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Les OGM : « un scandale scientifique historique » |
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Jean SABENCH
Ardouane
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Les OGM : « un scandale scientifique historique »
Publié par Rédaction le 19/05/10 dans la catégorie Interview.
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Pr Gilles-Eric Seralini, professeur de biologie moléculaire et chercheur à
l’Institut de biologie fondamentale et appliquée (IFBA) de l’Université de
Caen et co-directeur du Pôle Risques de l’Université de Caen (pôle associé
au CNRS). Il est également président du conseil scientifique du Comité de
recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).
Une édition revue et augmentée de son ouvrage « Ces OGM qui changent le
monde » vient de sortir aux Editions Flammarion.
Vous avez mené de nombreuses études d’évaluations sur les OGM, quelles
sont vos conclusions ?
Le premier résultat de ces recherches est que les OGM sont évalués d’une
manière incompétente et malhonnête. Si on prend l’exemple des OGM qui
viennent d’être autorisées à la consommation humaine et animale en Europe,
à savoir des hybrides de trois maïs, MON 863, Mon 810 et NK603, seulement
40 rats ont été étudiés sur un total de 400. En expérience, 80 rats sur
400 mangent des OGM mais seulement 40 ont fait l’objet d’analyses
sanguines. Or, 40 rats sur 400 au total, c’est un scandale scientifique
historique en soi. Pendant trois mois seulement ! Très insuffisant !
D’autre part, pour la pomme de terre Amflora, qui est destinée
essentiellement aux cochons après avoir servi à faire du papier, seuls 10
rats ont été testés sur 30. L’ensemble des tests a duré au maximum 90
jours, avec analyses de sang, ce qui est complètement anormal parce que
l’on ne peut pas voir les maladies chroniques qui pourraient se développer
à la suite de cette consommation.
Quels sont les signes révélateurs du développement de maladies chroniques ?
Les signes dont nous disposons concernent l’ensemble des OGM
commercialisés et plus particulièrement ceux analysés par le CRIIGEN et
mon équipe, à savoir : le Mon 810, le Mon 863, le NK 603 tolérant au
Round-Up, ainsi que ceux produisant des insecticides. Parmi les OGM, il
existe deux catégories, ceux qui produisent des insecticides, et ceux qui
tolèrent des herbicides.
Pour tous ces OGM, on détecte des signes de toxicité sur les foies et les
reins, ainsi que des signes d’anomalies. Ce sont bien des signes, pas
complètement des preuves. Ce sont des indicateurs à la première prise de
sang du dérèglement du système biochimique. S’agissant de l’aubergine
transgénique, sur laquelle j’ai également mené une expertise, c’est
sensiblement la même chose.
Ces signes précurseurs seraient les mêmes si se développaient des cancers
dépendants du sexe, qui ne seraient pas développés proportionnellement aux
doses ingérés mais par vagues successives comme la plupart des cancers,
des maladies de la reproduction, des maladies du système immunitaire..
Tous ces signes seraient précurseurs, et ce sont les signes d’une
intoxication chimique alimentaire chronique qui va affaiblir l’individu.
Il ne serait alors bien évidemment pas sain de manger des animaux qui
commencent à être malades.
Qu’attendez-vous alors de la recherche ?
Nous demandons avant tout la transparence sur les analyses de sang. Ce
manque de transparence, beaucoup d’Etats le considèrent comme normal
puisqu’ils acceptent la confidentialité des expertises, ce qui devient
juridiquement intenable aujourd’hui.
Nous demandons également l’expertise contradictoire systématique comme en
justice. Il faut sortir du mythe de l’expertise indépendante. Enfin, nous
demandons des tests indépendants des compagnies sur une période minimum de
deux ans, et cela non seulement pour les biotechnologies, mais pour toutes
les nouvelles technologies qui peuvent modifier notre environnement. Et,
nous souhaitons des tests vie entière sur tous les animaux de laboratoire
avant toute commercialisation.
Vous avez personnellement mené des contre-expertises sur les données
fournies par Monsanto, ce qui vous a valu certaines attaques, reprises par
les organismes de validation. Vous avez le soutien de nombreux
scientifiques, mais comment vous défendez-vous sur ce plan là ?
Ma défense est une attaque puisque j’ai assigné en diffamation Marc
Fellous (professeur de génétique à l’Université Paris 7 et chef de l’Unité
d’immunogénétique humaine à l’Institut Pasteur, directeur des unités
INSERM U527 et E0021 à l’IFR Alfred Jost de l’Institut Cochin, et ex
président de la Commission du génie biomoléculaire chargé de l’étude des
risques liés aux OGM par les ministères de l’agriculture et de
l’environnement, NDLR) en tant que président de l’Association Française
des Biotechnologies Végétales (AFBV, NDLR).Cette dernière diffame sans
raison parce que certaines personnes qui la composent, comme Marc Fellous
ou Axel Khan ont autorisé les premiers OGM commercialisés sur des bases
qui ne sont pas sérieuses du tout.
Nous l’avons démontré dans des publications parues dans des revues
internationales à comité de lecture. Nous sommes les seuls à avoir publié
sur ce point précis. Ni Axel Khan, ni Marc Fellous, ni le prix Nobel
Jean-Marie Lehn cité dans leur communiqué de presse, n’ont contribué à
publier sur les aspects sanitaires ou toxicologiques des OGM, ou des
biotechnologies végétales mais pourtant ils se disent membres d’une
association de biotechnologie végétale.
Ce qui est remarquable aujourd’hui, et cela fait chaud au cour, c’est que
j’ai le soutien de plus de 400 scientifiques issus d’une trentaine de
pays. Cela démontre que la communauté scientifique considère qu’il y a
trop de compromission et de laxisme vis à vis des entreprises.
C’est l’opinion en miroir de l’Agence européenne qu’ils ont contribué à
fonder ou à aider dans ses prises de décisions, de façon à maintenir les
décisions qu’ils avaient eux-même prises de 1998 à 2007 et contre
lesquelles j’ai toujours voté. Le procès devrait avoir lieu dans les trois
mois.
Justement, pourquoi n’entend-t-on jamais de voix scientifique dissidente
sur les OGM, dans les médias ou ailleurs ? S’agit-il d’un sujet tabou ?
Le seul fait de dire que les tests européens sont laxistes représentent un
tabou scientifique organisé par ces gens là. Nous voulons faire savoir
qu’il existe de véritables débats, et que plus de 400 scientifiques me
suivent sur le sujet. C’est un mouvement comparable à celui mis en place
contre les climato-sceptiques. D’ailleurs, Claude Allègre fait partie de
l’association qui me diffame.
Il faut savoir qu’il s’est passé la même chose en Inde, le jour où le
ministre de l’Agriculture a expliqué qu’il fondait son moratoire en partie
sur mon expertise réalisée pour monter les effets secondaires de la
consommation des aubergines OGM sur les mammifères. Marc Van Montagu qui
parraine l’association de Marc Fellous, a indiqué que mon expertise ne
valait rien, en précisant que je n’avais pas eu accès aux semences, ni aux
aubergines. En fait, je n’avais rien à faire des semences ou des
aubergines puisque ma tâche a été de réexaminer les analyses de sang des
animaux consommateurs déjà réalisées par la société Mahyco. Alors, ou il
s’agit d’incompétence, ou il s’agit de rendre le vrai débat tabou, et le
porter alors sur un autre plan. Ils font diversion, et se servent de leur
réputation pour cela.
MaTthieu
Création de l'article : 4 juin 2010
Dernière mise à jour : 4 juin 2010
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