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Bové en prison : ne nous endormons pas !

Alors que chaque pan de la société internationale échappe peu à peu au contrôle des citoyens, alors qu'il ne se passe pas un jour sans qu'un délinquant planétaire (voire criminel) en col blanc ne soit absout de ses péchés par une justice aux ordres, alors que la donne géopolitique est appliquée par des Bush'mens lobbyisés dignes du Docteur Folamour... , nous continuons, nous petits Français, à regarder sans frémir le feuilleton "l'Ordre contre Bové, le moustachu Gaulois" !

Celui que nos télés nous présentent comme un individu pénalisable, après l'avoir sur-médiatisé (pour mieux le descendre ?), mène depuis plusieurs décennies le même combat. Même si chacun reste libre quant au fait de valider son analyse politique, force est de reconnaître que certaines valeurs de José Bové lui vaudraient plutôt, par les temps qui courent, une belle Légion d'Honneur. Bové a utilisé le seul "moyen" pour exister médiatiquement sur un sujet extrêmement "sensible". Nous devons bien comprendre que ce n'est pas le "moyen" qui est pénalisé mais plutôt la remise en question publique et généralisée dudit sujet "sensible". En deux mots, voilà de quoi il s'agit :

Le sang contaminé, c'est personne. La vache folle : c'est les Anglais. Erika : c'est personne. Trichet : pas coupable. Vivendi ou les banques : des pros de la Gestion. Les lobbys OGM : des transnationales surpuissantes totalement démocrates et bénévoles. Les Américains : des philantropes pro-Irakiens. Le Gouffre de France-Télécom : un PDG parti se reposer. Les élections présidentielles Française, Américaine, Russe ou Israëlienne : des modèles démocratiques !...

Combien sommes-nous à penser que tout cela n'est pas logique ? Très nombreux... Combien sommes-nous à oser le dire ? De plus en plus... Seulement, derrière cette remise en question généralisée, il n'y a cette fois-ci aucune organisation politique (dans le sens général attribué à ce mot). C'est pour l'opinion publique la principale faiblesse de toute remise en question d'un système. C'est, pour les politiques et abonnés au sommet de Davos *, le principal danger.

Bové est avant tout le faire-valoir d'un mouvement international complexe, aux multiples visages. Ce mouvement, appelé Alter-mondialiste, démontre un début de prise de conscience des opinions publiques quant aux problèmes mondiaux. Ce mouvement a pour principale capacité, dans son organisation actuelle, d'associer tous les déçus du système et de faire savoir que leur nombre augmente. De plus, il s'agit d'un mouvement ne fonctionnant pas sur une logique hiérarchique habituelle : bien que les médias aient utilisé le terme Anti-Mondialisation dans le but de lui nuire, c'est justement la totale mondialisation de la contestation qui imposa une organisation "à plat", en réseau, composée d'autant de structures qu'il existe de visions pour notre avenir...

De par cette organisation, le mouvement Alter-mondialiste a quitté le champ traditionnel de la politique. Il n'a pas encore à ce titre de capacité de décision, ce qui ne manque pas d'être exploité par tous ceux qui craignent un réveil des consciences... Pour la partie philosophique, le journal Monde Diplomatique (à l'origine du mouvement ATTAC) peut être qualifié de "Maître à penser" de la composante intellectuelle du mouvement. Une autre regroupe de nombreux déçus des différentes tendances "de gauche", une troisième regroupe des apolitiques trouvant là un objectif décent à défendre, une quatrième des associatifs... Tous différents et pas tous obligatoirement encartés ! Le foisonnement d'idées qui en découle demandera des années de synthèse pour devenir peut-être un jour une force de proposition. Mais en attendant, cette lame de fond est libre, incontrôlable, mouvante, et donc, de fait, dangereuse pour certains.

C'est pourquoi le même jour, on peut en France emprisonner un syndicaliste et aménager le statut pénal Présidentiel pour les raisons que l'on connaît ! Même si Bové bénéficie le 14 Juillet d'une réduction de peine, cette feinte "politicarde" ne devra pas occulter le fond :

-  Nous sommes 75% a ne pas vouloir bouffer des OGM.
-  Plus de 800 000 personnes ont signé l'appel au Président pour libérer Bové.
-  Combien de Français souhaitent que le nucléaire soit contrôlé par des multinationales ?
-  Combien sont prêts à confier l'éducation de leurs gosses à Bill Gates ?...

Finalement, José Bové n'a-t-il pas raison de dire : Le Monde n'est pas une marchandise ! ? Croyez-vous franchement, vue l'accélération destructrice de cette marchandisation de nos ressources, que l'on puisse le dire longtemps en chuchotant ?

Gilles Bourrouilh - Rédac. Chef de www.sud-aveyron.com

Boubou, 9 juillet 2003