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Le risque nucléaire et la santé

mercredi 1er juillet 2009

L’énergie nucléaire, avec son développement extrêmement rapide depuis une dizaine d’années (ce texte de 1981 est toujours d’actualité presque 30 ans plus tard !), se place bien dans la logique et l’idéologie industrielles de notre société. Elle présente cependant quelques originalités dont la principale est le danger énorme qu’elle fait courir aux populations. Ce danger apparaît immédiatement avec la mise en place des installations nucléaires. Il a fallu un long développement de l’industrie chimique pour aboutir à Sévéso. La première grande catastrophe nucléaire a eu lieu en 1958 en Union Soviétique, à Kyshtym, dans l’Oural, dans un centre de stockage de déchets radioactifs : évacuation d’une région de 50 km sur 100 km. La censure soviétique et la complicité de tous les états occidentaux ont permis de camoufler l’événement pendant vingt ans.

Le bilan de l’effet sur la population du fonctionnement " normal " des installations nucléaires, bien qu’il ne soit que très partiellement fait, montre que le nombre de cancers déjà produits n’est probablement pas négligeable, alors les l’industrie nucléaire n’a qu’une trentaine d’années et que les précautions prises ont été plus importantes que ce qui se pratique habituellement dans une industrie jeune. L’électricité d’origine nucléaire ne représente actuellement qu’une faible partie de l’énergie consommée et on a déjà envisagé l’évacuation de centaines de milliers de personnes (Harrisburg). Des plans d’évacuation doivent être mis en place. Plus exactement, on laisse croire aux populations inquiètes que de tels plans existent et les protègent efficacement. Les plans ORSEC-RAD ont plus un effet incantatoire qu’une réelle efficacité opérationnelle si l’on en juge par ce qui a été officiellement publié jusqu’à présent.

C’est l’existence de ce danger bien plus que les considérations économiques qui caractérise la société nucléaire. Les investissements énormes nécessités par l’énergie nucléaire en résultent pour une grande part.

La prise de conscience du danger nucléaire par une partie importante de la population est assez récente. Contrairement à ce qui est constamment affirmé par les promoteurs de l’énergie nucléaire, la conscience de ce danger ne provient pas des traumatismes psychologiques laissés par les explosions d’Hiroshima et de Nagasaki, premières manifestations publiques de cette énergie nouvelle. Bien au contraire, elles furent suivies, dans la presse, par un véritable hymne à la science. Cette situation dura plusieurs années. Les essais de bombes étaient l’objet de commentaires enthousiastes au point que Bikini, cette île du Pacifique où les américains expérimentèrent des bombes atomiques, désigna les maillots de bain des pin-up, ce qui n’a rien de traumatisant. Lorsque la guerre froide Est-Ouest succéda à l’euphorie de l’après guerre, le danger des bombes nucléaires apparut, mais toutes les manifestations contre ces bombes s’accompagnèrent d’un hymne à l’énergie nucléaire pacifique présentée comme totalement sans danger par opposition aux désastres des explosions. " L’atome pacifique " faisait partie de tous les slogans de l’opposition aux bombes atomiques.

La critique de l’énergie nucléaire n’est vieille que de quelques années, bien que l’utilisation de cette énergie ait été envisagée dès les années 50 (création de la Commission Gouvernementale PEON : " Production d’Energie d’Origine Nucléaire "). Les plans de l’EDF pour la nucléarisation de l’énergie n’ont jamais été tenus secrets avant leur large diffusion par le Ministère de l’Industrie en 1974.

L’opposition antinucléaire et la réflexion collective qui l’accompagne généralement se sont, à l’origine, développées totalement en dehors des institutions démocratiques. Les manifestations antinucléaires au début des années 70 furent extrêmement marginales et se déroulèrent dans l’indifférence totale des média, des syndicats et des partis politiques. Les gouvernements occidentaux n’ont jamais censuré les journaux pour des articles critiques sur l’énergie nucléaire. Si, en France, le gouvernement a empêché certains débats à la télévision il y a quelques années, c’est finalement avec l’accord tacite des journaux et des partis politiques. Les Etats n’ont pas exercé de violence contre les institutions démocratiques pour empêcher que le débat ait lieu et s’il n’a pas eu lieu avant que la décision de développement industriel ait été prise, c’est que nos institutions démocratiques, les élus locaux et nationaux, les journaux, les partis politiques, les syndicats, les institutions scientifiques, médicales, etc... n’ont pas jugé ce débat nécessaire. Ce n’est qu’à partir de 1975, après de très fortes réactions de la population dans certaines régions (Bretagne et Alsace) que la CFDT et des groupes de scientifiques (appel des 400) participèrent aux débats.

Si, actuellement, certains syndicats, partis ou élus s’engagent dans le débat critique et l’opposition antinucléaire, c’est peut-être que la situation qui se prépare en ce moment est encore pire que ce que les groupes marginaux prédisaient. L’affaire des fissures dans les tubulures des cuves de réacteur ainsi que la perte totale de courant électrique au centre de retraitement des combustibles irradiés de La Hague sont là pour le confirmer.

Il aurait pu être tentant d’aborder la critique de l’énergie nucléaire par l’économie. Notre société a-t-elle ou non besoin d’énergie nucléaire ? Pourrait-on la remplacer par des énergies alternatives ? Les ressources en uranium seront-elles suffisantes pour assurer des programmes industriels à long terme ? Les coûts de production seront-ils réellement ce qu’on affirme chez les officiels ? Comment évoluera le prix du retraitement et par conséquent celui du plutonium ? A qui profitent les investissements nucléaires ? Quel est le rôle des programmes nucléaires dans le redéploiement d’une économie capitaliste en crise ?...

Ces problèmes sont loin d’être négligeables, mais ils ne recouvrent pas l’essentiel de l’énergie nucléaire. Bien souvent ils sont évoqués pour masquer ce qui est le plus important et qui conditionne en majeure partie tous les autres aspects : les dangers du nucléaire. Il est vrai qu’il est bien moins angoissant, que l’on soit pro ou anti, de parler en termes économiques. Toute question relative à l’industrie nucléaire n’a strictement aucun sens si elle n’est pas abordée à partir des dangers, des risques. La contamination par les déchets, les catastrophes nucléaires, les nécessités sociales qu’impliquent les dangers devraient avoir des impacts sur nos sociétés bien plus profonds que les crises économiques ou la faillite financière de certaines institutions étatiques ou privées qui auraient fait un mauvais choix en adoptant l’industrie nucléaire. C’est à partir de l’analyse des dangers possibles et des niveaux de risques que l’on est prêt à accepter et à assumer que l’on peut dire si l’énergie nucléaire est acceptable ou non. Les coûts financiers de cette énergie sont finalement secondaires, même si l’on en voit rapidement les conséquences. Les femmes enceintes autour de Three Mile Island n’ont probablement pas pensé au prix de l’électricité ou à la nécessité d’assurer une certaine production d’énergie lorsque les " responsables " de leur sécurité (et aussi de l’accident) discutaient pour savoir s’il fallait ou non les évacuer. Les populations vivant auprès des installations nucléaires raisonneraient-elles en termes économiques si elles réalisaient la signification réelle de la récente recommandation des experts officiels américains de ne pas implanter de centrales nucléaires à moins de 16 km de zones fortement peuplées ?

Le risque dans l’industrie nucléaire

A la base de la sûreté nucléaire il y a la notion de risque. Ce mot apparaît constamment dans les débats, aussi bien dans les questions que pose la population que dans les réponses des spécialistes de la sûreté. Mais s’agit-il de la même chose dans les deux cas ? Pour les promoteurs du nucléaire, le risque, c’est tout simplement la probabilité de réalisation d’un événement, c’est-à-dire la fréquence de son apparition pour une certaine durée de l’exploitation d’une installation nucléaire. Ce risque, les spécialistes le caractérisent par un nombre généralement extrêmement petit, donc rassurant. Les événements envisagés ne sont évidemment pas quelconques, mais si, dans les rapports de sûreté, les séquences du déroulement de l’événement pris en compte sont décrites en détail, les conséquences ne sont jamais évoquées, même vaguement. Et pourtant, ce sont ces conséquences qui sont à la base du choix des événements étudiés. Le risque étant pour les spécialistes une simple probabilité, le nombre qui le représente est strictement indépendant des conséquences produites par l’événement s’il se réalise. Pour les promoteurs du nucléaire, la description des conséquences d’un accident relève de la subjectivité et de l’angoisse collective de populations infantiles.

Comment le mot risque est-il généralement perçu ? Dans ce mot, le langage courant met à la fois la probabilité d’un événement dangereux et les conséquences possibles, en attachant d’ailleurs plus d’importance aux conséquences qu’aux probabilités. En simplifiant d’une façon mathématique cette notion, on pourrait dire dans le langage courant que le risque est le produit de la probabilité d’un événement par les dégâts qu’entraînerait la réalisation de cet événement. C’est ce que les mathématiciens appellent " l’espérance mathématique ". A probabilité égale, le risque est d’autant plus grand que les conséquences sont plus graves. C’est dans ce sens d’ailleurs que le mot risque est utilisé par les compagnies d’assurances, c’est le produit du taux de mortalité par le montant de la prime souscrite. Le bilan se fait en comparant ce risque aux gains obtenus par les contrats d’assurance.

Dans le langage courant, lorsque les conséquences d’un événement sont très graves, le mot risque n’inclut plus la probabilité de l’événement, dans la mesure où l’événement est possible, il ne tient compte que des conséquences. Populations et organismes de sûreté ne parlent pas de la même chose quand ils utilisent le mot risque.

Si les organismes de sûreté ou leurs délégués à la propagande répondent à une question en indiquant numériquement l’évaluation des risques, ce n’est certainement pas à la question que se pose la population. Il y a là un véritable abus de confiance, une escroquerie, car pour les spécialistes les deux notions que recouvre le mot risque sont parfaitement claires et distinctes.

Que pourrait faire un technocrate consciencieux pour évaluer " correctement " le risque ? Il n’est évidemment pas question pour lui de se contenter d’une évaluation qualitative. Il lui faut du quantitatif. Il lui faudra donc mesurer les dégâts possibles. Ceux-ci peuvent être très divers : des morts rapides, des morts à moyen terme (10 à 20 ans), des malformations génétiques sur plusieurs générations, un vieillissement prématuré, des territoires inutilisables pendant des temps très longs, des personnes déplacées, l’angoisse des populations avant l’accident, etc. Comment mesurer tous ces dommages avec la même unité ? Il ne reste qu’une seule issue à notre technocrate " consciencieux ", affecter à chacun de ces dégâts un " coût ", l’indemnité à payer pour contrebalancer le dommage. Evidemment en régime démocratique, ces coûts devraient être démocratiquement établis. Il y aurait de beaux jours pour des négociations paritaires gouvernement-syndicats pour établir les termes d’équations du genre :

Un enfant mongolien + de l’argent = un enfant non mongolien !

Il faudrait une sacrée dose de cynisme pour faire ouvertement cette évaluation quantitative du risque. Seule l’évaluation qualitative que les non-experts font a un sens. Mais il faut culpabiliser cette attitude, afin que l’angoisse n’apparaisse pas comme la seule mesure exacte du risque. A tout prix, les promoteurs du nucléaire ramèneront le débat sur le terrain tranquillisant des nombres. Quand nous voulons battre les technocrates du nucléaire sur leur propre terrain, nous essayons d’évaluer d’une façon plus explicite les dégâts possibles. Nous dépouillons des rapports bourrés de nombres réservés à des initiés, nous vérifions la cohérence des évaluation chiffrées, la validité des hypothèses mathématiques des calculs. Plongés dans les nombres, nous ne voyons pas la réalité morbide de notre démarche. Ces nombres que nous manipulons nous masquent les morts, les infirmes, les cancéreux, les leucémiques, les mongoliens, les régions dévastées qu’ils sont sensés représenter. Que notre société soit obligée de faire de tels dénombrements, de tels bilans pour appréhender son avenir, c’est assez effrayant. Mais ceci pour les technocrates n’est que le résultat de notre subjectivité angoissée. Les nombres qu’ils alignent les rassurent. Mais quelle valeur ont-ils ? Que représentent ces probabilités ?

La probabilité d’un événement peut être abordée de deux façons. La première est une estimation a priori de la fréquence d’apparition d’un événement. Pour effectuer cette estimation, il faut dénombrer et analyser tous les événements possibles. Si le système est simple, un jeu de cartes par exemple, il n’y a pas de difficultés. Si le système est compliqué, et l’industrie nucléaire est à coup sûr un des plus compliqués qu’on connaisse, ce n’est pas possible. L’analyse implique que l’on dispose d’un modèle et, pour le nucléaire, il est ridicule de vouloir en trouver un qui soit valable à l’échelle de la durée de vie des déchets (des centaines de milliers d’années), à l’échelle des toxicités des produits mis en oeuvre (des millionnièmes de grammes), à l’échelle de la complexité du matériel, sans parler du comportement humain (conception, contrôle, exploitation). Comment imaginer qu’on puisse avoir un modèle valable de la migration de produits rodioactifs dans la nature pendant des centaines, voire des centaines de milliers d’années ? Comment introduire le facteur humain dans la conception d’une installation nucléaire ? Comment modéliser le comportement, le pouvoir ou l’absence de pouvoir d’un contrôleur, son humeur, sa santé, sa fatigue, ses fantasmes, comment modéliser la pression hiérarchique qu’il subit ? Comment modéliser la panique ou le sang-froid dans le comportement des opérateurs au début d’un accident ? Comment modéliser le sabotage ? Comment introduire dans un modèle mathématique quantitatif ce technicien qui, ayant à contrôler la ventilation dans une galerie de câbles, mit le feu avec la bougie qui lui servait à vérifier le courant d’air ? Cet événement eut pourtant lieu dans la centrale américaine de Browns Ferry. La majeure partie des sécurités fut détruite laissant ainsi les exploitants sans moyen d’action au cas où le réacteur aurait présenté des anomalies de fonctionnement. Le calcul d’une probabilité a priori pour les accidents nucléaires n’a aucun sens, et pourtant c’est sur cette méthode qu’est fondée la sûreté nucléaire. C’est à partir de ces probabilités calculées que les experts déterminent l’accident maximal qui servira de référence pour dimensionner les installations et leurs systèmes de sécurité.

Reste la deuxième méthode, la méthode statistique. Elle consiste à observer le système et à enregistrer les événements quand ils se produisent afin d’obtenir expérimentalement la fréquence de leur apparition. Plus on dispose d’installations, plus on les observe sur un temps long et plus notre connaissance des probabilités est bonne. Plus exactement, il faudrait dire : moins on dispose d’installations, plus le temps d’observation est court et plus notre connaissance des probabilités est mauvaise. Quand on avance, pour un événement, une probabilité de 10-7 (un dixième de millionnième), il faudrait avoir observé bien plus d’un million d’installations identiques pendant plus de 10 ans pour avoir un taux de confiance suffisant. En décembre 1978, on trouvait, pour l’ensemble des pays, 74 réacteurs à eau légère d’une puissance nominale supérieure à 700 Mégawatts. La durée cumulée de fonctionnement, pour ces réacteurs, en négligeant les périodes de pannes ou d’entretien, était de 268 années. Dans ces conditions, toute probabilité annoncée inférieure à quelques pour mille et même au pour cent n’a aucune base statistique. La sûreté ne peut réellement être déterminée qu’après coup.

La sûreté du nucléaire, d’un point de vue probabiliste n’a strictement aucun sens. Quel est donc son véritable sens ? Il est totalement subjectif, malgré l’avalanche des chiffres dont les spécialistes nous submergent. La sûreté n’a de sens qu’à travers les croyances et les mythes du milieu technocratique et la confiance que la population peut avoir vis-à-vis de ce milieu.

Avant de quitter les probabilités, il faut mentionner un aspect assez curieux de la logique des experts promoteurs du nucléaire. Il s’agit de la notion d’impossible. Certains accidents particulièrement effrayants par leurs conséquences sont dits impossibles. Ceci justifie leur qualification de hors conditionnement : l’installation n’est pas dimensionnée ou conditionnée pour maintenir ces accidents dans des limites acceptables. En réalité, il s’agit là d’accidents pour lesquels, technologiquement (ou financièrement) il n’est pas possible de dimensionner l’installation, pour éviter des conséquences catastrophiques. Dans ces conditions, l’impossible est un concept bien commode. De quoi s’agit-il quand on nous parle d’un accident impossible ? C’est un accident physiquement possible, mais il n’a pas été possible pour les experts d’imaginer la séquence d’événements qui conduirait à sa réalisation. L’accident de Three Mile Island et le scénario du film " Le Syndrome Chinois " illustrent bien ce point [voir le Film part 1, part 2, 1h55 en Realvideo 33Kb]. La séquence accidentelle était officiellement impossible. Des cinéastes l’avaient imaginée car elle était physiquement possible. Dans la réalité et dans le film, la fusion totale du coeur du réacteur a été évitée de justesse. Il n’est pas difficile, sans être doué d’une imagination délirante, de bâtir des scénarios où cette fusion totale du coeur se produit [comme à Tchernobyl].

L’impossible des experts concerne donc un manque d’imagination et non pas l’événement. Là encore on voit que la logique technocratique aboutit à la plus pure des subjectivités.

Depuis quelque temps l’évaluation et la gestion du risque sont parmi les préoccupations des spécialistes. L’énergie nucléaire n’est plus sans risque comme on l’affirmait autrefois. Toute activité humaine comporte des risques dit-on. De nombreuses études sont financées pour évaluer les risques respectifs des divers moyens de produire de l’énergie. Les conclusions, on pouvait s’en douter, montrent que c’est encore l’énergie nucléaire la moins dangereuse. Il est certain que de nombreuses activités dans notre société comportent des risques pour la santé des populations et des travailleurs, mais il semble curieux, qu’après un siècle de développement industriel intensif à l’aide du charbon et du fuel, on voit soudain surgir la nécessité d’en étudier les risques énormes. Il paraît évident que la seule motivation de ces études est de répondre à une anxiété de plus en plus grande de la population vis-à-vis des accidents nucléaires. Il aurait été intéressant que ceux qui s’inquiètent maintenant des dégâts que les industries causent à la santé publique se soient penchés sur ces problèmes avant que les industriels aient brûlé une bonne partie des réserves mondiales de charbon et de fuel, sans contrôle sérieux de la part des responsables de la santé publique.

La mort statistique

Il y a, à propos des effets biologiques des faibles doses de rayonnement, un phénomène que nous avons du mal à percevoir car il implique une causalité de type statistique.

Lorsqu’un travailleur tombe d’un échafaudage assez haut, après la chute il sera mort ou tout au moins sérieusement abîmé. L’accident professionnel dans ces conditions est clair. Après l’accident de Sévéso les symptômes relevés parmi la population pouvaient directement être reliés à la contamination par la dioxine. Il en est de même pour la plupart des produits chimiques (benzène, plomb, mercure, etc ... ). Des autopsies peuvent éventuellement confirmer les observations cliniques. Il n’en découle pas pour autant une reconnaissance officielle des dangers ni une réglementation adéquate de l’usage ou de la manipulation de ces produits. Les exemples de Minamata et l’amiante le montrent bien. Pour les fibres de verre, il faudra attendre une vingtaine d’années et de nombreux morts pour qu’on envisage de les réglementer. Mais ceci est un autre problème.

Lorsqu’un travailleur de l’industrie nucléaire reçoit une dose massive d’un seul coup, disons plus de 100 rem, il y a quasiment à coup sûr des effets bien définis sur son organisme. Là aussi la situation est claire. La relation entre la dose et les effets est bien définie. En ce qui concerne les faibles doses de rayonnements ionisants, la situation est moins claire et plus vicieuse. Plusieurs personnes soumises à la même dose faible peuvent avoir des réactions très différentes, cancers ou rien. Les cancers qui auront été radioinduits ne sont pas spécifiques d’une irradiation artificielle. Certains tissus de l’organisme sont plus radiosensibles que d’autres (moelle osseuse, thyroïde, poumons, etc...) mais les cancers de ces tissus ne sont pas spécifiques d’une irradiation. Il n’est donc pas possible d’identifier sur un individu donné la cause de son cancer. Par contre quand on effectue des moyennes sur un grand nombre de personnes ayant eu des passés sensiblement similaires, la relation entre les cancers et les doses reçues se précise et cela de mieux en mieux au fur et à mesure qu’on observe une population plus nombreuse. Les effets cancérigènes du rayonnement aux faibles doses ne peuvent donc pas être perçus dans la vie quotidienne sauf s’ils atteignent des niveaux énormes. Si le type de cancer observé est rare, c’est-à-dire très peu fréquent, on peut avoir une très forte présomption, mais jamais une certitude de type causal avec un nombre de cas assez faible.

Depuis que les effets cancérigènes du rayonnement sont un peu mieux connus de la population, malgré l’autocensure quasi totale de la presse, les promoteurs développent dans le public l’argument suivant : interrogez les habitants vivant autour des centrales et demandez-leur s’ils ont observé quelque chose d’anormal. Nous allons montrer que cet argument est vicieusement erroné en prenant un modèle assez simple et grossier mais qui permet de fixer les idées par quelques chiffres. Imaginons que là où vous vivez vous connaissiez une centaine de personnes assez bien pour vous intéresser à la cause de leur mort. En moyenne vous apprendrez la mort d’environ une personne par an. Ceci est très approximatif car ce chiffre dépendra des classes d’âge des gens que vous connaissez, mais gardons ce chiffre comme moyenne. Le taux moyen de mort par cancer actuellement est d’environ 20 %. Cela signifie qu’en l’absence d’effets perturbateurs dus au rayonnement vous enregistrez un mort par cancer tous les cinq ans. Cela bien entendu si on vous a indiqué la cause de la mort pour tous les morts que vous avez connus et n’oublions pas que le cancer est une maladie " honteuse ", taboue, dont on évite de parler. Donc sur une vingtaine d’années vous aurez appris la mort de vingt personnes dont quatre par cancers. Il faut prendre ces chiffres comme des ordres de grandeur car ces nombres dépendront des gens que vous connaissez : femmes, hommes, enfants, asthmatiques, etc... et de leur âge. Pour faire le bilan après ces vingt ans, il vous faudra vous souvenir de toutes ces morts et de leurs causes. Imaginons que dans le milieu où vous vivez le risque de cancer par l’irradiation artificielle ait doublé. Ceci est un risque énorme, environ 200 fois supérieur à celui que les normes sont censées garantir. Vous enregistrez alors en vingt ans vingt-quatre morts dont huit par cancers. Pouvez-vous vous rendre compte dans ces conditions que vous vivez dans un milieu à très fort risque cancéreux ? Pouvez-vous détecter ce risque en discutant avec une personne qui, vivant dans un milieu où ce risque n’existe pas, a, comme vous, tenu la comptabilité des morts sur vingt ans ? Elle aura enregistré vingt morts dont quatre cancéreux. Ceci suppose évidemment pour que la comparaison ait un sens que cette personne connaisse des gens assez similaires à ceux que vous connaissez (âge, profession, sexe, catégorie sociale, etc...). Imaginer que nous soyons capables de faire de telles comparaisons est absurde et ceux qui nous suggèrent de les faire sont des escrocs. Pour que l’on puisse ressentir le risque il faudrait qu’il soit au moins quatre à six fois plus grand que le doublement. Ce serait un risque catastrophique. Pouvez-vous donner à partir de vos observations de vie quotidienne (sans lire aucun texte) le taux moyen de mortalité par cancers ?

L’observation de la mortalité (nombre de morts) ne vous indiquera pas non plus que vous vivez dans un milieu à haut risque. Vous enregistrerez vingt-quatre morts au lieu de vingt. Pourrez-vous faire cette différence après vingt ans ? Certainement pas si vous vous fiez à votre mémoire. Si vous les avez soigneusement notés vous aurez alors à vos trousses la horde des statisticiens qui vous feront la preuve que vos observations n’ont aucune valeur statistique qu’il faut tenir compte des fluctuations de mortalité parmi la population, etc...

De toute façon, si malgré les experts vous êtes convaincu (à condition de ne pas faire partie des huit cancéreux observés) que le risque que vous courez est grand, vous le saurez après avoir couru ce risque. Vous auriez probablement aimé le connaître avant pour éventuellement en tenir compte.

Seuls les statisticiens pourront, dans certaines conditions, se rendre compte qu’il y a quelque chose. Ils pourront dire que sur 1000 cancéreux un certain nombre le sont devenus sous l’action du rayonnement artificiel. Ils pourront, si leur étude est bien faite, le dire avec une bonne certitude (un fort niveau de confiance, comme ils disent), mais ils ne pourront jamais identifier lesquels sont morts à cause du rayonnement.

Ces chiffres pourraient paraître bénins alors que nous les disions correspondre à un risque catastrophique. Appliqués à une population de 100 personnes ce doublement du risque de mort par cancers donne quatre morts supplémentaires en vingt ans. Appliqués à la totalité de la population française ils correspondraient à 100 000 morts supplémentaires par an, ce qui serait considérable. Même si le risque nucléaire atteignait ce niveau énorme (les voitures prises en général comme niveau de risque très élevé font environ 13 000 morts chaque année), il ne nous serait pas possible de le détecter dans notre vie quotidienne.

Tout ceci nous choque profondément car nous ne pouvons pas nous rendre compte d’effets considérables nous concernant directement. Notre propre mort et la mort de nos amis nous échappent et pour les promoteurs de l’énergie nucléaire tout ceci n’est que fantasme et imagination en délire. Mais cette mort, bien que statistique, n’en est pas moins parfaitement réelle.

La société nucléaire

L’industrie nucléaire devrait avoir un impact certain sur l’organisation sociale. Bien plus que les autres industries, elle présente des dangers graves. Les effets de catastrophe peuvent se faire sentir extrêmement longtemps (évacuation totale de grands territoires). La protection contre les dangers marqueront la société sur deux aspects : (1) le rôle de premier plan de la technocratie étatique, (2) les contrôles.

Les gros investissements nécessaires pour cette industrie sont essentiellement dus à la protection contre les accidents possibles. Dès l’origine du développement industriel de l’énergie nucléaire les responsables reconnaissaient implicitement les dangers énormes courus par les populations. En effet, dans les années 50, avant que soient engagés les premiers gros investissements, la Commission de l’Energie Atomique américaine faisait voter une loi (le Pryce-Anderson Act) qui limitait la responsabilité civile des producteurs d’électricité à 60 millions de dollars. Au-delà de cette somme, le Gouvernement américain pouvait intervenir dans les indemnisations, en cas d’accident grave, jusqu’à 500 millions de dollars. C’était la première fois dans l’histoire industrielle que la responsabilité civile d’un producteur était limitée légalement. En principe, cette loi fut votée pour 10 ans, couvrant la période de " lancement " de cette nouvelle industrie. Depuis lors, le Pryce-Anderson Act a été régulièrement reconduit tous les dix ans. Les industriels du nucléaire et les experts gouvernementaux reconnaissaient, par cette loi, que l’industrie nucléaire, même après la période de mise au point, était la plus dangereuse de toutes les industries, car aucun exploitant privé ne pouvait assurer la totalité de sa responsabilité civile. En France, où la production d’énergie est un monopole d’état, ce genre de problème ne s’est pas posé.

Si pour le moment les préoccupations majeures des promoteurs du nucléaire semblent être de type financier, cela risque fort de changer dans le futur, après quelques accidents graves. On voit déjà au stade du développement actuel que l’importance de la technocratie étatique s’accroît au détriment de celle tenue traditionnellement par les représentants politiques. En France, tout pouvoir des élus locaux a disparu en ce qui concerne les décisions d’implantation des centres nucléaires. La plupart du temps ces élus locaux préfèrent l’abdication totale à l’opposition pourvu que le pouvoir technocratique leur laisse le simulacre du pouvoir. Quant au Parlement, son rôle a été complètement négligeable dans les décisions nucléaires. Les députés de la commission parlementaire d’enquête sur les accidents nucléaires créée après Harrisburg n’ont tenu compte dans leur rapport que des déclarations des technocrates du CEA et de l’E.D.F. L’audition des syndicalistes et des écologistes ne fut qu’un alibi. Dans ce cas le mot enquête n’a plus aucun sens. Au sein du gouvernement le pouvoir détenu jusqu’à présent par le ministère des finances a très fortement diminué au profit du ministère de l’industrie, totalement dominé par l’E.D.F.

Corrélativement à la montée de la technocratie au sein de l’appareil d’état, on voit aussi s’accroître l’importance des contrôles. Dans tous les pays en voie de nucléarisation, le nombre d’Agences, de Commissions, de Services, etc. chargés des contrôles se multiplie. En cas de problèmes graves, l’inefficacité de toute cette bureaucratie devient évidente. En fin de compte les décisions importantes se prennent d’une façon centralisée et pratiquement quasi militairement. Le contrôle doit s’exercer dans tous les domaines : contrôle sur les fabrications, contrôle sur les contrôleurs, contrôle sur les travailleurs, sur leur santé, contrôle à l’extérieur des sites, etc. Lorsque la population prend conscience des dangers possibles, elle exige encore plus de contrôle, et des contrôles de meilleure qualité, sans se rendre compte des difficultés énormes de ses exigences. Aux Etat-Unis, où l’opinion publique est traditionnellement méfiante vis-à-vis du centralisme étatique, un effort de décentralisation a été tenté. Les responsabilités des contrôles et décisions ont été partagées entre diverses Administrations en principe indépendantes. L’accident d’Harrisburg a détruit en quelques heures cette structure décentralisée laissant les pouvoirs à une seule Agence, la NRC. Le Gouverneur de Pennsylvanie lui-même dut s’en remettre aux experts de la NRC.

L’industrie nucléaire, en ce qui concerne les contrôles, fait apparaître de nouveaux problèmes. Le sabotage par exemple fait partie des études de sûreté. Il est évident que nos technocrates n’envisagent pas que des solutions techniques à ce problème, un contrôle psychopolitique des travailleurs bien plus sérieux que celui fait traditionnellement un peu partout, doit faire partie des solutions proposées.

Tous ces contrôles, de par leur nature, sont sous la dépendance totale des technocrates. Les moyens à mettre en oeuvre éliminent toute possibilité pour un individu ou tout groupe d’individus extérieurs à la technocratie nucléaire de procéder à des vérifications importantes. Il a été possible à quelques individus de la population de la région de Cherbourg de faire des mesures valables sur les débits de dose à la clôture des sites de l’usine de retraitement et des centres de stockage des déchets. Ces mesures montraient que ces débits de dose étaient bien supérieurs à ce que les normes recommandaient. Mais ces mesures ne montraient pas l’essentiel : la pollution radioactive possible dans l’environnement, le taux de tritium et d’iode au voisinage de l’usine, les quantités de plutonium rejeté. Pour cela, il faut faire confiance aux mesures faites par le Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants, un des maillons de la technocratie nucléaire. De petites choses peuvent apparaître à travers les publications officielles de ce Service, mais l’essentiel probablement reste caché. N’oublions pas que les agents de ce service doivent prêter serment de ne rien divulguer de ce qu’ils pourraient apprendre au cours de leur travail. Les résultats de tous ces contrôles ne sont évidemment pas neutres. Ils seront donc pour les plus importants, tenus secrets. A ce sujet, la France dans le monde occidental est un modèle. Après Harrisburg, les experts officiels français se sont amèrement plaints des négligences américaines vis-à-vis de la censure des informations. Pour eux, les officiels américains ont réagi avec beaucoup de légèreté à la curiosité malsaine des journalistes. Soyons sûr qu’en France, dans les mêmes circonstances, nos officiels de l’E.D.F. et du C.E.A. sauront protéger la population de ce genre de " pollution psychologique " comme il a été dit. La législation, même en France, n’est pas encore totalement adaptée au nucléaire et des fuites sont encore possibles, venant de techniciens angoissés par ce qui est mis en branle. Réclamer une information du public, comme l’a fait le Conseil d’Information Nucléaire à la suite de ses membres écologistes, est une illusion. Ceci ne peut aboutir qu’à une diffusion massive de l’information officielle par le canal des associations de protection de l’environnement. La diffusion des bulletins de mesure du SCPRI n’est pas forcément une victoire. Gageons qu’il sera dorénavant " mieux " rédigé pour qu’on ne puisse plus rien y trouver d’inquiétant et d’incohérent. Avoir un bulletin " secret " et compter sur des fuites possibles était peut être plus efficace !

Les études sérieuses de santé impliquent la mise en fiche des travailleurs et des populations. Comment connaître les effets du rayonnement si cette mise en fiche n’est pas correctement faite ? Qu’on soit par goût pour un régime autoritaire et fort ou pour une gestion libérale de la société ou pour une prise en charge des individus par eux-mêmes, on ne peut pas s’empêcher de réclamer ces contrôles totalitaires et ces mesures de sûreté qui finalement ne peuvent être que policiers et militaires. Le nucléaire a ceci d’attrayant pour les tenants d’un pouvoir étatique absolu, qu’ils soient de gauche ou de droite, qu’il met fin à toute discussion sur le choix de société. Un certain type de société n’est plus le résultat d’un choix social qu’on peut espérer changer un jour. Il devient une nécessité naturelle dont la discussion n’a plus de sens. On peut encore discuter, même si cela reste théorique, sur la culpabilité d’un ouvrier qui vole un outil ou du caoutchouc dans une usine de pneus, on ne discute pas au sujet d’un individu qui vole un outil qui peut être contaminé ou qui vole du plutonium, on demande que ces actes ne soient pas possibles du tout, que tout individu qui pénètre ou sorte d’un Centre Nucléaire soit soigneusement fouillé. Les partisans de l’autorité n’ont plus à se justifier, ne serait-ce que de temps en temps au cours des campagnes électorales.

Dans ce contexte, il est intéressant d’étudier de plus près ce que représente la nouvelle droite qui s’est manifestée idéologiquement il y a quelques mois en France. Pour elle, la technologie en biologie est des plus importantes. Avortement, contraception, contrôles médicaux, sélection biologique deviennent des nécessités naturelles pour la société. Ceci correspond assez bien aux nouveaux besoins d’une nouvelle société où le fardeau génétique ne peut que croître. Espérons que nos enfants n’auront pas à manifester contre l’usage obligatoire de l’avortement, des contraceptifs, de la stérilisation, pour certains groupes d’individus ! L’eugénisme hitlérien s’il a finalement échoué, c’est peut-être qu’il n’était pas encore une " nécessité " sociale et qu’il manquait de moyens pour se réaliser rationnellement. Du bricolage d’apprentis en somme et beaucoup trop en avance sur son temps...

DERNIERES NOUVELLES : COMMENT LES AUTORITES AMERICAINES ENVISAGENT DE RESOUDRE LE PROBLEME DES EFFETS DES FAIBLES DOSES DE RAYONNEMENT

Le gang des promoteurs de l’énergie nucléaire a essayé par toutes sortes de moyens de clore le débat sur les effets des faibles doses de rayonnement. Le dernier en date risque d’être d’une efficacité redoutable. Dans la revue médicale anglaise " The Lancet " du 24 janvier 1981, on apprend que la Commission de Contrôle Budgétaire des Etats-Unis se plaint dans un de ses derniers rapports que le gouvernement américain a dépensé beaucoup d’argent pour des études sans intérêt sur les effets cancérigènes du rayonnement. Les études sur les travailleurs des installations nucléaires de Handford et de Portsmouth sont particulièrement visées. La Commission pense que les études épidémiologiques ne peuvent aboutir à une évaluation correcte du risque cancérigène, celui-ci étant implicitement supposé a priori très faible. La Commission recommande donc que ces études soient mieux coordonnées (il faut lire " centralisées " et par conséquent mieux " contrôlées ") et plus orientées vers des travaux au niveau cellulaire et moléculaire.

Si les administrations américaines suivaient ces recommandations, ce serait la fin des études scientifiques indépendantes du lobby nucléaire. Rappelons qu’en France il n’est pas nécessaire qu’une commission quelconque formule de telles recommandations car la politique de précensure et de centralisme complet est un des fondements de l’Etat français avec la bénédiction de toutes les forces politiques.

A la vue des résultats des études de santé publiées depuis quelques années, il est certain que les programmes nucléaires ont été lancés alors qu’il n’y avait aucune donnée sûre concernant les effets que pourraient produire les installations nucléaires. L’absence de données sûres, camouflée par les experts officiels, n’a pas empêché le lancement de plus en plus accéléré des programmes nucléaires : les programmes militaires, les tests de bombes dans l’atmosphère et enfin les programmes civils nucléaires. Chacune de ces étapes a aggravé la situation en ce qui concerne les problèmes de santé des travailleurs et de la population.

La polémique actuelle sur l’effet cancérigène des faibles doses de rayonnement montre bien qu’il n’est pas possible d’établir avec certitude le risque causé par le rayonnement, soit par extrapolation de quelques mesures faites sur des animaux ou des hommes, soit par des considérations a priori. La seule méthode valable est la méthode expérimentale. Pour savoir si une dose donnée de rayonnement présente un danger il n’y a qu’une méthode : étudier une population nombreuse qui a été irradiée avec cette dose, attendre la mort des gens et entreprendre une étude statistique qui dira si oui ou non cette population a subi un risque important.

Si l’on veut être réaliste et ne pas craindre d’être cynique, il faut dire aux travailleurs du nucléaire et à la population : exigez des mesures sérieuses dans et hors des installations nucléaires, exigez des mesures correctes des rejets de produits radioactifs, exigez des examens médicaux fréquents, formule sanguine, analyse de moelle, exigez qu’on vous mette en fiche, vous, votre famille, vos enfants, exigez qu’on vous autopsie après votre mort. Cela ne vous protégera pas du danger, mais quand vous serez tous morts, cela permettra aux statisticiens de connaître les risques que vous avez subis à cause de l’industrie nucléaire. Pour évaluer les effets génétiques, il faudra poursuivre la mise en fiche pendant 3 ou 4 générations...

Les premières études sérieuses faites sur les premiers cobayes humains du nucléaire montrent que le danger est bien plus grand que ce qu’affirment les milieux officiels. Faut-il désirer avoir plus de précisions sur ce danger et augmenter le nombre de cobayes ?

Roger BELBEOCH, membre du GSIEN,
pour la revue PRATIQUES ou les cahiers de la médecine utopique 1981
(publié par le syndicat de la médecine générale),
sur un manuscrit d’avril 1980.

http://www.dissident-media.org/infonucleaire

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