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20 et 21 novembre, Azoun Athmet et Immatin |
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20 NOVEMBRE
Village d’AZOUN ATHMET
Visite brève dans la région de Qalqilya, frustrante mais politiquement et humainement importante.
Village asphyxié et enfermé par le mur. Tenaillé en plus par une colonie à l’intérieur du mur distante d’une centaine de mètres et par une route qui le coupe en deux, interdite et réservée aux colons.
Ce village est habite par 1700 palestiniens.
Son accès est controlé par un check-point ouvert de 9h à 22h franchissable uniquement avec une autorisation de l’armée d’occupation .
Nous n’avons pas d’autorisation. Nos amis palestiniens en avaient obtenu une pour vendredi dernier.
Les soldats nous laissent passer apres avoir precisé sur un ton provocateur qu’il n’y avait plus rien à voir ni personne et que tout allait être cassé.
On peut imaginer les provocations et humiliations quotidiennes des habitants désirant rentrer ou sortir de chez eux.
Bientôt un coup de téléphone de l’armée ne nous autorise qu’une demi-heure de présence au village.
Juste le temps pour notre ami Karim, contact local du PFU de nous préciser que le village comptait 2000 dunums [1] de terre agricole et qu’il n’en reste plus que 700 [2] aujourd’hui.
Agriculture de subsistance, cherchant l’autarcie ; agriculture de résistance pour assurer la sécurite alimentaire et l’occupation du territoire, comme dans toute la Palestine, elle est surtout ici faite d’élevage est de serres maraîchères.
La plupart des troupeaux de vaches et de brebis ont dû être vendus après la spoliation des terres.
Côté santé, la situation est très mauvaise. Les autorités israéliennes n’autorisent la venue d’un médecin que 2 fois par semaine, 2 heures par jour. Les restrictions de passage au check-point ont déja entraîné la mort d’un vieillard et de trois bébés lors d’accouchements difficiles.
Il paraît très important d’organiser la mobilisation internationnale. Les prochaines missions doivent prendre contact avec le village, par l’intermédiaire du Palestinian Farmer’s Union (nous contacter).
Israël a prévu de le phagocyter. CE VILLAGE EST EN DANGER.
21 NOVEMBRE, IMMATIN,
Situe entre Qalqilyia et Naplouse, le village compte 3000 habitants. Sa principale ressource est l’huile d’olive. C’est un des villages les plus pauvres du district.
Sa situation précaire depuis toujours est aggravée par les expropriations de 1948. Beaucoup d’habitants devaient travailler en Israël ou s’expatrier, au Koweit par exemple. La première guerre du golfe a obligé le retour des expatriés, puis la deuxième intifada, interdisant le travail en Israël, prive le village de tout revenu extérieur. De plus, la construction du mur confisque 500 dunums [3] supplémentaires. Il ne leur reste désormais que 500 dunums pour survivre, zone d’habitation comprise.
Sur le chantier du mur, les oliviers sont arrachés puis brûlés ou vendus pour les plus vieux, par l’armée, sur la côte, à Tel Aviv ou Haïfa.
Les Israéliens incitent même à la démolition des vieilles maisons, achetant les pierres pour les revendre a prix d’or, et dans le but d’effacer tout signe de présence arabe ancienne.
Les intrusions nocturnes fréquentes de l’armée israélienne ont entraîné la mort de 10 villageois.
La situation d’Immatin est de plus en plus dramatique, caractérisée par un taux de chômage important (80%), une éducation déliquescente, malgré la volonté affirmée de maintenir l’enseignement.
Signe extrême de pauvreté, les enfants sont obligés de travailler (revente de sodas, récupération de vieux métaux).
Cette situation entraîne des tensions nouvelles, conduisant même au divorce (30 à 40 cas dans le village), fait exceptionnel en pays musulman.
L’électricité est assurée par un groupe électrogène de 9h à 22h. Les habitants ne peuvent la payer, mettant la commune, comme beaucoup d’autres, en situation difficile. La mairie est parfois même obligée de couper l’approvisionnement aux familles.
Une ONG internationale a bien financé les poteaux et la ligne pour se raccorder au réseau, mais Israël réclame 2 millions de dollars pour le branchement.
Le village ne possède pas l’accès à l’eau courante.
Avec l’arrivée du mur, l’accès au village voisin, proche de 2 km, nécessitera 30km de détour.
Au dispensaire du village, un médecin ne passe que 2 fois par semaine, parfois relayé par une mission catholique ou MSF.
La pauvreté empêche la construction de nouvelles maisons, obligeant les générations à cohabiter dans des maisons devenues trop petites.
Le village exprime son besoin en matériel d’éducation pour l’école.
L’image forte de notre passage sera la discussion autour, avec Samir, médecin, et Aïma, sculpteur sur bois. Ils s’interrogent sur la pertinence des attentats suicides, sur le but ultime du gouvernement israélien. Nous pouvons échanger sereinement nos points de vue.
Malgré le témoignage poignant de Aïma sur la disparition de sept de ses amis proches, six tués par l’armée israélienne et un dans un attentat suicide, tous deux acceptent l’idée d’un état binationnal, comme la plupart des palestiniens que nous avons rencontré. Ils se sentent pourtant impuissants pour faire évoluer positivement la situation, dénoncant la volonté hégémonique d’Israël .
Nous apprenons également à quel point la religion est un frein au désespoir.
114ème mission
Notes
[1] environ 180 ha : 1 dunum = 0,0912ha
[2] environ 64 ha
[3] environ 46 ha
Mission 114
Création de l'article : 24 novembre 2005
Dernière mise à jour : 4 décembre 2005
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