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Un G8 pathétique

Voici le texte du communiqué publié par la coalition "2005, plus d’excuses !" après le G8.

« Afrique et développement : le G8 passe à côté !

La "coalition 2005, plus d’excuses !" qualifie le Sommet de Gleneagles de "rendez-vous manqué pour l’Afrique et les objectifs du millénaire". « Rarement les questions de lutte contre la pauvreté n’auront été à ce point au cœur des discussions du G8. Malheureusement, en se contentant de demi-mesures, les huit chefs d’Etat viennent de manquer une opportunité sans précédent de marquer un tournant historique dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités mondiales » explique Michel Roy, membre de la coalition française "2005, plus d’excuses !". Si la mobilisation citoyenne sans précédent dans le cadre de l’action mondiale contre la pauvreté a permis sans aucun doute d’obtenir quelques avancées (augmentation de l’aide européenne, acceptation du principe d’annulation de 100% du stock de la dette multilatérale), ces progrès sont encore loin de constituer une réponse adéquate au défi que représente l’éradication de la pauvreté à travers le monde. Concernant les promesses d’aides supplémentaires, Nicolas Guihard de la coalition "2005, plus d’excuses !" précise : « les Nations Unies ont été très claires sur la nécessité de débloquer 50 milliards de dollars d’aide additionnelle dès maintenant pour espérer atteindre les Objectifs du Millénaire. Atteindre ce chiffre en 2010 est une perspective beaucoup trop lointaine. Si cet accord du G8 permettra sans aucun doute de sauver des vies, les estimations de l’action mondiale contre la pauvreté rappellent qu’en 2010, 37.000 personnes continueront de mourir chaque jour du fait de l’extrême pauvreté. Les pays donateurs doivent dès aujourd’hui passer à la vitesse supérieure ». Sur l’annulation de la dette, Michel Roy ajoute qu’« en acceptant d’annuler 100% du stock de la dette multilatérale de 18 pays, les membres du G8 reconnaissent enfin tacitement leur responsabilité dans l’endettement non maîtrisé des pays du sud. Mais cet accord reste toutefois limité à un nombre trop restreint de pays et doit être élargi. » Concernant la mise en place de règles commerciales plus justes, les pays du G8 ont une nouvelle fois manqué une occasion de faire un pas décisif. La coalition française "2005 : plus d’excuses !" a jusqu’au bout espéré un accord sur la suppression des subventions aux exportations agricoles et la reconnaissance du droit des pays les plus pauvres à protéger leur marché, elle regrette vivement leur manque d’engagement. Enfin, la coalition "2005, plus d’excuses !" regrette vivement que sur le sujet de la lutte anti-corruption, les pays du G8 se soient totalement abstenus de mentionner la nécessité de lever le secret bancaire et de contrôler les centres off-shore, qui constituent un maillon clé de la chaîne de la corruption. Dans la perspective du Sommet du Millénaire de début septembre à New York, la coalition "2005, plus d’excuses !" reste fortement mobilisée. Elle invite les pays riches à corriger le tir afin que ce rendez-vous de septembre soit un succès pour les populations les plus pauvres. Coalition "2005, plus d’excuses !" »

Voilà pour le langage diplomatique. Ce qu’il faut retenir, c’est que :
-  l’annonce du déblocage de 50 milliards de dollars en faveur des pays pauvres est une fumisterie : ils comprennent les 15 milliards déjà annoncés au sommet de Monterrey (en 2002 !) et jamais débloqués, et 10 autres sont dus uniquement à l’augmentation du PIB des pays riches (il ne s’agit donc pas d’un nouvel effort de leur part) ;
-  il ne s’agit que d’une déclaration d’intention, dont la formulation est, à dessein, pour le moins floue (avec des formules telles que « dans le mesure du possible », « dans des délais crédibles », sans jamais les définir avec exactitude), quand ce n’est pas contradictoire (exemple : on dit d’un côté, « les pays du Sud doivent pouvoir décider [de leur politiques] » ; et d’un autre, « il faut sauvegarder un climat favorable à l’investissement », sous-entendu « favorable aux intérêts des pays riches », qui ne peuvent être qu’incompatibles avec ceux des pays pauvres) ;
-  les questions relatives à l’instauration d’un commerce international équitable, dont il n’a pas été question au G8 ( !) sont visiblement renvoyées au prochain sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce de décembre à Hong-Kong, une OMC bien connue pour son iniquité...
-  enfin, cet échec (voulu) du sommet du G8 quant à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, hypothèque d’avance le sommet des Nations Unies de septembre : les pays riches se sont exprimés, les pays pauvres ne pourront que commenter...

On est donc très loin de ce que Bob Geldof, mais aussi la coalition anglaise Make poverty history (la consœur de 2005, plus d’excuses !) ont qualifié de « jour historique » ! Il y a encore du travail à faire ? Bah oui. Mais on continue...

Gilles Gesson, 3 août 2005