21h 30 environs sur le plateau du Larzac. Comme de nombreux autres, je finis de traverser l’autoroute pour pénétrer sur l’aire faisant face à la grande scène Larzac en vue du grand concert nocturne. Quelques centaines de mètres en surplomb de celle-ci et près d’un accès réglementé aux véhicules autorisés, je me trouve face à une automobile genre "Espace" arrêtée. A l ’intérieur : Guy Bedos. On a soudain plombé notre rassemblement.
Quel ne fût pas mon étonnement puis ma colère d’assister, impuissant, entre une intervention de Lori Wallach et d’Annick Coupé, à cet odieux exercice de démagogie virtuose asséné au cours d’une dizaine de minutes sur la grande scène par un Guy Bedos si complaisamment fraternel avec son "ami José".
A ce niveau là d’incongruité (sinon d’incohérence) pour un rassemblement jusqu’ici irréprochable au niveau des intervenants, il n’aurait pas été surprenant de voir le "bouffon" accompagné de son "ami Thierry Ardisson", au moment où celui-ci nous a énumeré la longue série de noms propres débités sous forme d’insultes, via un crescendo savamment dosé et logiquement amené à susciter l’approbation enthousiaste du public ( "Médef", Charles Pasqua", "Jean-Marie Messier", "Jacques Chirac". Tiens, pas de ’Lionel Jospin’ ou encore de Thierry Ardisson" dans sa litanie, curieux).
Dès l’après-midi un certain nombre de personnes avaient décidé de démonter le stand du PS, installé près du chapiteau "Gènes". Moment d’intense jubilation. J’ai prié pour que ces mêmes gens interviennent sur scène pour "démonter" à son tour "l’armature" de ce faux ami sur une scène publique, où venaient de s’exprimer, parce qu’elles s’y trouvaient À LEUR PLACE, de vrais combattantes : Annick Coupé (visiblement émue), ou encore Lori Wallach ("Ce soir, nous allons, chanter, danser, mais nous devons aussi travailler !" ).
L’anomalie incarnée par la présence de Bedos m’est soudainement apparue comme particulièrement symptômatique de l’effort indispensable à fournir pour travailler inlassablement à l’élaboration des véritables conditions de possibilité d’une autonomie véritable pour un mouvement de critique sociale radicale, telle que le rassemblement 2003 a pu à certains moments l’incarner au cours de certains forums. Dans la mesure où des individus comme Bedos ( je n’ai rien contre l’homme à la limite mais plutôt à la position et aux propriétés qui le caractérisent), se trouvent encore justifiés d’apparaître au sein de ces manifestations (par qui et au nom de quoi ou de quelle idée d’une alternative au néo libéralisme ?), les positions et les prises de positions des uns et des autres, aussi légitimes soient- elles, seront toujours susceptibles d’apparaître comme fondamentalement ambivalentes sinon ambigûes.
Les ennemis symboliques (les médias de révérence, les politiques d’extrême droite à visage humain façon Sarkozy et consorts) sont aujourd’hui passés maîtres dans la récupération de la contestation : ne leur donnons pas, en plus, le bâton pour nous faire battre.
Jacques.