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Les altermondialistes jouent en bourse !

1 Septembre 2004 : Magazine Chalenge : Carrefour, la multinationale de la grande distribution, s'explique sur son virage à 90 degrés.

Depuis le premier janvier 2004, les hypermarchés du groupe sont devenus méconnaissables. Hier temples de la consommation de masse, ils sont aujourd'hui en position de leader sur le marché du Bio, du commerce équitable et local. Après les accords conclus avec la Confédération paysanne et l'association Max Havelaar, très certainement à l'origine de ce revirement, la firme, sous l'impulsion de son nouveau PDG Pierre Rabhi, s'attache à promouvoir la notion de décroissance soutenable auprès de sa clientèle. Des rayons entiers, considérés par la nouvelle direction comme totalement inutiles, ont été supprimés tandis que d'autres se sont vus profondément modifiés. Ainsi, le rayon lessive, par exemple, a été transformé en atelier où le consommateur apprend à fabriquer ses propres détergents à base de lierre ou de cendres de bois. Même chose au rayon papeterie, où les présentoirs ont été remplacés par des bacs où les clients, sous le regard bienveillant des caissières reconverties, fabriquent du papier recyclé. En matière d'écologie, on peut également parler d'une totale métamorphose. Ainsi, il est devenu impossible d'acheter chez Carrefour un appareil électroménager sans le kit photovoltaïque destiné à l'alimenter. Ne parlons pas des stations-services, où l'on ne peut trouver d'autres carbutants que l'huile de tournesol et l'air comprimé.

Comment un tel changement, impensable il y a à peine quelques mois, a-t-il pu avoir lieu ? Pour le comprendre, il est nécessaire de revenir un an en arrière, en septembre 2003. Des milliers de citoyens, réunis en un club d'investissement créé pour l'occasion et baptisé Millau2003, lancent la plus fantastique OPA de l'histoire. Rachetant une à une 90% des actions du groupe, le lobbie financier devient majoritaire dès le mois d'octobre. Ce rachat est intervenu à la suite d'un boycott de l'enseigne, sans doute initié par le même lobbie, et qui a eu pour conséquence de faire chuter le cours de l'action Carrefour. Le PDG de Carrefour, Daniel Bernard, ne tarde pas à être limogé, et l'ensemble de la politique commerciale du groupe totalement soumis à l'utopie anti-libérale des nouveaux actionnaires.

Déjà, le MEDEF et les hautes sphères de la finance internationale tremblent pour leurs intérêts. D'aucuns soupçonnent que le changement radical de la grille des programmes de TF1, qui ressemble désormais davantage à celle d'ARTE qu'à celle de France 2, résulte lui aussi d'une opération similaire. On sait en effet qu'en décembre 2003, 75% des actions de la chaîne ont changé de main, et l'on soupçonne un groupement de citoyens proche du lobbie dit "Millau2003" de se cacher derrière les nouveaux détenteurs des actions TF1. De source sûre, il semblerait même que de telles opérations puissent à l'avenir toucher Vivendi Environnement, puisqu'une enquête encore non publiée de l'Observatoire de la Bourse ferait apparaître le lien entre les nouveaux actionnaires de Vivendi Environnement et certaines associations écologistes, notamment Greenpeace.

Cette série d'OPA, si elle se confirmait, risque de compromettre gravement la stabilité économique de l'Europe, voire du monde entier. En effet, les groupes visés, qui semblent en outre avoir de solides alliés de l'autre côté de l'Atlantique où l'on signale un changement massif de l'actionnariat chez Monsato et pire, dans certaines filiales des groupes militaro-industriels, pourraient peser lourd dans les négociations commerciales de l'OMC. Le risque est d'autant plus grave qu'une grande partie des citoyens, autrefois habituée à se désintéresser de la politique internationale, soutient désormais les Altermondialistes, et ce grâce à la propagande que ces derniers ne se privent pas de répandre par le biais de la chaîne TF1, désormais acquise à leur cause. Les mêmes phénomènes sont également à déplorer aux Etats-Unis, où plusieurs grandes chaînes de télévision ont récemment vu leurs PDG limogés.

Et l'inquiétude est bel et bien fondée : dans trois mois, les pays membres de l'OMC auront à faire connaître leurs propositions de libéralisation des services dans le cadre de l'AGCS. Une rumeur qui secoue en ce moment les milieux politiques américains et européens laisse penser que ces propositions, se résumant à une multiplication de clauses d'exemption, reviendraient à un véritable retour en arrière en matière d'ouverture du marché des services.

Sarah, 31 juillet 2003