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Ecoles à vendre made in England ?

Dans le monde entier, le marché de l’enseignement devrait rapporter des billions et la Grande-Bretagne espère profiter d’une importante part du gâteau. Aussi les expériences vont-elles bon train : les modèles de privatisation totale ou partielle les plus divers sont en train d’être expérimentés parallèlement dans les écoles.

Trouvé sur le site de l’Observatoire Antilibéral de l’Education http://www.oale.org/

Des missions qui relevaient jusqu’ici d’instances élues sont effectuées aujourd’hui par des entreprises privées moyennant finances. A titre d’exemples, mentionnons l’inspection des écoles, le payement des salaires des enseignants, les caisses de pensions, les projets de construction de bâtiments scolaires, autant d’activités très rentables. Mais les entreprises d’autres secteurs cherchent à s’approprier une part du gâteau car le marché promet de juteux bénéfices. Une nouvelle clientèle : les enfants.

De nombreuses firmes souhaitent faire des élèves en scolarité obligatoire leurs nouveaux clients. Les banques de données des écoles constituent une source idéale. Ainsi l’orientation, qui était auparavant l’affaire des autorités scolaires, a été reprise petit à petit par une agence privée appelée Connexions. Une fois qu’ils y sont enregistrés, les enfants reçoivent une carte qui leur vaut des points chaque fois qu’ils se présentent à l’agence. Ces points finissent par leur valoir des remises sur les produits offerts par Connexions sur Internet. Leurs habitudes de consommateurs sont communiquées aux partenaires commerciaux de l’agence.

Comme le supplément éducation du Times l’a rapporté l’année dernière, différentes entreprises sont très désireuses d’attirer ainsi une clientèle qu’il est difficile de toucher autrement. Ainsi, McDonald’s et Play Station Magazine ont demandé à l’agence de leur dire comment les jeunes voient leur avenir.

On achète les opinions. Autre exemple : l’institution gouvernementale Scottish Enterprise a distribué dans les écoles 20 000 exemplaires de la revue Biotechnology and you en la présentant comme un guide permettant aux enseignants d’expliquer aux élèves la complexité scientifique de la question des céréales génétiquement modifiées.

Mais Scottish Enterprise a « oublié » de préciser que l’institut de biotechnologie qui publie le magazine est parrainé par Monsanto, Novartis, Pfizer et Rhône-Poulenc. La revue - qui s’en étonnera ? - ne cesse de répéter l’assertion de Monsanto selon laquelle l’herbicide le plus vendu est moins nuisible que le sel de table. En outre, Biotechnology and you attaque l’agriculture biologique et prétend qu’il est immoral de ne pas produire de céréales génétiquement modifiées.

Ainsi, la privatisation des écoles permet de faire d’une pierre deux coups : on vend les écoles et l’enseignement et on s’insinue auprès d’une nouvelle catégorie de consommateurs, les enfants. Comment on évite les oppositions On pourrait penser que tout cela a suscité chez les parents anglais des protestations publiques, mais malheureusement, il ne s’est rien passé jusqu’ici car l’évolution est insidieuse et assez difficile à percevoir. On n’informe pas les citoyens sur les objectifs visés de peur de rencontrer une opposition. Si on le faisait, la réaction naturelle serait l’indignation et les protestations. Personne ne pourrait honnêtement accepter que les élèves et leur instruction deviennent une marchandise.

A l’avenir, l’éducation de nos enfants va être cotée en Bourse, comme le pétrole. La privatisation des écoles n’a pas pour but d’améliorer le niveau d’instruction général et les chances professionnelles des jeunes, mais de permettre aux entreprises de réaliser des profits et au gouvernement d’accroître le volume d’exportations du pays et de gagner des voix aux élections. Ce qui se passe en Angleterre commence à se faire jour également chez nous.

Il n’est donc pas absurde de se demander si, par exemple, on souhaite que sa commune s’adresse à une entreprise anglaise pour réaliser une école.. Nous avons encore la possibilité de nous opposer à cette évolution néfaste et antidémocratique. Nous pouvons encore dire « non » aux responsables de l’instruction publique qui se sentent liés à l’économie plutôt qu’aux citoyens qui les ont élus.

Source : The Guardian du 8 janvier 2002

Article rédigé par Eliane Gautschi

Sarah, 4 août 2003