Le 7 novembre, le Collectif des "faucheurs volontaires" tenait sa première assemblée générale, à Toulouse.
A l’occasion de la clôture de la campagne de fauchages d’essais d’OGM en plein champ qui les a occupés tout au long de l’été, et à la veille du premier procès intenté contre neuf d’entre eux devant le tribunal correctionnel de Toulouse, les "faucheurs volontaires" ont tenu, le 7 novembre, leur première assemblée générale. Environ cinq cents "faucheurs", venus de toute la France, ont convergé vers la Ville Rose pour faire le point, mais surtout pour dégager des perspectives d’avenir et structurer le Collectif.
La réunion débute par le bilan des opérations menées tout au long de l’été. Les organisateurs locaux de ces fauchages se succèdent à la tribune pour un rappel des faits et une analyse des résultats. Ils dressent un bilan globalement positif : les deux premières actions (en Haute-Garonne le 25 juillet, dans le Puy-de-Dôme et dans le Loiret le 14 août) ont réussi ; quant aux deux dernières (dans le Gers le 5 septembre, dans la Vienne le 25 septembre), si elles ont échoué face à l’hallucinante répression policière (80 blessés, la plupart par éclats de grenades), elles ont cependant bien démontré la compromission des pouvoirs publics avec les firmes semencières, au dépend du débat démocratique et de la santé publique.
En ce qui concerne les procès, la situation évolue. Si neuf "faucheurs" sont toujours convoqués devant le tribunal de Toulouse le lendemain et trois devant le tribunal de Riom le 14 décembre, ce sont maintenant vingt-sept "faucheurs" (et non plus deux) qui devront passer devant le tribunal d’Orléans le 19 janvier. Une nouvelle saluée par une salve d’applaudissements...
Des informations générales sont ensuite données. La première surprend l’assistance et provoque un tonnerre de sifflets : les essais en plein champ de la Vienne, cibles de l’opération du 25 septembre, étaient illégaux. La procédure administrative pour leur autorisation n’avait pas été respectée. Ce qui signifie que l’Etat, garant du respect du droit, ne s’est pas contenté de protéger des expérimentations illégales, mais a encore fait agresser par ses forces de l’ordre des citoyens venus faire son travail !
La seconde information porte sur l’offensive juridique désormais engagée au niveau de l’administration municipale. On compte aujourd’hui environ deux mille ( !) communes dont les maires ont pris des arrêtés "anti-OGM" pour protéger les cultures traditionnelles et "bio" sur leurs territoires. Or, ces arrêtés sont attaqués par les préfets et cassés par les tribunaux administratifs (ce qui donne au passage une idée de la conception que l’Etat se fait de la décentralisation et de la démocratie). Mais de nouveaux modèles d’arrêtés viennent d’être mis au point par des juristes-"faucheurs", très précis et beaucoup plus difficilement "cassables" par les tribunaux. Par ailleurs, lorsqu’un maire contacte le Collectif au sujet de ces modèles, l’organisation d’une réunion publique d’information lui est proposée, avec intervention d’un paysan, d’un juriste et d’un scientifique, tous "anti-OGM". Car en effet, comme le martèle à la tribune l’un des intervenants, face à la propagande des "pro-OGM", « il ne faut pas se contenter de faucher les essais en plein champ, il faut aussi faucher les mensonges. »
La troisième information porte sur l’offensive parlementaire. Depuis le début, de nombreux élus Verts (maires, conseillers généraux, conseillers régionaux, députés, sénateurs, députés européens) soutiennent et participent activement aux actions des "faucheurs". Le groupe des Verts à l’Assemblée Nationale vient ainsi de demander, face à l’impossibilité d’obtenir un débat dans l’hémicycle, la création d’une enquête parlementaire sur les OGM. A cette demande, le président de l’Assemblée a proposé celle d’une mission d’information. Mais quand on sait que celle-ci sera dirigée par des parlementaires ouvertement "pro-OGM", il y a lieu d’être circonspect. Une circonspection accentuée par l’annonce de la préparation d’un projet de loi sur les OGM pour fin 2005... soit avant la fin des travaux de la mission d’information. A quoi va-t-elle donc servir et, par conséquent, comment et par qui ce projet de loi va-t-il être élaboré ?
La première partie de l’après-midi est consacrée à la réflexion sur la campagne d’actions hivernales. Ce n’est pas parce que les essais s’arrêtent en hiver que le mouvement doit en faire autant ! Il reste en effet beaucoup de travail à faire, principalement en deux directions. La première est celle de la communication et de l’information, tant en direction des paysans que des consommateurs. En ce qui concerne les paysans, le grand danger des essais d’OGM en plein champ, outre celui de la pollinisation, est de faire homologuer à terme, par un passage en force, des variétés transgéniques au catalogue des semences, donc de les rendre commercialisables, donc "plantables" par des agriculteurs peu regardants. On se trouverait alors face au fait accompli, même si l’innocuité des OGM n’est toujours pas démontrée. En ce qui concerne les consommateurs, des opérations sont prévues en direction des supermarchés pour les informer au sujet de l’alimentation humaine (les produits contenant des OGM en portent désormais mention sur l’étiquetage... mais un étiquetage n’est pas une mesure de sécurité sanitaire) et de l’alimentation animale (les produits issus d’animaux ayant consommé des OGM ne sont pas étiquetés comme tels), cela afin de décourager les ventes de produits OGM, seul argument auquel les industriels de l’alimentation sont sensibles. Le but est à la fois d’empêcher la culture des OGM en France par la disparition d’un débouché commercial suffisant, et d’en empêcher aussi les importations.
La seconde direction consiste justement à s’attaquer aux importations d’OGM, surtout en provenance du continent nord-américain (Etats-Unis, Canada). Des actions sont prévues en directions des ports où arrivent les bateaux. Et dans le même ordre d’idée, partant du constat que si leurs actions entravent sérieusement l’invasion des OGM en France, c’est loin d’être le cas dans d’autres pays, les "faucheurs" envisagent d’aller aussi faucher, l’été prochain, à l’étranger (1).
Ce programme, chargé, est néanmoins loin de décourager les "faucheurs". Ils le montrent en fin de journée, en répondant favorablement, et surtout concrètement, à la demande des "faucheurs" millavo-larzaciens, qui ne souhaitent pas, pour respecter une démocratie élémentaire, continuer à centraliser les prises de décision : dès leur proposition de structurer le Collectif au niveau régional, les "faucheurs" de toute la France se lèvent et se regroupent par territoires. Une fois les collectifs "Midi-Pyrénées", "Rhône-Alpes", "Nord-Pas-de Calais", "Bretagne", "Pays de Loire", "Centre", "Aquitaine", "Gard" et "Drôme" constitués (en attendant les autres), les "faucheurs" se séparent... jusqu’au lendemain matin. Rendez-vous est fixé devant le tribunal correctionnel de Toulouse, pour soutenir les neuf premiers inculpés. Ils ne savent pas encore qu’ils vont vivre une journée historique.