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Le Larzac n’est pas à vendre...

AAAh le Larzac, ses immenses étendues de pelouses sèches, ses orchidées, le gazouillis de la huppe fasciée, son air pur,... Ca vous a plu ? Vous en voulez encore ?

Alors dépêchez-vous d’en profiter, parce que la porte, que dis-je, le portail est grand ouvert à la spéculation immobilière et à la rentabilisation de la nature. Bein ouais quoi, il faut bien faire des sous avec ce qu’on a sous la main. Et quand on n’a pas grand chose à vendre, on vend les cailloux, les oiseaux, la nature, le dépaysement à des urbains en mal d’horizon. A condition qu’ils aient des sous, bien sûr. Il faut faire venir des gens au "pouvoir d’achat élevé" (dixit l’agent de développement au tourisme).

Venons-en aux faits. Ou plutôt aux mé-faits à venir.
D’aucuns se souviennent de la petite commune de L’Hospitalet du Larzac... Au bord de l’A75, accès idéal pour les touristes, le conseil municipal a voté en 2003, la vente d’un de ses terrains à un promoteur immobilier venu de Montpellier.

Golf, "granges", piscine, jacusi et tout le tralala

150 "Granges"pourraient bientôt être construites sur cette petite commune du Larzac d’ici 2005. "Granges" ? C’est sympa comme concept publicitaire. Imaginez le cadre sup (c’est quand même un confort 4 étoiles) dire dans une soirée à ses amis :"J’ai acheté une grange sur le Larzac". Ca fait branché en plus. Il ne manque plus que la moustache à José comme logo. Mais là, il faudrait pas éxagérer (eh José, j’espère que tu as déposé un copiright dessus, sinon on va nous la sortir bientôt, celle-là).
Bref : un golf 9 trous (Ouah ! 9 trous, c’est naze !), des granges pouvant accueillir 4-5 personnes, si c’est trop petit pour vous, vous pouvez opter pour le luxe en choisissant une 150m2 (on n’est pas regardant du moment que vous avez les sous). Et tout pour la détente. Si vous voulez, vous pourrez en profiter pour passer votre permis "avion", grâce à l’aérodrome situé sur la même commune ! Décidément, l’Hospitalet a bien des atouts !

Bon, y a bien une poignée de paysans mécontents autour, mais que valent-ils contre un potentiel d’accueil de 600 personnes pleines aux as ? Et en plus ils font du bruit avec leurs tracteurs, ils sentent pas bon, ils vont quand même pas nous gâcher nos vacances ! On est venu là pour être tranquilles, bon sang.
Les écolos ? Bein quoi ? Nous aussi on est écolos. On vient pour la nature, les grands espaces ! D’ailleurs on a même acheté un 4x4 pour aller dans des super coins ! Les oiseaux rares ? J’en ai vu plein à la télé. C’est beau ! Les orchidées ? Mon fleuriste il en a des plus grosses !

Gardadem Lo Larzac

Bref... Il y a trente ans, ils se battaient contre des militaires... Maintenant, on se bat contre la loi de l’argent. Qui fait que tout se rentabilise.
Le développement local, c’est ça ! Trouver les "atouts" d’un territoire et faire des sous avec. Chaque parcelle de terre est monnayable. Il faudrait pas la louper. De l’air encore à peu près pur, de l’espace (plus pour longtemps), et c’est le jackpot ! Et même pas besoin de se creuser la tête. On appelle un promoteur, il nous fait un projet clef en main. C’est tout bénéf pour lui : il vend ses trucs et il se barre ! Et le développement "durable" dans tout ça ? On s’en fout, de toute façon, c’est des mots creux. D’ailleurs, c’est pas pour rien qu’on va changer les lois sur la moyenne montagne. Il faudrait pas trop mettre de bâtons dans les roues à ceux qui se bougent pour la France !
Et dire que le Larzac est dans un Parc Naturel Régional ! Qu’est-ce que ça serait sinon ? Le site concerné est classée ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique). On classe, on fait des catégories ... des mots creux, que des mots creux. Qui servent juste à apporter de la plus-value ! Et pourtant, silence du côté du Parc...

Vive le Viaduc !

Et c’est pas fini ! Ce n’est que le début d’un nouvel aménagement du Larzac rendu possible grâce au fameux viaduc qui va permettre un accès direct par autoroute sur des sites jusqu’ici encore à peu près épargnés...
Alors, si on laisse faire celui-là...

Catherine, 17 février 2004