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10 Septembre 2003 à Cancùn
Pour certains, c'est le commencement de longues journées de tractations et négociations en tout genre (officielles, officieuses, pressions, chantage) pour monter d'un cran dans la libéralisation du monde (services, agriculture : les deux gros enjeux). Ça, ça se passe dans le Centre de Conférence de Cancùn au bout de la zone hôtelière. Ce matin 10h, campement de Via Campesina. Nous sommes particulièrement impressionnés par la délégation Sud-Coréenne. Ils sont environ 200, moitié paysans, moitìé enseignants, travailleurs. Jusqu'au départ de la manif, ils défilent déjà, jouent des percussions, ont une pêche d'enfer. Les paysans de Via Campesina aussi se préparent. Ils sont environ 1500 à être venus de tout le Mexique et des centaines d'Amérique du Sud : Brésil, Uruguay, Vénézuela... 11h30, la manif se met en marche. Le plus gros cortège est, bien sûr, celui des paysans, le plus pêchu, celui des Coréens. De nombreux étudiants, des anarchistes, des libertaires. Pas de partis politiques visibles, ni syndicats autres que paysans... En tout, nous devons être environ 10 000. Et si nous comptions les journalistes comme un cortège, il serait parmi les plus gros. Tous ensemble, nous sommes venus exprimer la même revendication globale : "NO A LA OMC". Toujours est-il que cette manifestation internationale est un moment fort. Fort, car nous sommes des milliers à être venus ici pour refuser ce qu'on nous impose et la complicité, sentiment de fraternité entre nous, est énorme. A peine 1 heure après le démarrage, nous arrivons déjà au rond-point de la zone hôtelière. La police fédérale est prête, en deux ou trois rangées derrière les barrières anti-émeutes qui doivent faire au moins 2m50 de haut. Là, ce sont les Coréens qui lancent le mouvement. L'immense ornement qui leur servait pour le défilé se voit alors transformé en véritable bouclier. Au rythme des percussions et des cris d'encouragement, ils se mettent à tenter d'enfoncer les barrières. Deux d'entre eux montent dessus et s'y assoient à califourchon pour y accrocher leur banderole. Les barrières cèdent, une brèche est ouverte. Sur les 20m de barrières qui nous font face, quasiment toutes sont forcées. Devant nous maintenant, les rangées de policiers protégés par des boucliers. De l'autre côté de la place commencent des interventions organisées par Via Campesina.Entre autres, François Dufour, de la Confédération paysanne, fait un court état des lieux du point de vue de la Conf sur les enjeux de Cancùn et transmet le message de José Bové en solidarité avec la manifestattion des paysans. Alors revient Rafael Alegria perché sur une camionnette qui vient s'interposer entre les manifestants et les forces de l'ordre. Bien que hué par la plupart des jeunes sur "le front", il réaffirme la volonté de lutter pacifiquement. Quand il repart, tout se calme petit à petit. Pendant quelques heures encore, des provocations qui restent minoritaires. Nous faisons une pause. Peu de monde encore présent. La police, toujours en place devant une sorte de champ de ruines. Deux petites bougies étaient allumées au sol, une fleur rouge. A côté, des grains de maïs disposés, on pouvait lire "NO OMC". Ce soir, je me sens amère. Ce soir, c'est le choc, la consternation, l'hébètement. La prochaine grosse manifestation est prévue pour samedi : " contre la globalisation et la militarisation". Elle devrait réunir plus largement le mouvement social. Du moins, nous l'espérons. Pour plus d'informations, vous pouvez aller sur le site du Centre de Médias Indépendants qui recueille articles, photos et vidéos de toute personne se proposant (2 langues : espagnol et anglais)
Catherine, 11 septembre 2003
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