La révolte crée l’histoire. C’est la quatrième dimension d’une société, le cœur, ce qui crée le mouvement, c’est-à-dire le passé,le présent, l’avenir.
Les sociétés avancent avec les révoltes contre l’ordre établi. Une société sans révolte c’est une société sans avenir et sans passé, sans Histoire et aussi « sans histoire ».
Quelqu’un a prédit la mort de l’Histoire, je prédis la mort des histoires ! C’est comme un voile noir ou grisâtre qui avance sur le monde, de plus en plus rapidement et qui prend différents visages mais qui conduit toujours au même résultat : dilapidation des richesses humaines et écologiques, partage inégal des richesses, application du même système économico-politico-juridico-répressif sur la surface du globe.
Les voyages permettent rapidement de percevoir ce mouvement de fond, de sentir l’évolution inquiétante de la mondialisation. Il y a bien sûr des poches, un peu comme ce fameux village d’irréductibles, mais cela reste des poches.
C’est curieux comme, d’un côté on peut défendre avec acharnement la diversité culturelle, le droit à la différence et prétendre avec honnêteté parfois qu’elle est nécessaire à la vie de notre pays, pour après abdiquer devant les choix économiques et politiques et défendre alors un système parrainé (au sens de la mafia) par l’OMC et qui dicte sa volonté au monde.
Ecoutez simplement le raisonnement des mondialistes convaincus de gré ou de force : il y a des disparités dans le monde, mais cela est dû au fait qu’il existe encore des poches de résistance. Le jour où toute résistance sera abattue, où la mondialisation sera totale, où partout régnera le même ordre économico-politico-juridico-répresso-culturo-gastro-médico-religio-esthetico- à chier, ce jour-là verra l’apparition d’un ordre nouveau, un ordre qui fera disparaître la famine et la misère de la Terre.
Mesdames et messieurs les chevaliers de la mondialisation, vous qui montez au créneau tous les matins du haut de votre tribune, expliquez moi comment faire coexister la diversité culturelle et cet ordre nouveau ????
Quand ce système totalitaire est mis à nu, c’est un monstre au sang froid qui apparaît.
La mondialisation, à regarder de plus près, fonctionne comme le conte « les habits de l’empereur ». Les tisserands représentent le système mondialiste, le roi et sa cour le système politico-juridico-médiatico et le peuple joue le rôle du peuple.
On a bien là un système qui dilapide les richesses d’une communauté sous les yeux ébahis de la classe dirigeante et avec l’accord informel du peuple.
Quotidiennement, ce système totalitaire se revêt des beaux habits de la démocratie, de la consommation et du travail. Voilà, le tour est joué, un tour de passe-passe, de prestidigitation qui dépasse de loin la propagande du régime stalinien. Les citoyens s’emprisonnent, s’empoisonnent eux-mêmes, dans des comportements stéréotypés, des comportements de masse (regarder la télé, faire les soldes, partir au ski, posséder un home cinéma) dont les deux moteurs sont la consommation et la peur du chômage.
La société de consommation devient une société d’autoconsommation, qui dévore le monde qui la porte et les êtres humains qui l’ont créée. Les êtres humains, d’omnivores, sont devenus homnivores. La mondialisation nous propose des biens de consommation, fabriqués dans des pays pauvres, par des enfants, des femmes et hommes qui ne peuvent s’appuyer sur une législation du travail pour se défendre parce qu’elle n’existe pas. « Le bonheur est dans le prix », le prix le plus bas, à n’importe quel prix !!! Qu’importe l’alcool pourvu qu’on ait l’ivresse. Ainsi donc en consommant, en privilégiant le prix, je deviens le complice d’assassinats, de tortures, de viols, de famines, d’injustice, de pollutions.
En devenant complice de la mondialisation, par le biais de la consommation et de l’emploi, les syndicats se bâillonnent eux-mêmes : la revendication ne porte que sur le pouvoir d’achat et les licenciements.
En devenant complice, je n’ai plus qu’à me taire. D’autant que si je veux continuer à consommer, donc à exister aux yeux des autres, il faut continuer à travailler et le travail est rare, le chômage existe. J’ai donc peur de perdre mon boulot.
Le grand leurre de la Mondialisation, c’est de faire croire qu’elle a besoin de la démocratie pour exister. C’est toujours au nom des grandes valeurs qu’elle prospère. Le capitalisme financier a besoin d’Etats autoritaires pour démarrer, de frontières fermées, d’esclaves, d’armées. Une fois les réserves financières constituées, il est prêt à affronter la démocratie parce qu’il en a besoin pour se développer. Mais cette fois ses armes seront intellectuelles et médiatiques. Le grand paradoxe de la mondialisation, c’est qu’elle s’appuie sur la liberté, la démocratie et la pluralité :
La liberté d’entreprendre : rien ne doit freiner la créativité des forces vives de la nation, nous sommes tous à leur service pour la grande bataille de l’emploi,
La démocratie comme étant le système qui permet le meilleur épanouissement du consommateur. On ne consomme bien qu’avec une certaine dose de liberté et une grosse dose de manipulation et de propagande,
La pluralité sous la forme de la libre concurrence.
Le capitalisme démarre avec un principe intéressant : casser le principe du monopole. Mais le monopole se reconstruit : au monopole d’état se substitue le monopole financier. Permettre au consommateur d’avoir le choix, mais la comparaison n’est déjà plus possible et l’offre diminue de plus en plus, au rythme des OPA. Les fusions succèdent aux restructurations qui succèdent aux délocalisations qui succèdent aux faillites. L’entreprise devient un être social assez éthéré, qui n’a plus de consistance. Tout a été fait pour casser le lien affectif entre l’ouvrier et l’entreprise. Maintenant les ouvriers n’ont plus de conscience de classe, tout est éclaté. Le contrat travail avec le RMA, les CDD, les CDDI, les CDI qui bientôt n’existeront plus est rompu depuis longtemps. Le dernier lien fort à l’entreprise, le dernier grand engagement de l’entreprise va disparaître. Les seuls qui le respectent encore sont les salariés. Le lien n’est plus porteur de sens, de confiance : les délocalisations sont possibles à n’importe quel moment. On peut se réveiller et découvrir son lieu de travail vidé de toutes ses machines. L’entreprise n’est plus responsable de ses actes : elle est au-dessus des lois. Elle s’appuie sur les lois, voir même elle arrive à les modifier et cela de plus en plus via tous les groupes de pression qui construisent la politique de l’OMC, mais elle ne respecte pas ces lois et se permet de tuer chaque jour du fait de son mépris de êtres humains et de règles de sécurité, de polluer tous les jours et certains jours plus que d’autres du fait de son mépris de l’environnement, de voler chaque jour.
C’est l’entreprise qui dicte sa loi au monde. Et l’entreprise nous sussurre à l’oreille, comme pour nous endormir : ma loi ne sera bonne que si elle règne sur la terre entière, d’une manière uniforme. Alors l’harmonie adviendra.
Mais non, je ne délire pas, que nous dit l’OMC : la mondialisation a des défauts précisément parce qu’elle n’est pas totale et précisément ces défauts disparaîtront avec une globalisation totale. Mais n’est-ce point là le décor d’une dictature, d’une société totalitaire : le même ordre économique partout pour tout le monde et l’ordre économique dicte sa loi à l’ordre politico-juridico-médiatico-culturo-religieux.
Mais quel est le rêve de l’entreprise, quel est le rêve de cette machine qui s’est affranchie du contrôle des êtres humains, qui est devenue incontrôlable, toute puissante, autonome, secrétant elle-même son venin quotidien. Tout posséder ? Que deviendra l’entreprise quand elle possédera tout, quand tout sera à elle ? Cela semble délirant mais la direction est prise et si l’on pousse plus loin la logique du système, on va de plus en plus vers une robotisation de l’humanité, vers une normalisation de l’être humain. La manipulation va augmenter pour éliminer la part d’incertitude propre à l’être humain : toute rationaliser pour rationaliser la consommation donc la production.
Mais quel est le sens profond de cette démarche inutile, irrespectueuse, suicidaire, etc.... Pourquoi tout ce gâchis. Pour échapper au hasard, à tout ce qui est incontrôlable. L’entreprise a pour grand dessein de supprimer le hasard du monde et seul un état totalitaire peut détruire le hasard.
Comment interpréter autrement la relation de la mondialisation vis-à-vis de la nature et des sciences qui s’en occupent. Les OGM ainsi que les brevets ont pour but final de faire disparaître la première nature, celle dont nous sommes issus pour élaborer une nouvelle nature, maîtrisée génétiquement.
L’entreprise a horreur du vide. Toutes les procédures iso... en témoignent. Elles n’existent pas tant pour le client ou pour le produit, mais plutôt pour éliminer le hasard de la procédure industrielle ou de service. C’est donc dans ce sens que l’individu se robotise : la créativité de l’être humain est de moins en moins nécessaire et sera bientôt déclarer comme une qualité, une compétence nuisible.
Et c’est pour toutes ces raisons que je ne crois plus à la phrase « d’autres mondes sont possibles » parce que je ne crois pas qu’il y ait des solutions viables avec le système mondialiste : il n’y aura jamais de mondialisation à visage humain.
Il y a quelques années, au début du règne mitterrandien, on parlait facilement de l’entreprise citoyenne. Et pendant ces années bénies, ces monstres froids se sont développés tranquillement, à l’abri des regards : tapis rouge, Monsieur le Directeur.
L’intermède a été suffisant pour détourner l’attention et donner à voir un masque qui est tombé parce qu’il n’est plus nécessaire désormais. Le fruit est mûr : il faut maintenant le ramasser pour le croquer.
Le jus coule de ses lèvres, rouge vermeil : il a la couleur du sang. Et l’on revient au tableau de Goya : Ouranos dévorant ses fils. L’humanité a muté et est en train d’élaborer dans ses entrailles un monstre capable de dévorer ses enfants.
De quelles preuves a-t-on besoin ? Seul ce fait ( que des enfants donc nos enfants meurent de faim, de malnutrition ou sont condamnés aux travaux forcés, à la prostitution, à l’abandon) permet de comprendre que le monstre est lâché et qu’il a faim. Et cela ne suffit pas : l’être humain, avec une bonne dose de manipulations politico médiatiques établit des frontières et détruit la fraternité au nom de la nationalité.
Au jeu de la consommation, nous avons perdu la fraternité, l’égalité et la liberté.
La liberté ne fonctionne pas comme l’amour. C’est une denrée rare et elle dépend des autres. En effet, il faut la partager. Le sens de la justice est contenu dans ces quatre mots : partage de la liberté. La justice doit veiller à un partage équitable de la liberté et c’est à la politique que revient le devoir du partage des richesses (quelque soit ce partage, égal ou inégal).
C’est pourquoi j’associe la liberté illimitée des multinationales et, de plus en plus, des hommes politiques, à l’augmentation de la répression et donc des privations de liberté du peuple. L’abus de liberté est à ce point terrible qu’il conduit toujours à une privation de liberté pour l’Autre.
Dans toute société qui construit des nouvelles prisons et qui les remplit et qui est même capable de prévoir une hausse du taux de remplissage, la question a se poser est : quels sont les puissants qui ont abusé de liberté à tel point qu’il faille programmer une hausse de la répression pour les années à venir ?
La liberté est directement reliée à la notion de limite. La phrase la plus utilisée reste : « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Cette pensée induit en erreur car la présence de l’Autre est comprise comme réelle. Autrement dit, si l’Autre n’est pas là, ma liberté est illimitée : pas vu, pas pris. Cette erreur conceptuelle est entretenue par l’idéologie libérale mondialiste.
En effet, celle-ci a mis à la proue de son croiseur la liberté d’entreprendre. L’objectif avoué de l’OMC et de tous les lobbys qui la nourrissent est d’éliminer toutes les entraves au commerce. Autrement dit, en langage de psychopathe, « dégages de ma route ou je t’écrase ». L’OMC ne peut pas supporter l’idée d’une quelconque limite : un règlement, c’est quelques points en moins de croissance.
On est là dans le sublime de l’idéologie libérale, dans les sphères où la réflexion n’a pas droit de cité. Nous sommes dans le royaume de l’incantation, de l’innommable : on pourrait même parler d’une religion libérale dont le dogme principal, la clé de voûte, est la croissance.
Le discours religieux s’appuie sur la croyance et c’est peut-être là que réside notre erreur : nous avons combattu un discours religieux avec les armes de la raison. Nous lui permettons chaque fois, avec nos arguments, de changer d’apparence : il se sert de nos revendications pour remodeler son masque et garder le pouvoir (le masque actuel est celui du développement durable).
Pour être convaincu du côté incantatoire de la chose, il suffit d’écouter la réaction de la plupart des hommes politiques, droite ou gauche confondues, face au refus du peuple d’accepter les Réformes : « Nous n’avons pas été assez pédagogues ». Cette prise de position est un déni de la démocratie, donc de la liberté de penser : il n’y a pas d’autres solutions, on ne peut pas en discuter.
C’est donc un dogme. La religion libérale collectionne les dogmes. Il y a, par exemple, celui du tout ou rien : la mondialisation a des effets négatifs en ce moment, parce qu’elle n’est pas totale. Le jour où aucun territoire n’échappera à son emprise, alors elle deviendra bonne pour l’être humain. AMEN !!!!
Mais si les hommes politiques sont devenus les prêtres de cette religion moderne, si les médias en sont les principaux relais auprès de la société civile, il reste que les citoyens consommateurs vont à la messe : l’église mondialiste leur dit de consommer et ils consomment. Le discours religieux a propagé dans la société une fausse causalité : optimisme/ consommation/ croissance/ emploi/ liberté/ optimisme/ consommation/ croissance/ emploi/ liberté.
Cette causalité découple la liberté de la limite. La limite devient contrainte, la cotisation devient charge, le service public devient déficit public, l’enrichissement illimité devient liberté.
Cette causalité enchaîne la liberté et la croissance, à la consommation sans limite, sans respect. Elle masque l’autre causalité, celle qui inscrit nos actes dans le grand livre d’Histoire de l’humanité, celle qui nous rend sujet, donc responsable, celle qui établit clairement le lien entre destruction , violence et croissance, celle qui relie prix bas à des conditions de travail et de vie catastrophiques, voire mortelles.
En découplant liberté et limite, la religion libérale nous propose un monde virtuel où la liberté est en quantité illimitée mais reliée au CAC 40 : quand le CAC progresse, ma liberté augmente. Le joueur, le flambeur, l’arnaqueur devient le héros, le messie de notre société.
Mais ces messies, voire ces Messiers, fonctionnent comme des pompes à liberté. Au plus les multinationales seront au-dessus des lois humaines, au plus les hommes politiques seront au-dessus des lois humaines, au plus le peuple sera en prison. Il y a la prison réelle, mais aussi la prison sociale (pauvreté, solitude, chômage, drogue, etc..).