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J'écris ton nom : Liberté, mais pour combien de temps encore ?
J'écris ton nom : SECURITE (1) Sur mes cahiers d'écolier Sur toutes les pages lues Sur les images dorées Sur la jungle et le désert Sur les merveilles des nuits Sur tous mes chiffons d'azur Sur les champs sur l'horizon Sur chaque bouffée d'aurore Sur la mousse des nuages Sur la vitre des surprises Sur mes refuges détruits Sur l'absence sans désirs Sur la santé revenue Et par le pouvoir d'un mot Sécurité (1) (1) Aux puristes passéistes qui s'opposent encore à la bonne marche du monde, il conviendra de remplacer le mot sécurité par liberté pour avoir la version de ce même texte avant les lois du 5 février 2004. Paul Eluard in Poésies et vérités, éd. de Minuit, 1942 Vous vous demandez sans doute quel esprit malade a pu écrire ces quelques lignes. J'aimerais vous dire que cette version de ce poème est issue seulement de mon imagination délirante. Hélas, il se pourrait bien que cette nouvelle définition de la liberté soit légalement admise le 5 février prochain par les lois proposées à l'assemblée nationale par M. Sarkozy. Mais comment en est on arrivé là ? D'abord, il y a la phrase de M. Jospin, sous la pression de l'extrême droite : « La sécurité est la première des libertés ». Ensuite, il y a l'application à la lettre de ce principe par la droite au pouvoir, il faut alors comprendre : « la sécurité, c'est la liberté » et prochainement « la liberté, c'est la sécurité ». Etre libre ce n'est plus seulement choisir ces chaînes mais c'est en train de devenir « la liberté, c'est être enchainé. » Je joue sur les mots me direz vous… Mais je ne suis pas le seul car les textes de loi en passe d'ëtre votés à l'assemblée vont dans ce sens, dans l'indifférence générale. En effet, le système législatif et exécutif, jusqu'alors indépendants l'un de l'autre, ce principe garant des libertés individuelles est en train de devenir obsolète, vidé de son contenu par une volonté d'efficacité de la répression de la déliquance. Demain, les juges et les avocats seront remplacés par des procureurs, sous la responsabilité directe du Ministère de l'Intérieur. On aura alors à faire à une bureaucratie sécuritaire telle que ne l'ont jamais rêvées les dictateurs du siècle dernier car cet état de fait légitime son droit par l'alibi d'une parodie de démocratie. Le problème, c'est que ce système n'est plus basé sur l'idée de responsabilité mais sur l'idée de culpabilité. Ce système se nourrit de la peur des gens et de leur résignation, tellement habitués à se méfier de son voisin, on en oublie de revendiquer son droit d'exister autrement que dans une société où tout est marchand, y compris les prisons dans un avenir pas si lointain que ça. Quand la légalité devient illégitime, il est de notre devoir, en temps que citoyens responsables d'invoquer la désobéissance civile. Il est grand temps de réagir : Un collectif va se créer à Millau, sous l'impulsion de l'association « Construire un Monde Solidaire » afin de veiller au plus élémentaire de nos droits : Le droit à l'information sur les décisions qui vont régir nos vies demain. Nul n'est censé ignoré la loi mais on ignore ce qui se cache derrière les lois.
Manu, un citoyen, 1er février 2004
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