Retour au format normal
Roselyne Vachetta, députée LCR au Parlement européen

Elue députée au Parlement Européen avec Alain Krivine et trois militants de Lutte Ouvrière lors des dernières élections européennes, Roselyne Vachetta raconte ce qu'elle est venue faire à Cancùn.

Dans le cadre de leurs mandats de députés européens Roselyne Vachetta explique le travail qu'elle et Alain Krivine essaient de mener au sein des différentes instances de décision internationales.

Faisant partie, au nom de la Ligue Communiste Révolutionnaire, d'un réseau International de 150 parlementaires, le Réseau Parlementaire Mondial, crée en solidarité avec les mouvements sociaux, leurs objectifs sont de faire avancer les mêmes lois dans les différents pays représentés par ces parlementaires (européens, américains du Sud et du Nord, africains) :
-  Taxation des revenus provenant du capital
-  Relais des mobilisations sociales
-  Refus de la marchandisation des biens communs de l'humanité
Pour ce faire, ils se réunissent et travaillent à l'obtention de positions consensuelles, ce qui n'est pas évident, compte-tenu de la diversité des mouvements politiques et des pays constituant le réseau.

Ainsi, lundi 8 septembre dernier s'est tenue une réunion de ce Réseau. Celle-ci a débouché sur la rédaction d'un texte commun de revendications sur le contenu de la conférence interministérielle de Cancùn. Texte qui a éte remis au ministre de l'Intérieur mexicain. Les 10 revendications en sont les suivantes :
-  Assurer une surveillance démocratique
-  Réduire d'abord les problèmes en suspens et construire un consensus
-  Maintenir et renforcer les services publics
-  L'accès aux médicaments doit être garanti, la santé publique d'abord
-  Pas de brevetage du vivant
-  Protéger l'indépendance des Accords Multilatéraux Environnementaux (AME)
-  Soutenir une perspective de "multifonctionnalité" pour l'agriculture mondiale
-  Aller vers les besoins des Pays en voie de Développement - abolir les subventions à l'exportation
-  Améliorer les droits des travailleurs
-  Appliquer le principe de précaution et de soutenabilité de façon systématique

A chaque sommet, ce Réseau s'y rend et y présente ce type de déclaration commune.

Roselyne Vachetta souligne que la LCR ne se contente pas de ce travail. Ils tiennent à être présents un maximum dans ce type de rendez-vous social car se sentent proches des revendications du mouvement anti-globalisation. Pour elle, ce mouvement invente une sorte d'internationalisme.
La LCR suit tout ce qui bouge dans la mouvement social et souhaiterait que l'on n'en reste pas à la protestation : "Qu'est-ce qu'on fait après ? Les résistances sont importantes, mais doivent se traduire en alternatives politiques qu'il faut construire ensemble, bien sûr".

Pour Roselyne Vachetta, l'OMC a une longueur d'avance sur nous et poursuit sa stratégie d'organiser des sommets dans des lieux où le mouvement social est affaibli, comme ici au Mexique, à Cancùn.
Elle reconnaît la forte mobilisation du mouvement paysan lors des derniers jours, mais regrette l'absence des partis politiques dans la résistance anti-globalisation. Absence vraisemblablement liée à un manque de convergence des mouvements sociaux mexicains.
Là-dessus, elle insiste sur le fait que nous ne devons pas nous laisser diviser.

Quant à la conférence interministérielle en tant que telle, Roselyne Vachetta souligne, comme beaucoup, la complexification des débats en citant le commentaire d'un délégué malgache :
"Ici, il faut un Bac +15". En effet, le débat est complexifié et les pays les plus pauvres sont désavantagés car ont moins d'experts pour décrypter le débat.

Roselyne Vachetta, comme les représentants d'ONG, est autorisée à assister aux assemblées plénières. Ils y entendent des déclarations faites par des délégués des différents pays. Ces discours consistent surtout en une liste de doléances, d'intérêts et de convergences avec les thèmes des débats à l'ordre du jour des négociations. C'est aussi à cette assemblée qu'assistent les journalistes, qui, du coup, sont "abreuvés d'informations, mais sans qu'aucune ligne directrice ne se dégage réellement". En revanche, ils n'ont pas accès aux discussions qui ont lieu dans de petits salons annexes.

Roselyne Vachetta analyse la situation actuelle des négociations : le groupe des 21 ( Inde, Brésil, Chine, Mexique,... ceux que l'on appelle les pays émergeants)pourrait bloquer les accords, notamment sur la question agricole. Un Groupe des 2 (Etats-Unis + Europe) s'est crée, qui accuse avec cynisme le groupe des 21 de risquer de "noyer les petits pays" en paralysant les négociations. On va donc vers un bloquage, mais pas comme celui de Seattle, qui était alors une opposition entre pays riches, avec, en plus, une forte mobilisation des antiglobalisation, ce qui n'est pas le cas ici. Ceci dit, pour Roselyne Vachetta, tout ce qui peut bloquer l'OMC est bon à prendre...

Sur cette question, la LCR reste intransigeante : l'OMC ne doit pas être réformée, c'est sa nature-même et son fonctionnement qui sont en cause. En cela, la LCR se distingue radicalement d'autres courants du Réseau Parlementaire, et notamment, du Parti Socialiste français.

Entretien réalisé le 11 septembre 2003.

Catherine, 12 septembre 2003