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Contamination génétique du maïs mexicain

Greenpeace dévoile un rapport inédit et controversé.

Greenpeace dévoile aujourd’hui une étude tenue secrète par l’ALENA qui recommande que tout le maïs américain qui entre au Mexique soit moulu. Ceci pour éviter de mettre en péril la précieuse biodiversité de ce pays. L’étude, rédigée par la Commission de coopération environnementale (CCE) (1), recommande notamment que toutes les importations de maïs génétiquement modifié (GM) soient étiquetées comme telles.

Depuis le début de juin, le gouvernement américain était parvenu à bloquer la parution de cette étude. « Admettre l’existence d’un véritable risque environnemental lié au maïs transgénique, et la recommandation qui en résulte qui est de moudre le maïs avant qu’il entre au Mexique, vont certainement affaiblir la position américaine dans la cause qu’elle défend au sein de l’OMC contre l’Europe. Ce rapport de l’ALENA démontre clairement l’échec des politiques canadiennes et américaines de protection de l’environnement face à la dissémination des OGM dans la nature », affirme Éric Darier, responsable de la campagne OGM pour Greenpeace.

En 2003, les États-Unis ont exporté plus de 5,5 millions de tonnes métriques de maïs vers le Mexique. On estime qu’au moins 30 pour cent de celui-ci étaient transgéniques. Puisque le maïs importé au Mexique n’est presque jamais ségrégué, il faudrait vraisemblablement étiqueter la totalité des 5,5 millions de tonnes de maïs qui entre au Mexique comme génétiquement modifiés.

« Bien qu’il y ait présentement peu d’exportations de maïs canadien vers le Mexique, le Canada, en tant que partenaire de l’ALENA, a signé en 2003 avec les États-Unis et le Mexique une entente selon laquelle le seuil permis de contamination aux OGM dans les chargements de denrées agricoles pouvait atteindre 5 %, ce qui entre directement en conflit avec les objectifs définis dans le Protocole de biosécurité de Carthagène. En agissant ainsi, le Canada a donné son aval à un accord qui ouvre la porte à la contaminartion des variétés d’origine de maïs dans le monde. Une fois ces variétés contaminées par le maïs GM, impossible de revenir en arrière », précise Éric Darier.

L’étude de la CCE met en évidence les lacunes énormes à propos des connaissances scientifiques reliées aux impacts de l’introduction du maïs GM au Mexique. En effet,les évaluations du risque auxquelles les États-Unis se livrent présentement n’établiront pas clairement les impacts potentiels pour le Mexique. Dans une des passages les plus percutants du rapport, l’ensemble des auteurs (des scientifiques, des experts des politiques gouvernementales et des représentants de l’industrie biotechnologique) recommande que « tout le maïs importé du Canada et des États-Unis vers le Mexique, s’il n’est pas certifié exempt d’OGM, devrait être envoyé directement et sans exception vers des minoteries pour être moulu. » (2)

« Manifestement, que l’OMC plonge dans le dossier des OGM, à la demande conjointe des États-Unis, du Canada et de l’Argentine, est sans conteste une attaque politique dirigée contre l’environnement et les consommateurs européen. Dans ce contexte, que la CCE (un autre organisme chargé de réglementer le commerce) ait confirmé que les OGM comportent des risques importants et qu’il y a des fondements scientifiques qui mettent en évidence la nécessité d’une approche de précaution en matière de génie génétique, est une avancée importante », explique Éric Darier. « Le gouvernement des États-Unis devra se conformer aux recommandations de la CCE et notamment faire moudre tout le maïs américain exporté au Mexique ».

Notes :

(1) La CCE est une organisation non gouvernementale tripartite composée de représentants des Etats-Unis, du Canada et du Mexique (la CCE a déjà fait paraître des études scientifiques approfondies qui justifient les recommandations non publiées que Greenpeace révèle aujourd’hui. Voir le site : http://www.cec.org/maize/index.cfm ?varlan=english

(2) Il s’agit de la traduction française d’une recommandation non publiée du rapport.

Éric Darier - Responsable de la campagne OGM - Greenpeace - Montreal - Quebec (Canada)

Gilles Gesson, 21 octobre 2004