Bonsoir à tous Ce message est à faire suivre à tous ceux à qui l'info sur Prague est parvenu. Il y a beaucoup de commentaires que chacun pourra se faire. Le cauchemar est-il suspendu ! jusqu'à la prochaine fois. ---------------------------------------------------------- Voici les dernières informations de Prague. Tout d abord tous les Français qui étaient arrêtes et dont j avais les noms ont été a priori libères d apres enquete aupres de leurs amis presents a prague. d autre part apres liberation des cinq francais detenus a Balkova j ai pu avoir un rendez vous avec deux d entre eux dans le bureau du Consul de france qui venait de les ramener. Voici leur temoignage il est a faire circuler et a transmettre a Momsieu janicka, ambassadeur de la republique tcheque. merci encore a tous. Bertrand rapport sur les vexations et les violences policières commises lors des arrestations des 26, 27, et 29 septembre 2000 à Prague. Les documents ci-dessous ont été établis le vendredi 29 septembre, après l'audition de deux ressortissants français qui avaient été arrêtés au cours des manifestations organisées contre le sommet du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale, à Prague le 26 septembre 2000 et relâchés le vendredi 29 septembre, dans le courant de l'après-midi, suite à l'intervention du Consulat français au camp de rétention de Balkova. Ces témoignages ont été recueillis, séparément, l'un après l'autre, dans le bureau du Consul de France et en présence de celui-ci. En plus des témoignages directs des deux ressortissants français, nous avons pu constater, lors de ces entretiens, ou juste après, plusieurs éléments (présence d'ecchymoses sur le visage, le torse et les jambes, boitement, lèvres tuméfiées, marques très nettement visibles de menottes et escarres aux poignets, sur une des deux personnes). D'autres témoignages ont été recueillis auprès de plusieurs personnes détenues les 27 et 28 Septembre et libérés le jour même ou le lendemain. Ces divers témoignages sont venus recouper les dires des deux Français Témoignage de Jean Philippe Joseph ( Les événements précédant l'arrestation du témoin, sont confirmés par l'auteur de ce rapport, présent sur les lieux à ce moment là, non loin du témoin, et qui a pu suivre le déroulement des faits jusqu'à l'interpellation.) Mardi 26 septembre après midi: Jean Philippe Joseph a tout d'abord suivi la manifestation sur le cortège "jaune". Le cortège est parti de Namesti Miru en empruntant les rues Rumunska et Legerova jusqu'au pont de Nusle (Nuselsky Most) entièrement bloqué par d'importantes forces de police, soutenues par des canons à eau et des blindés légers. Arrivés ici, et après avoir constaté qu'aucun passage vers le Centre des Congrès, où se réunissaient les participants au sommet, n'était possible, les participants du cortège jaune ont décidé de maintenir une présence en face du pont. Les membres de l'association italienne Ya basta ! ont donc formé un cordon, face aux forces de police et ont décidé de rester là jusqu'à ce que cela ne soit plus possible. Leur intention étant d'empêcher aussi longtemps que possible l'accès au Centre des Congrès pour y bloquer les congressistes présents. Au bout d'une heure de présence, tendue mais entièrement pacifiste, des rumeurs sont parvenues de violents affrontements avec la police sur un autre cortège qui progressait plus bas dans la vallée, le cortège "bleu". Peu après parvenait l'information, que le troisième cortège, le cortège "rose", était parvenu à sa destination, et tout comme le faisait le cortège jaune, avait décidé de bloquer symboliquement les accès au Centre des Congrès afin d'en gêner l'entrée et retarder la sortie des congressistes. Au même moment, des personnes qui s'étaient trouvées sur le cortège rose sont arrivées et ont fait circuler l'information qu'ils avaient besoin de personnes supplémentaires, de leur côté, pour pouvoir occuper toutes les rues menant au Centre des Congrès. Un petit groupe de personnes, présentes sur le cortège jaune, a alors décidé de traverser la vallée et de se rendre de l'autre côté, vers la rue Marie Cibulkova. Le témoin s'y est rendu accompagné de plusieurs français, dont l'auteur du présent rapport qui a demandé au passage à une observatrice légale de l'association tchèque OPH (Obcanské Pravni Hlidky) de venir sur les lieux. Quand nous avons traversé la vallée pour nous rendre de l'autre côté du pont, nous avons entendu plusieurs explosions de grenades lacrymogènes, ainsi que de très nombreuses sirènes ( véhicules de police, ambulances). L'extrémité de la rue Jaromirova en direction de Ostricilovo Namesti était totalement coupée, et de là venaient de nombreux journalistes ainsi que quelques observateurs légaux OPH, tous témoins de la violence des affrontements que se déroulaient au-delà entre forces de police et manifestants. Notre petit groupe est remonté en direction de la station de métro Vysehrad et, de là, s'est dirigé vers la rue Maria Cibulkové. Arrivés sur les lieux nous avons vu que le cortège rose, accompagné d'un orchestre de samba, se tenait en face d'un important dispositif policier. Plusieurs autres rues menant au Centre des Congrès avaient été bloquées par des cordons de policiers et par des barrières. Dans certaines de ces rues, des sittings avaient été organisés juste en face du dispositif policier. Dans d'autres étaient mis en place des "filtrages" ( des manifestants se donnant la main afin de bloquer symboliquement la rue et empêcher l'entrée du centre des Congrès aux congressistes). Sur aucun des lieux visités je n'ai constaté la moindre trace de violence, ni même de velléité de violence, le rapport de force avec la police étant hautement dissuasif. Le "blocage" du Centre des Congrès a duré environ une heure, sans qu'il y ait le moindre incident. Les sittings ou les chaînes de filtrage étant systématiquement levées au passage des ambulances qui entraient ou sortaient du Centre des Congrès, ainsi que pour laisser circuler les simples passants ou les riverains. Seuls les membres du Congrès étaient arrêtés et une discussion s'engageait avec eux, le plus souvent "bon enfant" de la part des manifestants mais aussi des congressistes, qui repartaient alors en attendant que cela passe. Je me suis déplacé vers le sitting qui se trouvait dans une ruelle adjacente ( vers Na bitovni plani), au moment où le dispositif policier s'ouvrait pour laisser sortir un délégué de l'enceinte du Centre des Congrès. Le sitting n'a pas bougé et le congressiste a essayé de le traverser en marchant sur les personnes assises au sol. Il était accompagné par quatre policiers qui ont voulu faire dégager les manifestants. Ceux-ci ont rameuté d'autres personnes qui sont alors venus faire un cordon en se donnant les mains, afin de bloquer la sortie du congressiste. Un des policiers a alors saisi sa matraque, a attrapé violemment un manifestant qui se trouvait devant lui, le poussant contre la façade d'une maison et le frappant. Il a aussitôt été rejoint par un deuxième policier qui est venu violemment ceinturer le manifestant. Les autres manifestants se sont aussitôt rapprochés ainsi que des journalistes qui ont photographié l'action. Un cri a été lancé "filmez leur numéros". (Il est à remarquer que contrairement à ce qu'il est normalement prévu, je n'ai pas vu de numéro identifiant sur les casques des policiers mais juste au-dessus de la pochette de leur veste). Presque aussitôt les policiers ont relâché leur étreinte et sont retournés derrière le dispositif policier, emmenant le congressiste avec eux. Le sitting des manifestants a alors repris. Vers 16 h 30, est parvenue la nouvelle que le cortège "jaune" avait levé son blocage à l'autre extrémité du pont et qu'il se repliait sur Namesti Miru. L'accès de ce côté du Centre était alors ouvert. L'action de blocage menée par les manifestants "rose", n'avait plus de véritable efficacité et nombre de manifestants ont décidé de se retirer, en cortège, après avoir prévenu l'ensemble des personnes présentes. Les groupes répartis dans les différentes rues ont été avertis et des manifestants ont commencé à se replier par grappes. Le groupe des Français est parti ensemble. Un peu après 17 h 00, a l'angle de la rue Viktorinova, et alors que les manifestants commençaient à se replier, une première charge de police a eu lieu sans qu'il y ait eu le moindre avertissement au préalable et sans que j'ai pu entendre, ni à ce moment ni avant, l'annonce de la dispersion du rassemblement par la police. Une grenade de gaz lacrymogène a été lancée sur les manifestants créant un petit mouvement de panique vers la rue du 5 Mai (5. Kveten). Certains manifestants se sont arrêtés dans leur course et ont fait demi-tour. Les policiers ont alors reculés, retournant à leur position initiale. Des manifestants sont restés sur la rue, attendant que les retardataires les rejoignent, les autres sont partis à pied ou par le tramway 18 pour se rendre sur la Place Wenceslas. J'ai accompagné le groupe qui partait en tramway. Jean Philippe Joseph ainsi qu'un autre français, Xavier Nouhliann, sont pour leur part restés. Ils ont rejoint un sitting qui se trouvaient près de la rue Petrova (?) Une nouvelle charge, beaucoup plus importante, a eu lieu et les quelques personnes présentes à cet endroit ont été arrêtées alors qu'elles participaient au sitting. A aucun moment il ne leur a été signifié les motifs de leur arrestation. Les journalistes présents ainsi que les observateurs légaux de l'association OPH ont été refoulés lors de l'arrestation et aucun n'a pu accompagner les personnes interpellées. Les personnes arrêtées ont alors été mises dans un car de la police qui les a conduit près d'un commissariat, dont Jean Philippe Joseph ne connaît pas le nom. Là, elles ont été descendues, et mises en rang dans la rue, les jambes écartées, les mains posées sur la paroi du car, pour qu'il soit procédé à une fouille corporelle. Diverses affaires leur ont été retirées. Jean Philippe Joseph s'est vu confisquer ses lunettes. Il a demandé en anglais au policier s'il pouvait les reprendre car il en avait besoin. Il a reçu une gifle en réponse. Aussitôt après la fouille au corps, les interpellés ont été remis dans le véhicule et conduits au poste de police de Lohtka. Du mardi 26 au soir au mercredi 27 au soir : Arrivés au commissariat de Lohtka, les interpellés ont demandé la présence d'un avocat ou le droit pouvoir passer un coup de fil, ce qui leur a été catégoriquement refusé. Une nouvelle fouille a eu lieu au cours de laquelle, un policier a confisqué à Jean Philippe Joseph divers papiers personnels : des tickets de métro, une fiche d'hôtel... et les a détruits. Jean Philippe Joseph a protesté, le policier a sorti sa matraque a couru vers lui en la brandissant, a fait mine de le taper et lui a crié "Fuck you !" plus diverses autres insultes. On a alors présenté aux personnes arrêtées un formulaire rédigé en tchèque pour le leur faire signer. Certains ont demandé à ce qu'on leur traduise le texte. Un traducteur était présent au poste de police et a traduit, de façon imprécise les différents formulaires. Toutes les personnes arrêtées l'avaient été au même endroit et dans les mêmes circonstances, pourtant les formulaires n'étaient pas les mêmes pour tout le monde. Certains portaient les actes d'accusation de " refus d'obéissance aux forces de l'ordre, rébellion, et injures à agent", d'autres non. Jean Philippe Joseph qui possédait un portable qu'on ne lui avait pas encore confisqué, a téléphoné à un numéro des organisateurs de la manifestation, et a demandé ce qu'il fallait faire. On lui a recommandé de signer l'acte, sinon les procédures de relaxes seraient plus compliquées. Lui et plusieurs des autres personnes arrêtées ont donc signé l'acte que la police leur avait remis. Les personnes arrêtées ont été mises à six dans des cellule de 15 mètres carrés. Jean Philippe Joseph s'est retrouvé en compagnie de Xavier Noulhiann et de quatre Basques. Ils sont restés un total de 24 heures dans ce commissariat sans recevoir aucune visite ni d'un avocat, ni d'un observateur légal, ni d'un médecin, ni d'aucune personne de l'extérieur. Il leur a été donné à manger 2 fois au cours de ces vingt quatre heures, alors que la législation tchèque prévoit un repas toutes les six heures. Le repas consistait, à chaque fois, en deux tranches de pain et quelques rondelles de mortadelle. Beaucoup des personnes détenues étaient végétariennes et ont demandé à avoir la possibilité d'un repas végétarien, comme prévu dans la Charte des Droits Fondamentaux et des Libertés. On leur a alors retiré les tranches de saucisson et ils ont dû se contenter de deux tranches de pain. (Dans d'autres endroits et notamment dans le centre de la police des étrangers à Olsanska les détenus ont dû payer pour pouvoir manger, comme il nous l'a été rapporté et confirmé par de nombreux témoignages de personnes détenues.) Le commissariat où Jean Philippe Joseph se trouvait n'était nullement équipé pour le couchage et tous ont dû dormir à même le sol sans qu'il ne leur soit apporté de couvertures. Du mercredi 27 au soir au jeudi 28 au soir : Après vingt quatre heures de détention dans ce lieu, les détenus ont été conduits au centre de police pour les étrangers a Olsanska, près de Zizkov, centre par lequel ont transité presque toutes les personnes arrêtées juste après les manifestations du mardi 26, ou embarquées lors des différents contrôles qui ont eu lieu, les deux jours suivants. A leur arrivée, les témoins ont été effrayés par l'extrême tension qui régnait dans le lieu. Les personnes arrêtées ont été systématiquement insultées, les policiers présents semblaient agressifs, s'adressaient à eux en criant, les bousculant parfois sans ménagement. Une nouvelle fouille au corps a été effectuée. Les personnes ont été déshabillées, ont leur a tranché les lacets de chaussure, ont leur a pris leur passeport et/ ou leur carte d'identité, leur montre, ainsi que d'autres effets personnels ( qui à priori leur ont été rendus à la fin de leur arrestation). Il est cependant à noter qu'un autre ressortissant français, qui était entré sur le territoire tchèque sans passeport et ne possédait qu'une carte d'identité , s'est vu arbitrairement confisquer celle-ci et a été relâché dans les rues de Prague, à la fin de son arrestation, sans aucun papier d'identité. Le Consulat français a dû lui établir un laisser-passer pour qu'il puisse ressortir du territoire tchèque. Dans le poste de police se trouvaient d'autres personnes dont certaines semblaient sérieusement blessées. Il y avait un jeune Allemand, visiblement frappé à la tête, saignant de l'oreille, et l'air commotionné. Un ressortissant franco-israëlien, Joshua Tzarfaty, le visage tuméfié à divers endroits (les yeux, les lèvres), la jambe blessée, et souffrant de contusions aux côtes, ainsi qu'un touriste américain les dents cassées. D'autres ressortissants français détenus, eux aussi au centre de police pour les étrangers, m'ont dit avoir parlé à un Américain du nom de Price qui était blessé à la tête et qui affirme s'être fait taper dans ce commissariat. De nombreux témoignages émanants de ressortissants de différentes nationalités parlent d'une vingtaine ou d'une trentaine de personnes enfermées dans une cours extérieure du centre de police de Olsanska où ils ont passé la nuit de mercredi 27 ou jeudi 28. Jean Philippe Joseph rapporte, qu'il était interdit de parler et que dès que quelqu'un faisait mine de vouloir communiquer à son voisin, un policier se levait, s'approchait de la personne et lui criait dessus en la menaçant de sa matraque. Parfois, par jeu, le policier faisait mine d'abattre sa matraque, ce qui faisait rire les autres policiers présents. Certaines personnes retenues n'ont pas eu l'autorisation d'aller aux toilettes. Quand elles en demandaient la permission en anglais on leur répondait " No, you are wrong, you are wrong ". Ainsi un jeune manifestant, en colère, a décidé d'effectuer ses besoins dans sa cellule. Les policiers sont intervenus et l'ont conduit dans un bureau dont il est ressorti plusieurs minutes après, visiblement effrayé et calmé. Au bout d'un moment, quelques personnes ont pu se rendre aux toilettes. Quand les jeunes filles y allaient, les policiers se mettaient derrière elles et, tout en rigolant, faisaient des gestes obscènes avec leur matraque. Dans ce lieu, plusieurs des personnes détenues ont entendu parler de tortures ou de sévices corporels . Un Allemand aurait été laissé les pieds et les mains attachés et auraient eu les doigts cassés. Nous n'avons pas pu vérifier directement ces dires. Il faudrait donc se renseigner auprès du Consulat allemand en République tchèque. Une jeune fille américo-autrichienne, de dix-sept ans, Sylvie Yolande Mach, arrêtée, mineure, et dont ni les parents, ni le tuteur légal n'ont été immédiatement prévenus de l'arrestation, comme il l'est spécifiquement notifié dans le droit tchèque, a été mise sous le coup d'une inculpation de "désobéissance, de résistance et d'insulte à agent". Prise de panique ou cherchant à s'échapper, elle a sauté du premier étage du commissariat. Elle s'est cassé une jambe et un bras et est aujourd'hui à l'hôpital Thomayerova. A en croire la radio tchèque, elle devra retourner en prison, dès sa convalescence finie. Nuit du jeudi 28 au vendredi 29 après midi. Jean Philippe Joseph, Xavier Noulhiann, Joshua Tzarfati ainsi que d'autres ressortissants français et étrangers ont été conduits dans la nuit du jeudi au vendredi au centre de détention pour les étrangers de Balkova à côté de Kracin, non loin de Karlovy Vary, dans le district nord de Plzen. Arrivés dans le camps ils ont été complètement déshabillés, on a confisqué l'ensemble de leurs effets. Puis on leur a inscrit un numéro de détention à l'encre bleue, sur toute la longueur du bras avant de leur enfiler un pyjama rayé. J'ai pu voir, de moi-même, les numéro inscrits à l'encre sur les bras des deux Français qui m'ont apporté leur témoignage. Une telle pratique est une véritable insulte pour tous les Tchèques, juifs, tziganes, ou opposants au régime nazi du protectorat de Bohème-Moravie qui ont été déportés dans des camps de concentration, ainsi que pour tous les autres déportés. Que ce genre de pratique se fasse, à priori, assez normalement dans un pays démocratique, est totalement intolérable. Après avoir été "marqués", les détenus se sont fait signifier, qu'ils étaient désormais sous une juridiction spéciale, qu'ils étaient en "suspension de droits" et qu' ils n'avaient le droit qu'à un coup de fil et à une visite toutes les trois semaines. Puis on les a mis dans des cellules, en séparant les ressortissants de même nationalité. Les policiers ont de nouveau apporter un repas constitué de viande. Les détenus végétariens ont demandé à avoir le droit à un repas végétarien, ce qui leur a été catégoriquement refusé. Tous les détenus ont alors décidé d'entamer une grève de la faim. Au bout de dix minutes, les policiers ont retiré le repas à tous les détenus. Peut être pour les punir de leur grève de la faim, les policiers ont empêché les détenus de dormir, en laissant toutes les lumières allumées et en parlant fort toute la nuit. Matinée du vendredi 29 Au petit matin les détenus qui essayaient de dormir après la nuit, ont été brusquement réveillés par des coups que les policiers donnaient sur les portes aux cris de "Wake up !" et par des insultes. En fin de matinée l'arrivée annoncée d'une représentation du consulat français et du consul a provoqué un changement d'attitude de la part des policiers. les Français ont été regroupés, on leur a redonné leurs effets. Après s'être assuré de leur présence, le consul a demandé à repartir avec les ressortissants français et a tenu à les ramener sur Prague. L'intention initiale des policiers tchèques était de les mettre dans un de leur car et de les conduire à la frontière tchéco-allemande pour les y relâcher. Il est à noter, que jusqu'au matin, les services consulaires n'avaient pas la liste exacte de toutes les personnes arrêtées ni leur lieu exact de détention. Aux questions de la part des autorités consulaires françaises les services de la police tchèque répondaient qu'il était impossible de donner une liste exacte, les personnes arrêtées se trouvant dans des lieux différents. Beaucoup de personnes arrêtées ont ainsi été identifiées et localisées soit sur la base des dires de témoins présents lors des arrestations ou des détentions, soit à la suite d'appel des familles qui avaient été alertées par des amis présents sur les lieux. Les autorités tchèques n'ont en aucun cas facilité le travail des services consulaires étrangers. A l'heure d'aujourd'hui nous ne sommes pas même totalement sûrs que tous les ressortissants étrangers aient été libérés, ni que les différents services consulaires soient au courant de toutes les détentions. Témoignage de Joshua Tzarfaty. Après midi du mardi 26 septembre : Joshua Tzarfaty est étudiant en médecine en Israël, et a la double nationalité franco-israêlienne. Il faisait partie de l'assistance médicale de la manifestation du mardi 26 septembre. A ce titre il portait un brassard avec une croix rouge, ainsi qu'une autre croix rouge, fixée sur son sac-pharmacie. Le brassard qu'il m'a montré, était clairement reconnaissable de loin et il m'a assuré l'avoir mis en évidence sur lui, durant toute la manifestation. Joshua Tzarfaty est parti sur le cortège "jaune", avec trois autres membres de l'équipe médicale et un docteur. Arrivés au pont de Nusle, ils ont été appelés sur un portable afin de venir en aide à l'équipe médicale présente sur le cortège "bleu" qui connaissait de sévères affrontements avec la police dans le fond de la vallée de Nusle. Ils sont descendus. Là, ils ont pu voir de nombreuses personnes blessées, qui avaient reçu soit des coups de matraque, soit des petits pavés que les policiers avaient relancés, en réponse à ceux qu'ils avaient reçu de la part de certains manifestants. Certaines blessures étaient assez graves. Parmi les personnes blessées se trouvaient des personnes non manifestantes, des journalistes, des observateurs légaux, et quelques passants. Après de sérieux affrontements et une nouvelle charge de la police, le cortège bleu a été dispersé. Joshua s'est alors rendu sur le cortège "rose" où des affrontements venaient d'être signalés, au moment de la dispersion du cortège. Il était alors entre 17 et 18 heures. Plusieurs personnes blessées se trouvaient là-bas. Joshua Tzarfaty s'est occupé d'elles et, à ce moment là, a perdu contact avec le reste de son groupe médical. Il a marché avec l'ensemble de la manifestation rose qui se dispersait et se dirigeait vers la Place Wenceslas. Quand il est arrivé sur la place, les policiers étaient très violents (c'était juste après que quelques personnes ont brisé les vitrines du restaurant MacDonald qui se trouve en haut de la place, près du Musée). Dans la confusion il a pu retrouver une personne du groupe médical et devant les mouvements de panique et la fuite des gens, ils ont décidé de quitter la place pour aller dans un endroit plus sûr. Ils ont emprunté une petite rue, partant de la place, et ont marché calmement pour s'éloigner. Ils ont alors entendu des sirènes de la police et le bruit de plusieurs cars qui s'arrêtaient derrière eux. Des policiers sont descendus et ont commencé à arrêter les personnes qui se trouvaient dans la rue. Joshua a pris peur et s'est mis à courir dans la direction opposée. Plusieurs policiers se sont mis à courir à sa suite. Tout en courant Joshua criait "Red Cross, Red Cross !" Un policier l'a rattrapé, l'a plaqué violemment sur le sol, a arraché le morceau de tissus couvert d'une croix rouge qu'il avait sur son sac et l'a frappé une première fois au visage. Un deuxième policier est arrivé, a sorti une sorte de sangle ou de lanière en cuir et lui a enserré les mains avec, suffisamment fort pour que les marques soient encore bien visibles plusieurs jours après. Il a été mis dans un fourgon où se trouvaient déjà 7 personnes interpellées. Il a été maintenu sur le sol, face contre le plancher. Un policier l'a frappé à la tête. D'autres policiers sont arrivées, l'on retourné et lui ont étendu les bras et les jambes. Il a alors été matraqué sur les bras, sur les jambes, plus particulièrement sur les articulations, sur le torse. Un policier l'a de nouveau frappé à la tête. Ils l'ont alors relevé et ont arraché ses lacets. Un policier a désigné sa ceinture et a crié quelque chose en tchèque qu'il n'a pas compris. Le policier a alors tranché la ceinture avec un couteau. Un policier l'a de nouveau frappé au ventre, puis ils l'on remis à terre. Il a voyagé ainsi dans le véhicule et ils sont arrivés dans un commissariat, dont Joshua ne connaît pas le nom. Mais plusieurs témoins allemands disent l'avoir vu dans la journée de mercredi au commissariat de Lupacova, à Prague 3. Soir du mardi 26 à nuit du mercredi 27 Arrivé au commissariat, Joshua a été mis dans un minuscule réduit où il n'avait pas de place. On est venu le chercher et on lui a fait signer une déposition, sans lui en avoir fait la traduction préalable. Ce n'est qu'après, quand il a du signer une autre déposition, qu'on lui a donné la traduction de ce qu'il avait alors signé. A aucun moment Joshua n'a été informé des raisons exactes de son arrestation. Il a demandé à pouvoir appeler quelqu'un ou joindre les conseillers légaux de l'association OPH, on lui a refusé sèchement. Un peu plus tard, on l'a emmené dans une autre pièce où il a été de nouveau frappé pendant plusieurs minutes, sur le dos, le ventre, aux lèvres, puis on l'a reconduit dans une cellule. On lui a servi à manger, deux tranches de pain et du saucisson. Joshua est strictement végétarien et a demandé à avoir autre chose, on lui a donné uniquement du pain. Puis il a essayé de dormir sur un petit banc, mais n'a pas pu, à cause de la douleur. Joshua pense que l'acharnement des policiers à son encontre était dû au fait qu'il portait un sweat shirt bleu et que les policiers ont cru qu'il faisait parti du fameux cortège "bleu" sur lequel il y a eu des affrontements violents avec la police. Il y a malheureusement de fortes présomptions pour que si la police a été influencée par la couleur ce n'est pas par celle des vêtements de Joshua mais bien par celle de sa peau. En effet, de nombreux témoignages concordent pour rapporter les propos ou les attitudes racistes de certains policiers (ceci étant également rapporté par des observateurs tchèques et par le fait que les personnes arrêtées, les plus durement traitées ont principalement été les ressortissants Israéliens et Grecs.) Joshua tient cependant à préciser que les policiers de ce commissariat n'ont pas tous été aussi durs avec lui et que deux d'entre eux ce sont même montrés prévenants à son égard, une femme lui a également proposé d'aller chercher un médecin, offre que Joshua a déclinée. Journée du jeudi 28 Après vingt quatre heures passées dans le commissariat de Lupacova, Joshua a été conduit dans un autre commissariat. Là, se trouvait une personne qui est venue vers lui, lui a montré une carte des observateurs OPH, a un peu parlé avec lui et lui a conseillé de signer la déclaration qu'on allait lui donner. Ce qu'il a fait. (Or, après sa libération, vendredi soir, je l'ai accompagné au Centre d'information, pour qu'il puisse y retrouver ses amis qui l'attendaient, et raconter les conditions de sa détention aux journalistes. Or, les différents observateurs OPH qui s'y trouvaient nous ont clairement certifié qu'aucun membre de leur association n'avait pu entrer dans les commissariats.) Après un court passage dans ce commissariat il a été conduit au centre de police pour les étrangers rue Olsanska, près de Zizkov où se trouvaient de nombreuses personnes arrêtées. Quand il est arrivé et que les policiers ont vu qu'il se tenait les cotes et qu'il boitait, l'un d'entre eux lui a donné un coup avec sa matraque à l'endroit douloureux, "comme par accident", en s'excusant après. Ce qui a fait rire les autres. Joshua a été conduit dans un local où il a été complètement déshabillé, par un policier qui a ouvert la porte une fois qu'il était nu afin que les personnes présentes dans le hall puissent le voir. (Ce fait m'a été rapporté par plusieurs autres personnes arrêtées, hommes ou femmes, qui ont dû subir la même "plaisanterie",) On a alors procédé à la prise de ses empreintes digitales et à des photographies pour l'établissement d'une fiche anthropométrique. Alors qu'on prenait sa photo, plusieurs policiers se sont amusés à le photographier à leur tour pour leur "album de famille". Les passeports ayant été relevés et l'identité des prévenus clairement établie, on peut se demander pourquoi la police a procédé à l'établissement de fiches avec relevé des empreintes et photographie, puisqu'il est stipulé dans le droit tchèque, qu'une fois l'identité de la personne confirmée, il ne peut être fait ni relevé d'empreintes digitales ni photographie (article 13 section 7 de l'acte 283/ 1991 ou "PolAct") Aucune des personnes à qui cette mesure a été appliquée n'a pu, à ma connaissance, en savoir les raisons ni obtenir de renseignements sur l'utilisation ultérieure de tels documents, même quand ils en ont fait la demande. Au poste de police pour les étrangers, Joshua a demander à téléphoner, droit qui lui a été refusé. Nuit du jeudi 28 au vendredi 29 au matin Joshua ainsi que d'autres personnes présentes au poste de police des étrangers ont été mises dans un car. Dans le véhicule se trouvait une cage très étroite, et les policiers ont enfermés deux personnes à l'intérieur, juste pour rire. A leur arrivée au camp de rétention des étrangers à Balkova, ont les a mis nus, on a confisqué leurs affaires, puis on leur a marqué un numéro à l'encre sur le bras et mis un pyjama rayé. Durant toute cette opération, les policiers riaient. A leur arrivée ont leur a dit qu'ils pourraient rester là jusqu'à 180 jours, et qu'ils n'avaient la possibilité de sortir pour se dégourdir les jambes qu'une heure toutes les 24 heures. Pourtant, quand certains ont demander à aller en promenade on leur a catégoriquement refusé ce droit. Ils ont été mis à 4 dans des cellules de quinze mètres carrés environ. Les policiers du camp ne s'adressaient aux prisonniers qu'en tchèque, le plus souvent en hurlant ou en accompagnant leurs propos de gestes vifs. Mais lorsqu'un détenu de la cellule de Joshua a ouvert une fenêtre pour communiquer avec les détenus de la cellule voisine un garde qui ne leur parlait qu'en tchèque est arrivé et lui a intimé, en anglais, l'ordre de fermer la fenêtre. Au repas on leur a servi de la viande. Les détenus végétariens, dont Joshua, ont demandé à avoir autre chose, mais les policiers n'ont pas voulu. Ils ont alors décidé de faire la grève de la faim. Quand les policiers ont vu qu'ils refusaient de manger ils ont retiré les plats après dix minutes et n'ont rien donné d'autre. Durant toute la nuit on les a empêché de dormir, les lumières sont restées allumées, les policiers de garde criaient. Au matin, lorsque les policiers ont vu que personne n'avait mangé, ils ont réveillé les détenus qui essayaient de dormir, en criant et en tapant sur les portes. Ils sont entrés dans les cellules et les ont secoué en criant "no sleep, no sleep". Quand le consul de France est arrivé ils ont été regroupés, puis on leur a rendu leurs effets personnels. On leur a également rendu leur passeport sur lequel a été mis un visa d'expulsion, expirant à 24 ou 48 heures, suivant les personnes. Joshua n'a personnellement vu personne se faire taper dans le camp de Balkova mais il a entendu dire qu'un Allemand y avait été battu. A côté de ses deux témoignages j'ai pu recueillir d'autres informations émanant de plusieurs autres personnes interpellées ou détenues. la plupart concernent l'absence totale d'information tant au niveau des droits des détenus, qu'au niveau des raisons motivant les arrestation. Plusieurs cas manifestes d'arrestation arbitraire sont également à déplorer. Deux Français, Aude et Boris, ont ainsi été arrêtés, le mercredi 27 au matin, en dehors de toute manifestation, ou de tout rassemblement à caractère dangereux, alors qu'ils marchaient en compagnie d'autres étrangers sur le Pont Charles. Après l'arrivée de deux véhicules de la police et un contrôle d'identité, ils ont été arrêtés et conduits au poste de police pour les étrangers rue Olsanska, sans qu'on leur ait notifié les raisons de leur interpellation, ni à ce moment, ni par la suite. J'ai moi-même eu à subir un contrôle d'identité, durant la journée du jeudi 28, à un arrêt de tramway, loin du centre, en dehors de tous les lieux de rassemblements, où des points de rencontres, alors qu'il n'y avait aucune manifestation, que la sécurité des biens et des personnes ne pouvait en aucun cas être menacée et que rien ne pouvait motiver mon contrôle, ni dans mon attitude, ni dans mon "accoutrement" (critère trop souvent choisi par les forces de l'ordre tchèques, ainsi que malheureusement celui de "sale gueule"). La seule raison pouvant expliquer ce contrôle d'envergure (puisque pas moins de six policiers ont été requis) est que je me trouvais avec quelques Français et que nous parlions en français Un contrôle des passeports a été effectué, donnant lieu à l'établissement d'une fiche. Aucune copie n'a été donné aux personnes interpellées, aucune justification du contrôle n'a été fournie, même après demande express en tchèque. Aucun renseignement sur l'utilisation et le devenir de ces fiches n'a été transmis aux personnes interpellées. Plusieurs autres témoignages font état d'injures, de brusqueries, et de vexations de toutes sortes (empêchement de dormir , détenus déshabillés en face de témoins, gestes ou propos obscènes ou racistes, intimidations, ...) de conditions de détention déplorables ( couchage à même le sol sans aucune couverture, enfermements à plusieurs dans des espaces réduits, pose de menottes, absence de médecin ou d'assistance médicale pour les personnes blessées, distribution de nourriture uniquement contre paiement,...) Dans presque tous les cas il a été impossible aux personnes arrêtées de voir un avocat ou de donner un coup de fil. Rapport établi d'après témoignages, par Bertrand Schmitt, à Prague, le 30 septembre 2000. ----------------------------------------------------- Voici la lettre e-mail que le réseau nous propose pour faire pression sur le gouvernement tchèque afin qu'il ne dérape pas plus. Salutations militantes, Marc S. ------------------------------------------------------------------- Monsieur le Président, - Vous avez été pour de millions de personnes l'exemple du courage, de la résistance, de l'insoumission. Vos témoignages, vos écrits, votre parole, vos actes donnèrent de l'espoir à des millions de personnes en lutte pour un monde plus juste. - Mais hier, le 26 septembre, 20 000 personnes se sont retrouvées pour s'opposer aux plus grandes puissances financières du monde. 20 000 personnes ont traversé des continents ou simplement la rue avec comme espoir de se faire entendre. - Est-ce un délit ? Est-ce un crime ? - Elles s'attendaient à des moments difficiles avec la police. Mais pas à ce qui est arrivé. - Il y a des témoignages concordants faisant état de tortures et de tabassage. Un manifestant arrêté, de nationalité israélienne, a été passé à tabac pendant 40 mn. Certains prisonniers eu des numéros d'écrou tatoué sur leur bras. - 2 femmes se sont défénestrées pendant leur interrogatoire. D'autres, à qui leurs gardiens demandaient de signer leur "culpabilité" ne pouvaient tenir un crayon : leurs doigts ayant été écrasées. D'autres encore furent obligées de se déshabiller. Tous les témoignages parlent de tabassage en règle... - Votre police s'est déchaînée comme au pire moment de l'Histoire. La République tchèque est maintenant sur la liste noire des pays tortionnaires. - Comment était votre police avant le 26 septembre ? A-t-elle changé brusquement en un jour ? Que va-t-il se passer contre les prisonniers de nationalité tchèque quand tous les étrangers seront expulsés ? Vont-ils disparaître ? - La République tchèque, avec le FMI et la Banque Mondiale, porte la responsabilité de ces souffrances. - J'ai honte, M. Havel. J'ai honte de vous. J'ai honte pour vous. - Ce qui vient de se passer, ce qui se passe encore dans votre pays est un crime contre la dignité, contre la liberté. - Ne soyez pas complice de ses tortures, libérez tous les manifestants arrêtés, recherchez ces tortionnaires et permettez qu'ils soient jugés. Avec nos espoirs de justice. [votre signature] ------------------------------------------------------------------- ici s'arrête le mail à envoyer à :