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ONG et entreprises, de l’hostilité au dialogue

Le poids croissant de la sphère économique relativement à celui de la sphère politique a conduit au transfert partiel d’un certain nombre d’attributions " traditionnelles " du politique vers l’économique, ou autrement dit, de l’Etat vers les entreprises et la société civile. Parmi ces attributions figurent les questions d’éthique, d’environnement et de responsabilité sociale. D’où l’apparition sur la scène économique d’une société civile soucieuse de défendre des valeurs qui lui sont chères : respect des droits de l’homme et des droits sociaux, protection de l’environnement, etc. De ce phénomène relativement nouveau découlent la plupart des motivations des ONG vis-à-vis des entreprises.

Les relations entre ONG et entreprises qui résultent de cette évolution peuvent prendre des formes très diverses.

Dénonciation : mode de relation le plus historique (cf. Greenpeace et le nucléaire) et le plus logique si l’on considère que les ONG se sont d’abord développées comme " contre-pouvoirs ". A l’heure actuelle, c’est également le positionnement le plus répandu parmi les ONG impliquées dans le champ du développement durable. Mais de moins en moins d’ONG se contentent de ce positionnement " critique ", conscientes que pour faire " changer les choses ", elles peuvent également, sous certaines conditions, proposer leurs services aux entreprises désireuses d’améliorer leurs pratiques sociales et environnementales. D’une certaine manière on retrouve ici le même type d’évolution que celle du mouvement anti-mondialiste devenant alter-mondialiste. C’est dans cette logique que la FIDH a établi un partenariat avec Carrefour pour une surveillance plus scrupuleuse du respect des droits de l’homme dans la chaîne d’approvisionnement du groupe.

Mécénat : soutien matériel apporté sans contrepartie de la part du bénéficiaire (à la différence du parrainage) à une œuvre ou une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général.

Partenariat ponctuel : actions de promotion ou évènementielles menées dans une optique de sensibilisation et d’information.

Partenariat produits (co-branding) : Il s’agit pour l’entreprise d’apposer sur un ou plusieurs de ses produits le logo ou le label de l’ONG.

Partenariat institutionnel, à long terme : relations entre l’ONG et l’entreprise dans une perspective de long terme et d’échange de compétences.

Concertation : au sein de structures multipartites réunissant entreprises, ONG, syndicats, collectivités locales, acteurs étatiques et institutions internationales, les différentes catégories de parties prenantes collaborent à la définition de normes, échangent leurs informations et expériences, ont une réflexion commune sur les thématiques du développement durable et les directions à donner à leurs actions respectives.

Autre mode de concertation en essor : les " stakeholders sessions ", conférences organisées par certaines entreprises avec leurs parties prenantes (ONG, syndicats, médias, ...) afin d’échanger des idées et de mieux cerner leurs attentes.

Mécénat de compétences : il consiste pour une entreprise à mettre à disposition d’une association, sur une période donnée, un ou plusieurs de ses salariés présentant une expertise utile pour le bénéficiaire.

L’évolution de ces relations entre ONG et entreprises s’explique par les motivations des ONG, comme des entreprises. Des évolutions à moyen terme peuvent être anticipées.

Mis en ligne le : 23/01/2004 sur Novethic.fr

L’évolution des motivations des ONG dans leur relation aux entreprises

Traditionnellement plutôt éloignées ou " hostiles " au monde de l’entreprise, un grand nombre d’ONG voient dorénavant dans l’entreprise un acteur incontournable dans leur action de construction d’un " monde meilleur ".

Les avantages d’une collaboration avec les entreprises sont nombreux et variés :

Recherche de fonds : les ONG se professionnalisent et s’internationalisent, ce qui se traduit en général par une hausse de leur budget de fonctionnement. Les entreprises, parce qu’elles disposent de moyens financiers importants, sont une alternative non négligeable aux financements des bailleurs de fonds institutionnels (notamment dans le contexte de réduction des budgets d’aide au développement) et des donateurs privés.

Modification des pratiques : les ONG qui acceptent de coopérer avec les entreprises exigent souvent en contrepartie un engagement de l’entreprise à modifier très concrètement ses pratiques en matière sociale et environnementale (ex : Carrefour et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme , Lafarge et WWF, Greenpeace et Lapeyre).

Communication : les grandes entreprises, de par l’importance de leur réseau de clientèle, de leurs effectifs et leur notoriété auprès du grand public, constituent de formidables vecteurs de communication pour les ONG.

Information et connaissance : le rapprochement avec les entreprises permet aux ONG de mieux comprendre leurs objectifs et leur mode de fonctionnement, et donc, in fine, de mieux les influencer. La coopération avec les entreprises facilite également l’accès à une information précieuse et non publique.

Echange d’expertises : dans leur recherche d’un professionnalisme accru, certaines ONG peuvent souhaiter bénéficier de l’expertise des entreprises dans tel ou tel secteur d’activité, notamment dans le cadre de mécénat de compétences (audit, pour le suivi comptable et budgétaire des projets ; conseil en management, afin d’améliorer l’organisation et le mode de fonctionnement ; gestion des ressources humaines, etc.).

Scientinelle, 9 février 2004