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| Énergies et services publics |
accès à l'énergie pour tous au sud comme au nord avec quelles productions (nucléaires ? renouvelables ? …) - Développement énergies renouvelables. Installation d'éolienne : où ? par qui ? pour quels objectifs ?
par Louis Amigo
Ce forum est à l'initiative de Sortir du nucléaire qui en assure l'animation par Stéphane Lhomme. Dans son introduction, il plante le décor : l'heure est grave, le lobby nucléaire français est en ordre de marche pour imposer le nouveau réacteur EPR, 59ème réacteur français et 1er d'une nouvelle série de 40. Tous les autres réacteurs en service seront en fin de vie dans 20 ans. La privatisation d'EDF est programmée par étapes (on va ouvrir le capital (privatiser) à 20% dans un 1er temps, puis dans un 2ème temps, l'État se désengagera jusqu'à 51%, dans un 3ème, il gardera la minorité de blocage à 35%, et après …) Pour que la privatisation soit une affaire juteuse pour les investisseurs privés, il faut au préalable relancer la consommation, donc relancer le nucléaire. Stéphane Lhomme pose d'autres questions : qu'en est-il de l'accès à l'énergie pour tous, en particulier pour les pays du sud ? Est-ce bien raisonnable que la France construise des centrales en Chine, ce pays qui n'est pas une démocratie ? Que faire des déchets ? Que penser de la sécurité d'approvisionnement en électricité qui fut un des arguments de la propagande pro-nucléaire au moment du 1er choc pétrolier alors que la canicule de cet été va contraindre les réacteurs à s'arrêter les uns après les autres par manque d'eau ? Quelles alternatives au nucléaire ?
Claude Aufort de la CGT Énergie intervient ensuite. Il commence par brosser un tableau d'ensemble du problème de l'énergie. Nous sommes 6 milliards d'humains sur cette Terre, nous serons 10 milliards dans quelques décennies. Comment faire pour assurer un approvisionnement en énergie à ces 4 milliards supplémentaires qui se trouveront tous ou presque dans les pays en voie de développement (PVD) ? La solution du charbon reste la seule possible du fait de la meilleure répartition de ce combustible fossile à la surface de la Terre. Claude Aufort continue dans les généralités en rappelant qu'un Africain consomme environ 60 fois moins d'énergie qu'un Américain. Il devient plus précis ensuite en pronostiquant que la Chine ne va pas tarder à intervenir pour imposer une plus juste répartition de l'énergie. Que l'accès à l'énergie c'est un droit. Que le risque climatique est maintenant une réalité. Que les pays développés doivent faire preuve de solidarité avec les PVD pour qu'ils accèdent à l'énergie, donc au charbon. Et que cette solidarité, c'est de produire moins de gaz à effet de serre. Claude Aufort a l'élocution lente, mesurée, sans nuance que savait inculquer à ses orateurs le Parti Communiste d'il y a quelques années. Ça ronronne doucement. Et soudain, Claude Aufort conclut du même ton que c'est pour ça que nous, la CGT Énergie, sommes pour le nucléaire. Il se tait et attend. L'assistance reste silencieuse un bref instant, surprise, puis c'est le brouhaha, cris, horions, invectives, sifflets… Stéphane Lhomme intervient alors en tant que meneur du débat et réclame qu'on écoute les arguments de Claude Aufort. Le calme tarde à revenir et à chaque tentative d'explication, le brouhaha repart de plus belle. Claude Aufort sait gérer son stress, il arrive à fermer tous les débats par un redoutable Vous êtes libres de ne pas me croire mais moi je vous dis ça…. Il arrive quand même à placer que la CGT réclame une augmentation des crédits de la recherche. Stéphane Lhomme intervient en tant que militant et demande une réponse précise à propos d'une dépêche d'agence qui expliquait l'accord secret qui aurait été passé entre EDF et la CGT Énergie pour que la paix sociale soit maintenue pendant la privatisation d'EDF en échange d'un statut ultra privilégié, une rente sociale pour les travailleurs EDF du nucléaire et leurs représentants. Claude Aufort répond que c'est une affabulation et que la meilleure preuve, c'est que la CGT n'a pas signé l'accord suite au référendum consultatif d'entreprise qui l'a précédemment rejeté. En réponse à une question de la salle à propos du travail dangereux qui est confié à des sous-traitants plutôt qu'à des salariés d'EDF, Claude Aufort affirme que la CGT se bat contre la précarisation des sous-traitants. Il appelle au rassemblement plutôt qu'aux divisions.
Avec François Dufour qui intervient ensuite au nom de la Confédération Paysanne, l'assistance retrouve une belle unanimité. François Dufour dénonce les méfaits des lignes à très haute tension sur les élevages, bovins, ovins, porcs, lapins. Il raconte les truies qui n'ont pas de lait, les avortements, le lait qui n'est pas aux normes, etc.. Les GPSE ont été créés, ce sont les groupes permanents pour la sécurité des élevages qui ont fait des études qui mettent en évidence la corrélation entre les nuisances d'une part et les mises en service de lignes HT, les variations de puissances transportées, la composition des sols, etc. d'autre part. François Dufour conclut qu'une ligne HT signifie souvent la ruine de l'éleveur qui est en dessous et que, si les animaux y sont si sensibles, on peut imaginer que l'humain n'y est pas insensible.
Corinne François et André Robinard interviennent ensuite au nom de la Coordination contre l'enfouissement des déchets nucléaires. Ils soulignent qu'au risque nucléaire, il convient d'ajouter les déchets, ce qu'on en fait et combien ça coûte de les gérer. Le nucléaire a été lancé par les militaires puis étendu au civil sans consultations. Le nucléaire ne peut amener qu'un manque de démocratie. La gestion des déchets est vraiment le problème. Certains doivent être entreposés en attente parce qu'ils sont trop chauds. L'ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) fait semblant de n'avoir pris aucune décision et utilise le mot laboratoire pour désigner la construction d'un vrai site d'enfouissement. L'étude parlementaire qui doit rendre son rapport en 2006 ne va certainement pas apporter de solution au problème des déchets. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de solution à ce problème.
Stéphane Lhomme explique pourquoi Michèle Dessenne d'ATTAC France a été conviée au forum. Sortir du nucléaire veut qu'ATTAC donne publiquement sa position sur le problème du nucléaire, pour ou contre, en sortir ou pas. Michèle Dessenne commence par éviter la réponse directe à la question. Elle rappelle qu'ATTAC demande un débat démocratique sur tous les choix de société et que le nucléaire en est un. Il doit y en avoir pour tous les Services Publics qu'il convient de rénover. Dans ce débat, il ne faut pas opposer social à environnement, chacun devrait se poser la question de l'utilité sociale de son travail. Enfin, Michèle Dessenne donne la position d'ATTAC. Pour le moment, il y a des positions individuelles au sein des militants d'ATTAC, elle-même en a une qu'elle ne donne pas parce que ce n'est pas la question, mais il n'y a pas de consensus, il y a même des oppositions fortes, donc pas encore de position officielle. Le débat va être organisé à l'intérieur et à l'extérieur d'ATTAC, des alternatives au nucléaire doivent être trouvées, discutées. À l'issue de ce débat, ATTAC prendra position. Les réactions de la salle sont mitigées, les anti-nucléaires voudraient une position plus tranchée. Michèle Dessenne constate que nous portons des contradictions internes et qu'il faut s'en accommoder. La recherche et l'augmentation de ses crédits est un axe défendu par ATTAC. Les élus locaux seront aussi invités à débattre, dans le même système que Pas d'OGM sur ma commune et Ma commune hors AGCS.
François Lhomme pense que la décision de sortir du nucléaire est nécessaire pour que les choses bougent dans le bon sens. Si cette décision est prise, le développement des énergies renouvelables démarrera, la consommation d'électricité sera réduite (l'objectif est une réduction de 50%). En France, la surconsommation a été mise en œuvre délibérément pour justifier le nucléaire, le chauffage électrique est une aberration. La cogénération qui consiste à récupérer la chaleur des centrales pour le chauffage n'est pas étudiée et la chaleur produite est un problème plutôt qu'une énergie. En France, il y a 5 réacteurs nucléaires qui ne fonctionnent que pour produire l'électricité nécessaire à l'industrie nucléaire elle-même, pour produire le combustible des centrales notamment.
L'assistance intervient sur les sujets suivants :
La CGT est interpellée parce qu'elle ne s'est pas opposée à la disparition du monopole d'EDF.
Le nucléaire est décrit comme très peu efficace, 75% de déperdition.
Le nucléaire n'est pas rentable si on met dans le calcul du kWh le prix payé par la collectivité : la construction et le démantèlement des centrales et la gestion des déchets. Pour le prix d'une centrale, on pourrait équiper chaque ménage français d'un chauffe-eau solaire.
Le budget des ADEME (Agence pour le développement et la maîtrise de l'énergie) a été réduit par le gouvernement.
En France, on produit 12t de plutonium par an, 80t dans le monde.
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Création de l'article : 13 août 2003
Dernière mise à jour : 13 août 2003
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> Énergies et services publics
21 septembre 2003, par
Premier forum social régional du grand sud à Toulouse les 14 et 15 juin 2002 Mettre en place la résistance citoyenne sur le terrain pour dire "non à la marchandisation des biens communs et des services publics". Vendredi soir 14, Bernard Cassen, Christophe Aguiton, Sophie Zafari et Cathy Polo présentèrent ces thèmes. L'université interdit la grande salle et nous dûmes nous rabattre dans une salle aux fenêtres bloquées. 5 à 600 personnes dans un amphi de 300 places et une chaleur torride : sueurs et éventails. Le grand sud est absent. Ni l'Espagne, ni l'Italie et peu d'autres départements du sud de la France. José Bové est resté en Italie. Le samedi nous fûmes plus nombreux à nous répartir dans les ateliers : transports, énergie, santé, communication, éducation, eau, retraites, culture, OGM. J'aurais aimé participer à ce dernier. Ceux qui y ont été furent déçu, Jacques Berthelot et les paysans étaient absents. J'allais à celui sur l'énergie avec Pierre Labeyrie dit Pierrot, Olivier Frachon et Yves Mayanobe de la CGT. Nous étions une soixantaine. J'ai rencontré plusieurs fois Pierrot qui dirige l'association EDEN (énergie - développement - environnement) et qui faillit battre Douste-Blazy le dimanche 16. Je lui suggérais un travail pour la station d'épuration et de lagunage de Belvès, ainsi qu'une conférence sur l'énergie pour Attac Sarlat par exemple. Une autre association "Energies solaires développement" est à vocation éducative. Deux heures de débat sur le droit à l'énergie bon marché pour tout le monde. Quelle énergie ? Ma question sur "produire son énergie" tomba à plat. C'était ce que l'on recherchait dans les années 70. La plupart des participants travaillent dans l'énergie (EdF, essence,..) et souhaitent maintenir leurs privilèges, voir augmenter la consommation d'énergie (la climatisation pour tous, maison, HLM ou voitures). Serge Regourd et Edouard Orban firent le point sur les services publics en Europe et la libre circulation des marchandises, des biens, des services, des capitaux et des travailleurs. Le défilé en ville réunit environ 500 personnes avec beaucoup de drapeaux de la LCR et de Sud. Un autre défilé occupait les rues, celui de la gay pride. J'ai été fort déçu. Que fais-je à Attac ? Je m'y sens seul, trop isolé. Aucun paysan, aucun petit revenu, un autre monde. "Un autre monde est possible", mais à la condition de ne pas toucher à ses privilèges, de ne pas diminuer ses revenus, son confort. En mai 1968, le Smig fut augmenté de 35%. Au lieu de "changer de monde" le gouvernement et le CNPF offrit plus d'argent. "Avoir plus" vainquit "être plus". A Attac j'ai l'impression qu'on veut "changer LE monde" mais pas "changer DE monde". Ne pas se changer. Etre un contre-pouvoir. Tous ensemble. C'est qui "tous" ? Ah, La Boëtie ! Reviens. "La démocratie est le système de domination le plus efficace", écrit Herbert Marcuse dans "l'homme unidimensionnel". Après mai 68, le gouvernement exploita la peur du communisme. Aujourd'hui on nous propose la peur du terrorisme et de l'insécurité.
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> Énergies et services publics
14 août 2003, par
Merci pour cet exposé fidèle.
J'aimerais ajouter que Claude Aufour n'a cessé de maugréer et de nier en agitant la tête à tous les arguments en défaveur du nucléaire, très nombreux durant les interventions du public, mais n'a répondu qu'à un seul de ces arguments (concernant les sous-traitants qui entretiennent les réacteurs) alors qu'il en avait largement le temps !
Il a ainsi nié de la tête l'inefficacité et le gâchis liés au nucléaire... Il a nié que l'uranium était une denrée tout aussi rare et épuisable que les énergies fossiles... Il a nié le problème des déchets... Il a nié le coût humain en guerre civile (en Afrique) et en dictatures lié à l'approvisionnement en uranium... Il a nié que les problème des lignes à haute tension était le corollaire du mode de production ultra centralisé lié au nucléaire...
Il n'a rien nié du tout par des arguments, et de mon point de vue c'est bien dommage étant donné qu'il a eu l'énorme courage d'être le seul de l'assistance à ête pour le nucléaire, et je l'en félicite bien bas.
Alors quelle est la motivation de la CGT pour le nucléaire ? La solidarité avec les 4 milliards de personne à venir qui ont droit à l'énergie, et que seule l'énergie nucléaire peut permettre (plus précisément : il faut du nucléaire chez nous, les riches, pour permettre aux pauvres d'avoir accès au charbon - il ne parle même pas du pétrole).
Cela est l'argument officiel. Il ne tient pas la route plus de quelques secondes : ce n'est pas avec le charbon qu'on arrivera à alimenter en énergie la planète sans lui nuire !
Certes, pour l'heure, les énergies renouvelables ne peuvent le faire. Mais l'effort de recherche et surtout de développement dans ces domaines n'a pas encore été fourni ! C'est comme comparer la vitesse d'une formule 1 sans moteur avec celle d'un vélo lancé à fond ! Même si comme moi vous n'aimez pas la formule 1, tout le monde comprend qu'avant qu'elle aille à 300kmh, elle a tourné au ralenti auparavant...
J'aimerais en aventurer un autre. La CGT est très attachée aux emplois dans le secteur, et il s'agit en fait de solidarité avec les employés dans le nucléaire. Ce que je trouve tout à fait normal de la part d'un syndicat, mais peu approprié dans ce cas spécial...
La reconversion du personnel du nucléaire vers des domaines concernant les énergies renouvelables et surtout, surtout, les économies d'énergie (qui seraient beaucoup plus faciles avec un mode de production autre que le nucléaire, qui force à la consommation) serait en effet fortement porteuse d'emplois, socialement utiles de surcroît. La mise en place d'un réseau de production d'énergie reposant sur le solaire, l'éolien, la géothermie, l'hydraulique, et les énergies fossiles (essentiellement en cas d'urgence), tous ensemble, accompagnée d'une révolution dans les modes de production industrielle et dans les modes de consommation des individus permettant des économies d'énergie importantes*, est une perspective bien meilleure que de relancer un plan nucléaire pour 50 ou 100 ans, aussi bien d'un point de vue écologique que social !
La solidarité joue aussi avec les générations futures, pour ceux qui s'en souviennent !
*A ce sujet, le vous invite à vous renseigner sur l'éco-économie d'une part, et sur la théorie de la décroissance d'autre part (tapez ces mots dans un moteur de recherche...), qui sont deux options pour l'instant concurrentes mais potentiellement complémentaires pour y parvenir.
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