climat au Lawrence Livermore Laboratory.
“ Cette discussion sur l’absence de réchauffement depuis 1998 a poussé les gens à réfléchir au pourquoi et à essayer de comprendre le pourquoi," dit Santer. " Mais il a aussi poussé les gens à corriger ces affirmations incorrectes."
“Le truc de Susan [Susan Solomon, la vapeur d’eau dans la stratosphère, voir ci-dessus] est particulièrement important." a dit Santer. “Même si vous avez un modèle hypothétique parfait et si vous laissez tomber les forçages erronés, vous obtenez une réponse fausse."
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De Judith Lean

[NdT : JL était la seule et unique spécialiste du soleil qui est intervenue dans le dernier rapport AR4 du GIEC (2007)... où elle minimisait totalement l’influence des variations du soleil. Depuis, elle semble avoir changé d’avis]
La réponse pour le hiatus est, selon Judith Lean, toute entière dans les étoiles. Ou plutôt, dans une étoile.
Ce n’est que tout récemment que les modélisateurs du climat ont inclus le fait que 0,1 pour cent peut influer sur le climat du monde pendant une décennie. (Selon les meilleures estimations, il pousse les températures de 0,1 degré Celsius). Auparavant, le soleil ne bénéficiait d’aucun respect, comme disait feu le comédien Rodney Dangerfield, selon Lean, une volubile scientifique du soleil qui travaille à la Division de l’Espace du Laboratoire de Recherche Navale qui est une installation mobile dotée de radars et tractée jusque dans l’extrémité Sud-Ouest de Washington, DC.
Les modèles du climat sont défaillants en ce qu’ils ne reflètent pas l’influence cyclique du soleil sur le climat et "ceci a conduit à l’idée que le soleil n’est pas un acteur [NdT : important]" dit Lean "et qu’il devaient absolument prouver qu’il ne joue aucun rôle".
Selon Lean, la combinaison de multiple La Niñas et du minimum solaire qui s’est sorti d’une période dormante inhabituellement prolongée en 2008 depuis son pic en 2001, c’est tout ce qu’il faut pour effacer l’augmentation du réchauffement résultant de l’augmentation des gaz à effet de serre. Maintenant que la hausse de l’activité [NdT : du soleil] a recommencé à reprendre, Lean soupçonne que les températures vont augmenter en parallèle jusqu’au pic du soleil vers 2014.

Cette tendance persistante a poussé Lean à entreprendre une démarche rare pour une scientifique du climat : Elle a fait des prédictions à court terme. Elle projette que vers 2014 la température globale de surface augmentera de 0,14 degrés Celsius, dit-elle, ceci étant piloté par le réchauffement humain et le soleil.
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De Graeme Stephens

Durant toute la dernière décennie, pour la première fois, les scientifiques ont eu accès à des mesures fiables de la chaleur emmagasinée en profondeur dans les océans, jusqu’à 5000 pieds en dessous du niveau des mers, grâce au réseau Argo qui est constitué d’une collections de plusieurs milliers de bouées robotisées qui prennent des mesures et qui s’enfoncent et remontent au sein de la colonne liquide, jour après jour. Ceci a conduit Hansen à conclure que le déséquilibre énergétique net était, pour être brièvement technique, de 0,6 watts par mètre carré, plutôt que de 1 watt par mètre carré comme certains l’affirmaient.
(Récemment, le groupe qui utilise les satellites pour mesurer le déséquilibre énergétique a révisé sa mesure qui se situe maintenant à 0,6 watts, en accord avec l’estimation de Hansen, selon Graeme Stephens, le chef de mission Cloudsat de la NASA. Ceci suggère qu’il n’y a pas d’énergie perdue. Trenberth n’est pas d’accord avec cette analyse et il est probable que ce sera un problème dans le débat en cours.
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De Robert Kaufmann

L’été dernier, Robert Kaufmann, le géographe de BU [NdT : de l’Université de Boston] a fait des vagues lorsqu’il a publié une modélisation suggérant que le hiatus du réchauffement pourrait être entièrement dû au El Niño et à la croissance des sulfates résultant de la combustion du charbon par la Chine. Bien que les données utilisées dans cette étude étaient basées sur la combustion du charbon par ce pays et non sur les émissions réelles - ce qui constitue un grande incertitude - beaucoup de scientifiques ont vu quelque vérité dans ses affirmations.
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De Martin Wild

Le rapide déclin de la pollution aérienne, pendant les années 1980 et 1990, aux Etats-Unis et en Europe, a dominé les tendances des aérosols mondiaux. Tandis que ces émissions ont continué à décliner dans l’Ouest, les bénéfices en terme de luminosité, ont diminué, simplement du fait de la croissance de la combustion du charbon en Asie. Ce n’est pas que le monde redevient plus obscur, c’est que sa luminosité n’augmente plus.
“Il n’y a plus de tendance globale nette,” dit Martin Wild qui est un auteur principal du prochain rapport sur le climat des Nations Unies et qui travaille à l’Institut Fédéral de Technologie Suisse à Zurich. Mais, il a ajouté “ça colle très bien avec la génération [usines à charbon]. Pour moi, c’est très surprenant que ce semble si bien coller. Mais cela pourrait malgré tout, être fortuit."
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De Daniel Jacobs

Les observations de Kaufmann sont peut-être valables pour une durée limitée. Depuis 2006, la Chine a commencé a rendre obligatoire l’utilisation des dépolluants sur ses générateurs électriques à charbon, bien qu’on en sache pas bien pendant quelle durée ces épurateurs seront mis en activité même quand ils sont installés. Mais le changement est en marche, dit Daniel Jacob qui est un chimiste de l’atmosphère à l’Université de Harvard.
“Les sources de sulfates se sont stabilisées, parce qu’ils ont commencé à mettre en action de sérieux contrôles des émissions sur les usines," a dit Jacob. "C’est intéressant. Quand vous regardez les scénarios des émissions futures (dans le prochain rapport de l’ONU, GIEC], vous voyez les émissions de SO2 chuter comme une pierre, même dans les décennies à venir. Parce que, tout simplement, la Chine va devoir faire quelque chose pour résoudre son problème de santé publique.
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Roger Pielke Sr. conclut son article de la manière suivante :



La fin de l’article [ NdT : de Paul Voosen] met en lumière le débat en cours entre ces scientifiques :
“….De nombreux scientifiques qui se préoccupent du hiatus du réchauffement sont en désaccord les uns avec les autres - avec une discussion entre copains et entre académiques -. Judith Lean, la scientifique du soleil, trouve que le travail de Kaufmann n’est pas convaincant et qu’il critique, sans nécessité, la Chine. Kaufman trouve que les études de Solomon sur la stratosphère manquent de preuves. Hansen et Trenberth ne peuvent pas se mettre d’accord sur l’équilibre énergétique.
Dès lors, il semble stupéfiant qu’en l’espace de quelques années, un nouveau consensus puisse parvenir à se dégager pour le prochain rapport de l’ONU (NdT : Le GIEC) sur le changement climatique.
Mais, ce sera le cas et les problèmes cachés sous la surface, demeureront, comme toujours, avec les théories re-débattues et les rivalités, les questions, le sel de la vie scientifique.
Alors, finalement, quelqu’un peut-il dire de manière explicite, ce qui a causé le hiatus dans le réchauffement ?

“Toutes ces choses contribuent à l’assoupissement relatif du réchauffement" a déclaré Santer du Livermore (Ndt ; Le Lawrence Livermore Laboratory, le LLL). "Ce qui est difficile c’est de trouver la contribution relative de ces choses-là. Vous ne pouvez pas le faire sans une modélisation systématique et de l’expérimentation. J’espérerais que quelqu’un le fera."

Pour sa part, Barnes, aimerait préciser si les aérosols d’arrière plan qu’il a trouvé dans la stratosphère, sont issus de la combustion du charbon Chinois. Il est difficile de résoudre ce problème mais il a quelque espoir que cela puisse arriver.

“Peut-être que quand la combustion du charbon aura triplé" dit-il, "alors nous pourrons tirer les choses au clair".

Ces extraits de l’article de Greenwire illustrent la raison pour laquelle le système climatique n’est pas encore bien compris. La question scientifique N’EST PAS résolue.
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3 - En conclusion,

On ne peut mieux dire que Roger Pielke Sr. : "La question scientifique N’EST PAS résolue."
J’ajouterai qu’il est évident qu’il n’y a pas de consensus à ce sujet, pourtant fondamental.

En effet, ces chercheurs proches du GIEC ne sont pas d’accord entre eux :
- Trenberth s’interroge sur la chaleur perdue et pense l’avoir trouvée dans les fonds sous-marins. Il lui faut encore quelques années pour pouvoir discerner l’influence (ou non) du CO2 anthropique dans l’évolution assez étonnante (pour eux) des températures.
- Hansen pense qu’il n’y a pas de chaleur perdue et que le bilan énergétique n’est pas celui que l’on croyait. Il soupçonne que sont les aérosols qui ont fait baisser la température.
- Judith Lean pense que le rôle du soleil est plus important qu’on ne le pensait et qu’on l’a "oublié" dans les modèles. Alors qu’Hansen affirme qu’il s’est basée sur ses données. Judith Lean fait des prédictions à court terme qu’il sera possible de vérifier.
- Solomon pense que la diminution de la vapeur d’eau dans la stratosphère a joué un rôle très important.
- Kauffman pense que les aérosols chinois sont les responsables.
- Mais Vernier pense que ce n’est pas le cas, de même que Judith Lean. Barnes s’interroge à ce sujet, faute de preuves.
- etc.

La vérité est qu’ils ne savent pas ce qui a provoqué le fameux hiatus des températures de la dernière décennie.

En soi, il n’est nullement critiquable que des chercheurs hésitent, avancent des hypothèses et des explications parfois contradictoires, et que, finalement, ils ne sachent pas pourquoi les températures n’ont pas augmenté depuis plus de dix ans, contrairement aux prédictions de la vingtaine de modèles que l’on croyait tout-puissants, jusqu’alors. La recherche ne sait pas tout, surtout en matière de climatologie, contrairement à ce que les décideurs et les activistes voudraient croire ou nous faire croire... pour passer à l’action.

Mais ce qui est hautement critiquable, c’est de ne pas mettre au grand jour, ses incertitudes et ses hésitations, ses échecs, les divergences de point de vue d’un chercheur à l’autre (par exemple entre James Hansen et Kevin Trenberth qui diffèrent sur rien moins que le bilan énergétique de la planète). Ce qui est hautement critiquable, c’est de prétendre qu’il existe un consensus entre les chercheurs proches du GIEC et que le système climatique est compris. Il ne l’est pas. Il faut le dire. Les divergences sont naturelles et existent dans de nombreux secteurs de la recherche scientifique mais dans le cas présent, il faut le dire car tout cela peut avoir (et a déjà eu) de graves conséquences, au plan local comme au plan mondial.

Cependant, un lecteur attentif aura discerné au travers de ces textes qu’une tendance relativement nette semble prendre corps : La prise en compte plus rationnelle de la variabilité naturelle du climat, indépendamment du CO2. C’est d’ailleurs ce que l’on perçoit également dans le texte relativement prudent du récent Summary for Policymakers (Résumé pour les décideurs) du dernier rapport spécial "sur les événements extrêmes" du GIEC, dont on peut lire une analyse sur le blog de Judith Curry.
Enfin !

A noter également qu’aucun des scientifiques, proches du GIEC, cités ci-dessus, n’évoque une possible (nécessaire ?) remise en question plus ou moins fondamentale des modèles climatiques qui ne reproduisent manifestement pas les évolutions du climat, depuis près de quinze ans et qui pourraient, tout autant, être remis en cause pour la question du "hotspot".

Peut-être faudra-t-il attendre 17 ans, soit quelques années de plus ou encore que "la combustion du charbon ait triplé", comme le dit Barnes ?

D’autre part, aucun des intervenants n’évoque clairement la question des oscillations climatiques multidécennales (notamment de période 60 ans) qui ont pourtant reçu l’aval d’un nombre important de scientifiques tout à fait crédibles (tels Chylek, Akasofu, Tsonis, Gray, Spencer et beaucoup d’autres). Ces oscillations multidécennales permettent pourtant d’expliquer, de manière tout à fait naturelle, le "hiatus" des températures que nous observons depuis une dizaine d’années et même de prévoir que le climat ne devrait pas se réchauffer où devrait se refroidir pendant quelques dizaines d’années encore. Il est vrai que ces oscillations naturelles, si elles sont bien observées, ne sont ni reproduites ni prévues correctement dans les modèles informatiques actuels.

Pensée-Unique.fr,
19 Novembre 2011.


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